Monsieur Francken, méfiez-vous du modèle australien Par Claire Mallinson, Directrice nationale d’Amnesty International Australie

Monsieur le Secrétaire d’État,

Mes collègues d’Amnesty International Belgique m’ont informée de vos récentes déclarations sur la politique australienne en matière d’asile et de migration, en particulier la politique de refoulement et d’externalisation du traitement des demandeurs d’asile, sur les îles de Nauru et de Manus.

On m’a dit que dans un livre récent, vous aviez affirmé que "L’Australie est le diable incarné aux yeux du secteurs des ONG, Amnesty International en tête. Pourquoi ? Parce que l’Australie a rejeté le dogme de gauche relatif à l’ouverture des frontières à chaque demande d’asile." En tant que directrice nationale d’Amnesty International en Australie, j’estimais devoir répondre à vos demandes.

Il y a une seule raison pour laquelle Amnesty International, ainsi que de nombreuses autres institutions - parmi lesquelles plusieurs organes des Nations Unies - des organisations non gouvernementales, la Cour suprême de Papouasie-Nouvelle-Guinée et un nombre croissant d’Australiens, critiquent vivement le processus d’externalisation décidé par l’Australie : il a des conséquences désastreuses sur la vie des personnes ayant besoin de protection et sur leurs droits fondamentaux.

Aux termes d’un régime d’externalisation des demandes appelé « arrangement régional de réinstallation », notre gouvernement envoie à Nauru ou à l’île de Manus (Papouasie-Nouvelle-Guinée) les réfugiés ou les demandeurs d’asile interceptés alors qu’ils tentaient d’atteindre l’Australie par bateau. Ils sont soumis à une détention illimitée dans des conditions difficiles, et même ceux reconnus comme réfugiés en vertu du droit international ne sont jamais autorisés à s’établir en Australie.

Cette politique des gouvernements australiens successifs doit servir de mise en garde contre le danger d’abdiquer et d’externaliser la politique relative aux réfugiés à des pays qui n’ont ni la volonté ni la capacité d’aider efficacement les personnes débarquées dans la ville.

Depuis 2013, 3 172 réfugiés et demandeurs d’asile ont été transférés de force par l’Australie à Nauru et à l’île de Manus. Il s’agit d’hommes, de femmes et d’enfants, y compris des enfants non accompagnés. L’impact sur beaucoup de ces personnes a été dévastateur.

Aux côtés d’autres ONG, Amnesty International a révélé le niveau incroyable d’abus et de violations des droits humains sur les îles. Cela comprend des agressions, des abus sexuels, des tentatives d’automutilation et des abus envers les enfants. Les conditions de vie des demandeurs d’asile et des réfugiés ont été identifiées par Amnesty International comme délibérément cruelles et assimilables à des actes de torture.

Douze personnes sont décédées, dont deux ont été tuées au cours des six derniers mois. D’autres sont mortes de maladies qui auraient pu être traitées si des transferts médicaux avaient eu lieu en temps voulu. Le refus des autorités australiennes de transférer des réfugiés gravement malades en Australie, malgré les défaillances évidentes et bien documentées des soins de santé dispensés à Nauru et à Manus Island, continue de mettre des vies en danger.

Cette année, huit enfants souffrant de maladie physique ou psychologique mettant leur vie en danger ont été transférés en Australie. Ces mesures de sauvetage ne sont intervenues qu’après que les cas de ces enfants ont été jugés par des tribunaux.

Il est vrai que l’Australie délivre simultanément un nombre relativement élevé de visas humanitaires et participe activement aux programmes de réinstallation du HCR, mais cela n’annule pas les violations des droits humains dont l’Australie est responsable sur ces deux îles.

Monsieur Francken, on me dit que vous préconisez une politique « d’asile et de migration ferme mais humaine » pour la Belgique et l’Union européenne. Si tel est le cas, le modèle australien devrait servir de mise en garde, pas d’exemple.

Les violations des droits humains et la profonde misère humaine vécues par des milliers de personnes ne sont pas des conséquences malheureuses ou inattendues de la politique australienne. Elles ne résultent pas d’une faille dans le système que l’UE pourrait espérer éviter si elle mettait en œuvre un traitement offshore similaire. L’inhumanité et les violations des droits humains font partie intégrante du système.

Je vous exhorte vivement à ne pas suivre cette voie.

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