Mexique : Six raisons de ne pas signer un accord honteux avec les États-Unis Par Erika Guevara-Rosas, directrice du programme Amériques à Amnesty International

Nous sommes nombreux à nous être indignés de la manière dont les autorités des États-Unis traitent les personnes migrantes et les réfugiées.

Nous sommes scandalisés d’entendre parler de ces enfants que l’on sépare de leurs parents, de la manière dont on laisse des personnes migrantes mourir dans le désert, et du maintien en détention, parfois pendant des années, de personnes dont le seul tort est de chercher une protection. Ces pratiques sont celles d’un gouvernement qui applique une politique inhumaine pour dissuader les gens de venir se réfugier chez lui, alors que des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants sont contraints de fuir la violence généralisée qui règne dans des pays comme le Honduras ou le Salvador.

À l’heure actuelle, certaines de ces personnes ont la possibilité de se présenter à la frontière des États-Unis après avoir traversé le Mexique et de déposer une demande officielle d’asile auprès des services de l’immigration. Bien que le traitement de la demande soit long, cette possibilité leur permet de ne pas passer illégalement la frontière et de ne pas mettre leur vie en danger. Or, le gouvernement des États-Unis prétend maintenant fermer cette porte de manière définitive, et tout indique qu’il cherche à impliquer le Mexique dans ce projet honteux.

Ces dernières semaines, des diplomates mexicains ont participé à des réunions avec des fonctionnaires du département américain de la Sécurité intérieure pour discuter, entre autres, d’un éventuel accord bilatéral concernant les réfugiés. Dans le cadre d’un tel accord, les États-Unis pourraient refouler les personnes en quête d’asile en provenance du Mexique. Le Mexique serait considéré comme un « pays tiers sûr », où les demandeurs d’asile seraient tenus de solliciter la protection. Un accord de ce genre constituerait une atteinte au droit international et se traduirait par de nouvelles souffrances pour des milliers de personnes.

Dans le cadre d’un tel accord, les États-Unis pourraient refouler les personnes en quête d’asile en provenance du Mexique. Le Mexique serait considéré comme un « pays tiers sûr », où les demandeurs d’asile seraient tenus de solliciter la protection.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement de Donald Trump tente de faire endosser au Mexique les responsabilités internationales qui sont les siennes. Le président américain, lorsqu’il avait pris ses fonctions, avait déjà proposé que toute personne demandant l’asile aux États-Unis soit obligée d’attendre au Mexique la réponse à sa demande. Le secrétaire mexicain des Affaires étrangères Luis Videgaray avait alors catégoriquement exclu l’idée que le Mexique puisse devenir la « salle d’attente » des États-Unis.

Cette fois, les discussions pourraient cependant prendre un tour différent. Le gouvernement américain serait même disposé à verser au Mexique d’importantes sommes d’argent à titre de dédommagement.

Le Mexique a bien entendu l’obligation au regard du droit international de protéger les personnes qui demandent l’asile chez lui, et il est important qu’il assume ses responsabilités en la matière, mais cela ne fait pas de lui un pays exemplaire en ce qui concerne la protection des droits des migrants.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement de Donald Trump tente de faire endosser au Mexique les responsabilités internationales qui sont les siennes.

Voici six raisons qui nous font dire que le fait de déclarer le Mexique « pays tiers sûr » constituerait une menace pour la sécurité de milliers de personnes :

1. Le système mondial de protection des réfugiés est fondé depuis longtemps sur l’idée de la responsabilité partagée des États. Il serait extrêmement dangereux que l’un des pays les plus puissants du monde crée un précédent, en se défaussant des responsabilités qui sont les siennes. Autant les États-Unis que le Mexique doivent faire leur part.

2. Le Mexique viole le droit international relatif aux réfugiés. Selon un rapport d’Amnesty International, qui cite les témoignages de migrants, les services mexicains de l’immigration bafouent systématiquement le droit international et le droit national, qui interdisent de renvoyer des personnes dans des endroits où elles courent un risque réel de persécutions ou d’autres atteintes graves à leurs droits fondamentaux. Si le Mexique devient un « pays tiers sûr », des milliers de personnes qui cherchent actuellement à obtenir l’asile aux États-Unis risquent, si elles sont contraintes de rester au sud de la frontière, d’être renvoyées dans leurs pays.

3. Le Mexique est un pays où les migrants sans papiers sont en danger de mort. La traite des êtres humains, l’embrigadement par les organisations criminelles, les séquestrations, l’extorsion, les violences sexuelles et les disparitions, entre autres, sont autant de menaces qui pèsent sur les migrants au Mexique. Ce qui ne veut pas dire que des réfugiés ne peuvent pas vivre au Mexique, mais simplement qu’il serait désastreux que les États-Unis renvoient les demandeurs d’asile dans les zones frontalières du nord du Mexique, où se situent les pires foyers de violence du pays.

4. Les gens ne renoncent pas à partir de chez eux. Ils sont simplement contraints d’emprunter des chemins plus périlleux et plus précaires. En l’absence de toute possibilité de demander officiellement l’asile aux États-Unis, nombreux sont ceux qui ne verront d’autre solution que de payer des « coyotes » (passeurs) ou des membres de réseaux criminels, pour que ceux-ci les aident à franchir la frontière. Leur vie sera d’autant plus en danger, tandis que les réseaux criminels et les trafiquants d’êtres humains seront les premiers gagnants.

5. Certaines personnes ne peuvent pas rester au Mexique et doivent absolument obtenir la protection des États-Unis. Les personnes transgenres, par exemple, courent un grand danger en restant au Mexique, l’un des pays d’Amérique latine où ces personnes sont les plus menacées.

6. Le Mexique ne dispose pas des moyens nécessaires pour traiter les demandes d’asile. Sur près de 14 600 demandes d’asile reçues par le Mexique en 2017, plus de la moitié n’ont toujours pas reçu de réponse, alors que la loi mexicaine précise bien que la procédure de traitement ne doit pas durer plus de 45 jours. Comment un système qui n’est pas capable de traiter les demandes actuelles fera-t-il pour gérer les dossiers de tous les demandeurs d’asile cherchant à gagner les États-Unis ?

Le gouvernement sortant de Peña Nieto doit s’opposer à tout accord de ce genre, s’il ne veut pas alourdir encore le bilan qui est le sien. Il serait honteux que le Mexique négocie avec les États-Unis alors que des vies humaines sont en jeu.

Cet article a été publié par El Universal.

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