« l’Arabie Saoudite a emprisonné toute ma famille »

Un article de la sœur de Raif Badawi, le blogueur emprisonné, qui continue de se battre pour la défense des droits humains, bien que son frère et son mari soient derrière les barreaux.

Le 15 avril 2014, mon mari, l’avocat saoudien et défenseur des droits humains Waleed Abu al Khair, a été arrêté lors de la cinquième audience de son procès. Son crime ? Défendre mon frère, le blogueur Raif Badawi, contre des accusations d’apostasie. Depuis ce jour choquant, je me pose la question : comment tenir le coup quand mon frère et mon mari croupissent en prison ?

C’est dans ces moments de doute que je me remémore les mots de mon mari : « La vie est un combat incessant ». Je me suis aussi rappelé les mots d’un prisonnier militant pour la liberté, Adbullah Al-Hamed : « La rivière se fraie son propre chemin ». L’exemple de ces hommes et des autres qui partagent leur combat m’a permis de continuer à lutter pour les droits humains – la raison pour laquelle mon mari se trouve derrière les barreaux.

Waleed a toujours rêvé d’avoir la liberté de vivre sa vie comme il le souhaitait. Mais il voulait aussi que tous les concitoyens partagent son rêve, et il a consacré sa vie à cela. Il a la profonde conviction que la liberté est un cadeau de Dieu et qu’aucun homme n’a le droit de la retirer.
Il a pris la décision de défendre Raif Badawi quand celui-ci était persécuté et condamné à une peine pour apostasie. La décision a été par la suite renversée et Waleed a été arrêté avant d’avoir pu terminer la défense de Raif.

J’ai rencontré Waleed parce que j’étais également une prisonnière d’opinion et qu’il a décidé de m’aider à me faire libérer. Nous avons réalisé que nous partagions les mêmes intérêts, les mêmes rêves et le même esprit de combat. Et nous nous sommes mariés.

Aujourd’hui, la situation s’est inversée : Waleed est en prison, car il a exigé la monarchie constitutionnelle dans un pays où règne la monarchie absolue et où les individus ne sont pas autorisés à participer à la vie politique. Il a aussi été accusé d’outrage envers les autorités judiciaires – les mêmes autorités qui ont prouvé de multiples fois leur manque d’indépendance en suivant aveuglément les demandes du ministre de l’Intérieur.
Ce sont les mêmes autorités qui ont interdit à Waleed la rencontre avec son client, dans l’affaire dite des « réformateurs de Jeddah », or elles l’ont autorisé à rencontrer un autre client pour une affaire distincte, parce que l’individu en question était de nationalité britannique. Il était accusé de communiquer avec les médias et de véhiculer une image fausse du pays. Quoi de plus ironique que cette triste accusation ? Waleed a-t-il pu réellement communiquer avec l’État pour présenter ses exigences ?
Communiquer avec des « agences étrangères » fait aussi partie d’une accusation à laquelle Waleed a du faire face. Même si cela donne l’impression qu’on a affaire à de l’espionnage, en réalité ces « agences » sont des organisations internationales luttant pour les droits humains comme Amnesty International, Human Rights Watch et Front Line Defenders. Waleed a également été accusé « de création d’une organisation sans licence », ce qui est étrange puisqu’il a envoyé un télégraphe à l’ancien Roi Abdullah en lui demandant de ratifier la création d’un observatoire et de lui accorder une licence.
Le Roi Abdullah soutient apparemment une opinion différente : il a envoyé un télégraphe au ministre de l’Intérieur pour que ce dernier mène l’enquête sur ces faits.

Waleed a aussi été accusé d’incitation publique à l’encontre du système. J’ai fait des recherches minutieuses concernant cette inculpation, mais je n’ai pas trouvé de définition claire qui justifie son emprisonnement.
Waleed a été jugé par le Tribunal pénal spécialisé en la matière. Il est le premier prisonnier à avoir été jugé sous une loi oppressive, intentée pour les personnes soupçonnées de terrorisme. Un bref aperçu de cette loi indique clairement que n’importe quelle action détestée par l’État peut être vue comme une forme de « terrorisme ». Waleed a refusé de reconnaître la compétence du Tribunal, en raison de ses origines véritablement douteuses et des multiples violations qui caractérisent le processus de sélection de ses juges. Waleed a été condamnée, devant cette juridiction, à 15 ans d’emprisonnement et à une interdiction de voyager de 15 ans supplémentaires.

Quand Waleed a été incarcérée la première fois, j’étais juste une femme. Quand la décision définitive a été rendue par le Tribunal, j’étais devenue une mère. C’est au tribunal qu’il a vu sa fille, Jude, pour la première fois. Elle a presque un an aujourd’hui, et son père est totalement absent de sa vie. Beaucoup de gens la regardent avec sympathie, mais je la regarde avec fierté. Comment pourrais-je ne pas le faire… quand je vois son père qui sacrifie sa propre vie pour qu’elle et d’autres enfants puissent profiter d’un avenir meilleur, fait de liberté, d’égalité et de droits humains ?
Lorsque Jude grandira, les gens pourront lui dire que son père était en prison parce qu’il s’était opposé au gouvernement. Je lui dirai qu’il était incarcéré parce qu’il a dit à ses oppresseurs qu’ils étaient des oppresseurs, parce qu’il a refusé d’être traité comme un citoyen de seconde classe et parce qu’il n’accepterait pas que sa fille vive derrière l’ombre d’un homme sans aucune indépendance.

Je continuerai à défendre mon mari, qui milite pour le droit humain universel à la liberté d’expression et qui se bat pour délivrer ce message à la prochaine génération.

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