Myanmar : L’ONU a abandonné les Rohingyas par Kate Allen, directrice de la section britannique d’Amnesty International

La réponse apportée le 28 septembre par le Conseil de sécurité des Nations unies à la campagne de nettoyage ethnique des Rohingyas au Myanmar est loin d’être suffisante [1]. Au lieu d’imposer un embargo total sur les armes qui aurait pu contribuer à faire pression sur l’armée du Myanmar pour qu’elle cesse ses attaques qui ont provoqué plus de 500 000 réfugiés en un mois, la session à New York n’a produit que des banalités.

Cela ne suffira pas à protéger les Rohingyas.

Le 25 août, les forces de sécurité du Myanmar, dont le commandant en chef est le général Min Aung Hlaing, ont lancé une campagne de violences contre les Rohingyas d’une ampleur et d’une brutalité sans précédent.

Qualifiées de réponses à des attaques coordonnées contre des postes de police ou de l’armée menées par le groupe armé appelé l’Armée du Salut des Rohingyas de l’Arakan, ces attaques s’inscrivent en réalité dans le cadre d’une vaste politique de la terre brûlée destinée à chasser les Rohingyas de chez eux et de leur pays.

Une population traumatisée environ équivalente à la population de Liverpool a, presque du jour au lendemain, commencé à déferler sur les collines boueuses du sud du Bangladesh, faisant ainsi des souffrances des Rohingyas une urgence humanitaire et des droits humains à l’échelle internationale [2].

Le sort des Rohingyas, une population majoritairement musulmane vivant principalement dans l’État d’Arakan, dans l’ouest du Myanmar, aurait dû inquiéter la communauté internationale bien avant que leurs villages et leurs campements ne soient mis à feu. Les Rohingyas étaient depuis longtemps privés de nationalité, systématiquement discriminés, tenus à l’écart de la population majoritaire rakhine et régulièrement victimes de violences, et de nombreuses personnes avaient déjà fait part de leurs craintes qu’une crise comme celle à laquelle nous assistons aujourd’hui n’éclate.

Il y a presque un an, Amnesty International avait recueilli des informations sur les violences infligées aux Rohingyas par l’armée, lesquelles, d’après nous, s’apparentaient à des crimes contre l’humanité. La communauté internationale aurait dû s’en apercevoir bien avant que d’autres morts et déplacements ne soient à déplorer. Le 28 septembre, les dirigeants du monde avaient l’occasion d’agir. Ils ne l’ont encore une fois pas saisie.

Le cauchemar des Rohingyas est loin d’être terminé. Terrorisés et exténués, les Rohingyas qui sont restés dans l’État d’Arakan épuisent rapidement leurs réserves de nourriture et les autorités du Myanmar empêchent l’accès de l’aide humanitaire. Des vidéos et des images satellite analysées par Amnesty International pas plus tard que la semaine dernière ont montré que des villages rohingyas, dont certains sont depuis longtemps abandonnés, continuent d’être incendiés.

Non contents d’avoir chassé plus de la moitié de la population rohingya du pays et de semer des mines antipersonnel sur leur chemin [3] , les forces de sécurité semblent déterminées à veiller à ce que les Rohingyas ne puissent jamais revenir chez eux. L’armée a toujours affirmé que les Rohingyas n’étaient pas chez eux au Myanmar. Elle fait aujourd’hui de ces affirmations une réalité avec chaque maison et mosquée qu’elle rase. Dans nombre des endroits qu’ils occupaient, les Rohingyas n’existent simplement plus.

Les enjeux à la session des Nations unies n’auraient pas pu être plus importants. Les attaques systématiques contre une population civile comme celles observées au Myanmar s’apparentent à des crimes contre l’humanité, et pourtant, l’organe le plus puissant de l’humanité a refusé d’agir. Un Conseil de sécurité qui ne peut empêcher le nettoyage ethnique n’a pas d’utilité.

Quelques voix indignées se sont élevées dans l’assemblée, mais à l’issue de la réunion, aucune déclaration collective qui aurait pu envoyer un message fort aux autorités du Myanmar et les engager à mettre fin aux violations des droits humains n’a été formulée.

En l’absence d’un embargo complet des Nations unies, il revient maintenant à chaque gouvernement de prendre des mesures à titre individuel pour faire pression sur l’armée du Myanmar. Les gouvernements qui se préoccupent des horreurs perpétrées dans l’État d’Arakan doivent immédiatement suspendre tous les transferts d’armes vers le Myanmar, tout entraînement et toute coopération militaire avec le pays.

Plus tôt en septembre, Theresa May avait annoncé devant l’Assemblée générale des Nations unies que le Royaume-Uni ferait plus que cela. D’autres pays doivent maintenant faire de même.

L’Union européenne, qui impose actuellement un embargo sur les armes au Myanmar, doit maintenant étendre cet embargo à toutes les formes de coopération militaire. Bien que le fait qu’Aung San Suu Kyi tombe de son piédestal [4] suscite un intérêt compréhensible, il ne faut pas perdre de vue les personnes qui contrôlent réellement l’armée au Myanmar. Les dirigeants de l’armée du Myanmar, et en particulier le commandant en chef des forces armées, le général Min Aung Hlaing, doivent être la principale cible des efforts internationaux.

En tant que pays chargé de la question du Myanmar au Conseil de sécurité, le Royaume-Uni a un rôle particulier à jouer pour mettre un terme à ces violations et ces crimes. Le fait que la session du 28 septembre ait été publique représentait une avancée positive, mais il faut maintenant maintenir la pression.

En plus d’imposer un embargo indispensable sur les armes, le Conseil de sécurité doit user de son pouvoir pour faire pression sur le Myanmar pour que le pays mette fin à toutes les violations des droits humains et à tous les crimes contre l’humanité, et qu’il permette aux agences humanitaires, à l’ONU, aux journalistes indépendants et aux observateurs des droits humains d’accéder à l’État d’Arakan sans restrictions, afin que ces atrocités ne soient pas balayées sous le tapis.

Tous les Rohingyas qui souhaitent retourner chez eux doivent être autorisés à le faire en toute sécurité et dignité, et le gouvernement doit aider à remettre les infrastructures en état et à reconstruire les logements détruits.

Les Rohingyas ne pourront pas être protégés que par des mots, surtout tant que des armes continueront d’arriver en masse dans mains de leurs bourreaux. Cette semaine, les dirigeants du monde n’ont pas utilisé les outils diplomatiques dont ils disposent pour faire cesser cette campagne de nettoyage ethnique.

La communauté internationale doit envoyer un message sans équivoque pour veiller à ce que ceux qui souhaitent chasser les Rohingyas du pays grâce à un nettoyage ethnique ne réussissent pas. Face aux destructions massives, aux homicides et aux centaines de milliers de personnes déplacées, l’inaction n’est pas une option.

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