La FIFA doit contester le bilan de la Russie en matière de droits humains Par Denis Krivosheev, directeur adjoint du programme Europe et Asie centrale

Quand le coup de sifflet retentira samedi dans le stade du Zenit Saint-Pétersbourg, marquant le lancement de la Coupe des Confédérations 2017 de la FIFA, tout le monde ne sera pas d’humeur à se réjouir.

De très nombreuses personnes en Russie passeront le week-end en prison, ayant été prises dans les rets de la répression par les autorités russes des manifestations contre la corruption de ce lundi 12 juin. Même au regard des tristes normes russes, cette répression a été d’une sévérité surprenante : des centaines de personnes ont été arrêtées uniquement pour avoir exercé leur droit de manifester pacifiquement conformément à la Constitution russe.

Amnesty International a reçu des informations signalant qu’un grand nombre des personnes arrêtées ont passé la nuit au poste de police et été soumises à un traitement cruel et dégradant en détention, étant empilées les unes sur les autres dans les cellules, et certaines des personnes placées en détention ont été forcées de passer la nuit dehors.

En ce qui concerne la FIFA, l’organisation du tournoi dans ce contexte va permettre de jauger ce qu’il en est de sa nouvelle approche, largement médiatisée, en matière de droits humains. Sa nouvelle politique en matière de droits humains, rendue publique la semaine dernière, prévoit qu’elle s’engage à respecter « tous les droits humains reconnus au niveau international ».

Cette organisation a par ailleurs créé un Conseil consultatif des droits de l’homme, qui comprend des experts indépendants dignes de foi, et qui s’est engagé à participer au comité de pilotage de la plateforme pour les droits humains concernant les événements sportifs d’envergure internationale.

Ce changement d’attitude à l’égard des droits humains était attendu depuis longtemps. Il intervient à la suite d’intenses critiques formulées au niveau international concernant le fait que la FIFA s’est abstenue, après avoir choisi la Russie et le Qatar en tant que pays hôtes des Coupes du monde 2018 et 2022, de se pencher sur les graves préoccupations en matière de droits humains liées à l’organisation de ces événements.

L’exploitation de la main-d’œuvre pour la construction des stades et des autres infrastructures pour la Coupe du monde au Qatar a été largement documentée par Amnesty International et d’autres organisations, et en ce qui concerne la Russie, Human Rights Watch a publié cette semaine un rapport décrivant également l’exploitation révoltante de la main-d’œuvre sur les chantiers de construction des stades, alors que la FIFA s’était engagée à surveiller les conditions de travail. La FIFA a réagi à la publication de ce rapport en déclarant que « si des cas de non-respect des normes concernées relatives au travail » ont été constatés, le « message général de Human Rights Watch quant à l’exploitation sur les chantiers de construction ne correspond pas » à l’évaluation de la situation réalisée par la FIFA.

Mais la façon dont se construisent les stades n’est la seule chose qui devrait cette semaine susciter de graves préoccupations en matière de droits humains pour les dirigeants de la FIFA.

La Coupe des Confédérations n’aurait pas pu avoir lieu à un moment plus critique pour la Russie : cela fait des années que les manifestations n’ont jamais été aussi nombreuses, malgré tous les efforts déployés par les autorités pour décourager et intimider les éventuels manifestants. Les lois draconiennes et les pratiques abusives sur lesquelles se reposent les autorités russes pour museler les manifestants devraient alerter les dirigeants de la FIFA. Les militants en Russie vont sans doute profiter de ce que les projecteurs des médias internationaux vont être braqués sur le pays, pour le tournoi de cette année et davantage encore pour la Coupe du monde l’an prochain, afin d’organiser des manifestations contre l’autoritarisme rampant du Kremlin.

Si la FIFA se préoccupe autant des droits humains qu’elle le dit actuellement, elle a besoin de savoir clairement comment elle réagira face aux manifestations, et à la répression disproportionnée que les autorités vont très vraisemblablement mener. Elle aurait difficilement pu se voir offrir un meilleur test pour faire la preuve de son engagement en faveur des droits humains. Le moment est venu pour elle de prouver qu’elle ne s’arrête pas aux beaux discours, même si cela implique d’avoir des entretiens difficiles avec les hôtes russes.

Le Comité international olympique (CIO) a fourni, en 2014, un exemple de ce qu’il ne faut pas faire dans de telles circonstances. Le fait qu’il se soit abstenu, durant les Jeux olympiques d’hiver de Sotchi de 2014, d’affronter les autorités russes au sujet des passages à tabac et des arrestations quasi quotidiennes de manifestants a gravement entaché l’héritage des Jeux de Sotchi.

Le CIO a détourné les yeux quand les autorités ont étouffé les libertés de réunion et d’expression pendant les Jeux, avec des épisodes incluant l’arrestation d’un militant transgenre qui avait brandi le drapeau arc-en-ciel, le cas de deux membres récemment remises en liberté du groupe punk Pussy Riot qui ont été attaquées à coup de fouet par une milice cosaque, des cas de manifestants passés à tabac, interrogés et harcelés, ainsi que la surveillance intensive des journalistes pendant les Jeux.

Le défenseur de l’environnement et prisonnier d’opinion Evgueni Vitichko a passé près de deux ans en prison, apparemment pour avoir endommagé une clôture, en amont des Jeux, alors qu’en réalité il a été condamné parce qu’il voulait dénoncer le coût écologique de l’organisation des Jeux. De plus, le CIO n’a rien fait quand Amnesty International et d’autres intervenants lui ont demandé de condamner tous ces abus.

Les autorités russes ont ainsi pu commettre des violations alors que le pays était le point de mire du reste du monde, et ce sans aucune conséquence apparente. Si cette expérience les a enhardies, la FIFA se doit de revêtir sa tenue d’arbitre et de leur monter que cette fois, les choses vont se passer différemment. Pour commencer, elle doit user de son influence auprès du gouvernement pour empêcher que les médias libres et les ONG de défense des droits humains ne subissent des représailles, ce qu’elle s’est engagée à faire dans le cadre de sa nouvelle politique relative aux droits humains.

La répression persistante observée en Russie cette semaine devrait amener les dirigeants de la FIFA à réagir. La FIFA doit clairement faire savoir que les grands tournois ne peuvent pas se dérouler dans un vide en matière de droits humains, et que les autorités russes doivent garantir les droits à la liberté d’expression et de réunion pacifique.

Les organisations sportives mondiales telles que la FIFA et le CIO détiennent un immense pouvoir, qui s’accompagne de grandes responsabilités. Elles ont la possibilité de faire pression sur les gouvernements pour qu’ils mettent fin aux atteintes aux droits humains liées aux grands événements sportifs. Un tournoi tel que la Coupe des Confédérations ne se résume pas uniquement à ce qui se passe sur le terrain de jeu, et la FIFA doit clairement indiquer que le fair-play ne s’arrête pas quand les joueurs quittent le terrain.

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