Les politiques migratoires cruelles de l’Union européenne affaiblissent sa critique de Donald Trump Iverna McGowan est directrice du bureau d’Amnesty International auprès des institutions européennes.

La réponse ferme de Federica Mogherini, la chef de la diplomatie de l’Union européenne (UE), au décret présidentiel discriminatoire de Donald Trump — qui interdit l’entrée dans le pays à toute personne provenant de sept pays de majorité musulmane et qui suspend le programme de réinstallation américain — est apparue comme un rare exemple de leadership européen.

En signant ce texte, Donald Trump a condamné de très nombreuses personnes, dont certaines vivaient aux États-Unis depuis des années, à rester bloquées dans des aéroports et a déchiré des familles et des communautés.

Mme Mogherini s’est rendue aux États-Unis jeudi 9 février pour rencontrer le nouveau gouvernement, et l’Europe compte sur elle pour marteler son message : la discrimination est inacceptable, quelle qu’en soit la forme.

Federica Mogherini s’est engagée à continuer à accueillir des réfugiés, et a déclaré : « Cela fait partie de notre identité. Nous nous réjouissons de voir tomber les murs et se construire des ponts. »

Les mots de Mme Mogherini, aussi louables soient-ils, ne pourront que sonner creux tant que l’Union européenne n’aura pas révisé ses propres politiques cruelles relatives aux réfugiés et aux migrants, afin de les rendre conformes au droit international relatif aux droits humains. En Europe, les murs ne tombent pas.

« C’est comme une prison, j’étouffe.  » Voici les mots déchirants d’Heda, une réfugiée syrienne qui a cherché refuge en Europe en 2016. Les murs étaient l’une des tristes réalités des centres de détention où Heda et ses deux enfants ont été enfermés dans l’attente de leur renvoi vers la Turquie.

Les demandeurs d’asile bloqués à Belgrade, qui tentent désespérément de survivre aux températures glaciales en brûlant des détritus dans des entrepôts, risquent également de contester la version des faits de Federica Mogherini. Depuis leur arrivée en Europe, qu’importe le chemin vers lequel ces personnes se sont tournées, des murs et des barrières se sont élevés pour leur bloquer la route.

L’interdiction du président Donald Trump est une catastrophe pour les réfugiés à travers le monde, et pour les pays qui les accueillent. Elle punit les personnes les plus vulnérables de la planète. Les critiques de Mme Mogherini étaient bienvenues et nécessaires, en particulier compte tenu du silence flagrant de certains de ses collègues, qui ont mis du temps à réagir à la mesure draconienne de Donald Trump contre la protection des réfugiés.

Cependant, en critiquant le gouvernement américain sans reconnaître les restrictions qu’elle-même impose à l’entrée des réfugiés et migrants en Europe, l’UE fait preuve d’hypocrisie.

L’accord UE-Turquie, qui est entré en vigueur en mars, a pour objectif de renvoyer en Turquie tous les Syriens arrivés sur les îles grecques de manière irrégulière, en se basant sur l’argument fallacieux que la Turquie est un pays sûr pour les réfugiés. Les pays membres de l’UE ont accepté d’accueillir un réfugié syrien se trouvant en Turquie pour chaque réfugié syrien renvoyé en Turquie depuis les îles grecques, mais il est difficile de voir dans cet accord l’expression d’une solidarité sincère avec les réfugiés ou pour la Turquie, qui accueille aujourd’hui plus de 2,8 millions de réfugiés venant de Syrie. Jusqu’à présent, l’UE n’en a accueilli qu’un peu plus de 3 000 au titre de cet accord.

Les violations des droits humains font partie intégrante de l’accord UE-Turquie, au titre duquel des personnes qui ont légalement le droit de demander une protection sont renvoyées dans un pays dans lequel leur sécurité et leurs droits fondamentaux ne peuvent être garantis.

De même, les réfugiés coincés sur les îles grecques ont été automatiquement incarcérés, soumis à des conditions de vie déplorables, et ils craignent pour leur sécurité. L’accès aux procédures d’asile demeure problématique, et de nombreuses personnes doivent attendre des mois rien que pour pouvoir déposer une demande d’asile. Amnesty International a également recensé des cas de renvois illégaux de demandeurs d’asile vers la Turquie, en violation flagrante de leurs droits au regard du droit international.

Par le passé, des dirigeants européens, dont Mme Mogherini elle-même, avaient affirmé qu’un accord similaire avec la Libye était inconcevable. Début février pourtant, l’inconcevable est arrivé, et l’UE et l’Italie ont déclaré qu’elles avaient négocié un accord avec la Libye.

Pour les personnes qui fuient ce pays, cela signifie qu’au lieu de voir leurs demandes traitées et évaluées en Europe, elles seront renvoyées en Libye, le pays qu’elles ont fui au péril de leur vie, par les garde-côtes libyens. Jusqu’à présent, aucune information n’a fait état du sort qui leur serait ensuite réservé, mais nous savons que la grande majorité des migrants et des réfugiés en Libye se retrouvent dans des centres de détention aux conditions inhumaines, où ils risquent de subir viols, torture, et famine.

Les Européens sont descendus dans les rues par milliers pour protester contre l’interdiction de voyager de Donald Trump. Les dirigeants européens sont eux aussi confrontés à une pression publique accrue pour promouvoir et protéger le droit international. Cependant, tant que l’UE continuera d’appliquer ses politiques migratoires mal conçues et inhumaines, les voix des dirigeants européens qui s’élèvent contre Donald Trump risquent d’être étouffées.

Cet article a initialement été publié sur le site de Politico

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