« Il n’y a pas un endroit sur le corps de mon frère qui ne porte pas de cicatrices » : le massacre de Candelária 25 ans après Par Patrícia de Oliveira, fondatrice du Réseau des communautés et des mouvements contre la violence

La violence m’a séparé de mon frère lorsque nous étions petits.

Nous avons été élevés par des mères différentes dans une favela à Rio de Janeiro. Il y a 25 ans, nous nous sommes retrouvés au lendemain d’un événement tragique appelé « Chacina da Candelária » ou massacre de Candelária. Je commençais à militer en faveur des droits humains, il était le survivant qui s’obstinait à ne pas mourir.

Nous nous sommes reconnus sur-le-champ : nous avons tous deux de forts caractères, nous n’acceptons pas l’injustice et nous devons résister pour exister.

Mon frère, Wagner dos Santos, était le témoin clé qui pouvait identifier les policiers ayant ouvert le feu sur un groupe de plus de 50 enfants le 23 juillet 1993.

Il se trouvait près de l’église de Candelária, dans le centre de Rio de Janeiro, lorsqu’une voiture transportant des hommes armés s’est approchée ; ils ont abattu cinq enfants, ont blessé un jeune homme qui est décédé quelques jours plus tard et ont embarqué trois autres garçons pour les tuer.

Wagner était l’un d’entre eux et le seul à avoir réussi à s’échapper. Il a été touché au visage, mais il a survécu. Il était le seul à pouvoir raconter au monde ce qui s’était passé cette nuit-là.

Un an plus tard, Wagner a été la cible d’une autre tentative d’assassinat. Une fois encore, il a survécu, mais il a alors décidé de quitter le pays.

Il n’y a pas un endroit sur le corps de mon frère qui ne porte pas de cicatrices. Les marques de blessures par balles se sont ajoutées à celles de la torture et des coups infligés par les agents de l’État brésilien lorsqu’il était enfant et adolescent.

Aujourd’hui, Wagner vit en Suisse. Ses cicatrices sont les souvenirs d’un passé qui restera toujours présent.

Dans le cadre de mes activités en faveur des droits humains, j’ai réalisé que l’histoire de mon frère est commune à de nombreux jeunes Noirs au Brésil – un pays qui favorise une politique de sécurité publique qui incarcère et extermine les jeunes et a des conséquences dévastatrices pour l’ensemble de la société.

C’est comme un cycle de violence sans fin dont nous sommes la cible. C’est pourquoi nous avons appris très jeunes que nous devons résister, simplement pour pouvoir être ici et raconter cette histoire.

Mon frère est un survivant. Je suis une survivante. Cette violence qui nous a séparés lorsque nous étions enfants a fini par nous réunir.

Aujourd’hui, nous nous retrouvons pour célébrer la vie et lutter en faveur de la justice. Nous avons appris à nos dépens que les accomplissements des Noirs s’obtiennent de haute lutte.

Nous ne laisserons pas le 23 juillet 1993 tomber dans l’oubli. Nous nous remémorons ces événements aujourd’hui pour qu’ils ne se répètent pas. Candelária plus jamais !

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