Il faut en finir avec la torture des prisonniers d’opinion au Viêt-Nam Par John Coughlan

Il reste encore beaucoup à faire avant que l’éradication de la torture au Viêt-Nam ne devienne un jour réalité.

Mercredi 6 juillet, Vũ Minh Khánh, l’épouse de Nguyễn Văn Đài, un avocat défenseur des droits humains emprisonné, est discrètement revenue au Viêt-Nam après avoir effectué une tournée de sensibilisation aux États-Unis, en Europe et en Australie afin de parler de l’emprisonnement de son mari, et a tout de suite été appréhendée à l’aéroport d’Hanoï.

Le gouvernement vietnamien ne prend pas à la légère les initiatives de certains citoyens visant à attirer l’attention de la communauté internationale sur le bilan préoccupant du pays en matière de droits humains. Vũ Minh Khánh, dont l’époux a été arrêté en décembre 2015 alors qu’il se rendait à une réunion avec des représentants de l’Union européenne afin d’évoquer cette même question, ne le sait que trop.

Elle a pourtant pris la courageuse décision de se rendre à l’étranger pour parler de ce que traversait son mari. Pendant sa tournée, Vũ Minh Khánh a signalé qu’elle n’était pas une militante mais avait été poussée à l’action par sa méfiance à l’égard de la justice vietnamienne, et par sa crainte que Nguyễn Văn Đài ne soit condamné à 20 ans de prison s’il était déclaré coupable des charges de « propagande contre l’État » retenues contre lui.

Elle a été retenue à l’aéroport pendant des heures pour y subir un interrogatoire, avant d’être relâchée tard la nuit même. Entretemps, un petit groupe d’amis et de militants qui s’étaient rassemblés devant l’aéroport pour l’accueillir n’ont reçu aucune information sur le lieu où elle se trouvait.

Cela n’est en aucun cas rare. Durant sa tournée, lorsqu’elle a parlé de la manière dont son mari est traité, elle a expliqué qu’elle ne l’avait pas vu, ni entendu depuis son arrestation. Elle a indiqué que bien qu’il soit atteint d’une hépatite B, elle n’a aucun moyen de savoir s’il a besoin de soins et, dans l’affirmative, si les autorités les lui fournissent. Si elle pense que Nguyễn Văn Đài se trouve au centre de détention B14 de Hanoï, elle ajoute qu’elle ne peut en être sûre, étant donné qu’il est notoire que les autorités transfèrent les prisonniers d’opinion d’un centre de détention à l’autre.

Le cas de Nguyễn Văn Đài met en évidence des pratiques profondément ancrées au Viêt-Nam dans les cas impliquant des prisonniers d’opinion - des hommes et des femmes ayant été emprisonnés pour leurs convictions et/ou leur militantisme pacifique. Selon les informations reçues par Amnesty International, on compte actuellement au moins 84 prisonniers d’opinion au Viêt-Nam, le chiffre le plus élevé parmi les pays de l’Asie du Sud-Est.

Mercredi 13 juillet, Amnesty International lancera un rapport dénonçant le traitement réservé aux prisonniers d’opinion au Viêt-Nam. Ce rapport s’appuie sur une série de longs entretiens avec d’anciens prisonniers d’opinion, qui ont tous été remis en liberté au cours des cinq dernières années, et qui apportent un éclairage rare sur l’impénétrable système des prisons et centres de détention du pays.

Le rapport décrit des actes de torture et d’autres mauvais traitements constituant des pratiques bien établies dans le cas de prisonniers d’opinion, notamment : les disparitions forcées ; la détention au secret pour de longues périodes, et la détention à l’isolement ; des sévices se traduisant par une douleur et une souffrance physique intenses ; le refus de soins médicaux ; et les transferts punitifs qui envoient les prisonniers d’opinion d’une prison à une autre à travers le pays, les coupant de leur famille et de leurs réseaux de soutien.

L’objectif de ces pratiques est clair - forcer les prisonniers d’opinion à « avouer » les faits dont on les accuse et les punir pour leur militantisme, à la fois dans le monde extérieur et dans les prisons elles-mêmes. Les personnes qu’Amnesty International a rencontrées ont expliqué avoir été frappées, électrocutées, et dans un cas, brûlée par des policiers et des membres du personnel carcéral, et avoir passé des mois d’affilée en détention à l’isolement, dans une obscurité et un silence complets.

Une femme a dit à Amnesty International qu’elle s’était retrouvée en prison à 2 000 km de son domicile familial. Une autre, frappée d’incapacité, est restée allitée pendant deux ans et demi dans la prétendue « clinique » d’une prison, sans recevoir de soins, tandis qu’un par un, d’autres prisonniers atteint du VIH/sida sont morts autour d’elle, faute de traitement médical.

Notre rapport s’appuie sur des témoignages relatifs à des événements ayant précédé la ratification de la Convention des contre la torture, mais il présente aussi des informations sur les 84 personnes actuellement incarcérées dans le pays pour des raisons d’opinion. Il semble ou a parfois été établi que certaines d’entre elles endurent ces mêmes pratiques.

Si la ratification par le Viêt-Nam de la Convention des Nations unies contre la torture en 2015 est encourageante, des cas comme celui de Nguyễn Văn Đài soulignent combien il reste à accomplir avant que l’éradication de la torture dans le pays ne devienne un jour réalité.

John Coughlan est spécialiste du Viêt-Nam, du Cambodge et du Laos à Amnesty International.

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