« Notre cause est juste » – le combat pour les critiques emprisonnés au Yémen Salwa Ali Abdo Amran, Yemen, 18 mai 2016,

Le rédacteur de presse Abdelkhaleq Amran fait partie des nombreux critiques, journalistes et militants arrêtés et emprisonnés sans inculpation ni procès par les Houthis, groupe armé qui contrôle une grande partie du Yémen. Sa belle-sœur Salwa Ali Abdo Amran décrit le combat de leur famille pour obtenir sa libération.

Une année s’est écoulée, avec ses fêtes, ses joies et ses peines, mais nous ne connaissons pas le goût du bonheur.

Mon beau-frère Abdelkhaleq a été enlevé par les Houthis en juin dernier. Journaliste, chercheur, homme politique et militant, il s’efforçait de dénoncer les exactions, notamment les enlèvements et les actes de torture, commises par cette milice.
La nièce d’Abdelkhaleq tenant une affiche qui réclame sa libération. © DR

Avant qu’il ne soit enlevé, lui et ses confrères étaient souvent suivis et menacés. Tous les journaux où ils avaient travaillé ont été fermés. Ils continuaient de travailler depuis un hôtel jusqu’à ce que des hommes armés surgissent une nuit dans leur chambre à 4 heures du matin. Abdelkhaleq et huit autres journalistes ont alors été emmenés, d’abord dans deux centres de détention situés à Sanaa puis, au bout d’un mois, dans des lieux indéterminés.

Nous avons souffert pendant quatre mois à la suite de sa disparition forcée ; quiconque osait poser des questions sur lui et ses confrères était menacé d’enlèvement. Nous avons vécu des moments très difficiles, ne sachant pas à quelle porte frapper ni auprès de quelle autorité nous renseigner.

Défenseur des droits humains

Abdelkhaleq a toujours défendu les droits humains et les libertés fondamentales. Il veut informer la société pour semer les graines de la liberté, de la justice, de l’égalité et de la coexistence. Il souhaite sensibiliser l’opinion à la nécessité de combattre le racisme, le sectarisme et l’oppression.

C’est un mari gentil et aimant. Il aide toujours sa femme à s’occuper des enfants et leur donne affection, amour et compréhension. Il est tellement patient que ça ne le dérange pas d’être réprimandé par sa dernière fille s’il rentre tard du travail.

Salwa et d’autres femmes mènent une action en faveur de militants en détention au Yémen. © DR

Lorsqu’il a disparu, nous avons contacté différentes autorités pour demander de l’aide, mais il s’est avéré qu’elles étaient toutes sous le contrôle des Houthis. Finalement, nous avons appris par d’autres personnes qui avaient été détenues puis libérées qu’il avait été conduit dans une prison de Sanaa dirigée par le ministère de l’Intérieur.

Il est maintenant autorisé à recevoir une visite par semaine, mais seulement pendant quelques minutes. La plupart du temps, nous apprenons que la visite a été annulée au dernier moment. Bien entendu, ils ne disent pas qu’il n’y a pas de visite, mais ils affirment qu’il n’est pas là ; cela nous fait vraiment peur et nous rend encore plus inquiets.

Pâle et fatigué

La première fois que nous avons rendu visite à Abdelkhaleq, sa barbe avait beaucoup poussé et il paraissait pâle et fatigué. Nous avons appris par la suite qu’il avait subi les pires tortures. Il avait été placé à l’isolement, privé d’accès aux toilettes, forcé à porter des objets lourds et contraint à se tenir sur un pied avec les mains attachées au-dessus de la tête. Il a également été frappé à coups de crosse de fusil et privé de nourriture pendant de longues périodes.

Ces détails nous ont beaucoup éprouvés, surtout ses parents, qui sont âgés. Sa mère lui a rendu visite à deux reprises en prison, mais elle s’inquiétait tellement ensuite qu’elle finissait à l’hôpital pour des infections. Sa fille de six ans est allée le voir une fois. Elle était tellement étranglée par les sanglots qu’elle n’a pas pu lui dire qu’il lui manquait.

J’ai rencontré de nombreuses familles qui vivent la même chose. Certaines ont perdu toute source de revenu car la personne qui subvenait à leurs besoins est derrière les barreaux. Des pères et des mères ont des problèmes de santé, y compris des crises cardiaques. Certaines familles ne savent même pas où se trouve leur proche détenu.

Une seule et même famille

Voilà pourquoi nous avons créé l’Association des mères de victimes d’enlèvement. Nous voulons soutenir ces familles et les aider à soulager leur souffrance. Nous partageons tous la même douleur, comme une seule et même famille. Ce qui nous pousse à tenir bon, c’est que notre cause est juste. Nos victimes enlevées n’étaient pas armées et n’avaient incité à la haine contre aucun camp. Elles voulaient simplement faire comprendre la vérité de ce qui se passait dans la société à ce moment-là.

J’ai de grands espoirs pour mon pays, et ces espoirs m’aident à rester forte. J’ai l’espoir que mon pays soit construit plutôt que démoli. J’espère que mes enfants acquerront des connaissances et seront en bonne santé, plutôt que de porter des armes et de tuer d’autres enfants.

J’espère voir les journalistes travailler pour la société, sans être surveillés par l’État. J’espère voir des sourires sur les visages des enfants qui ont perdu leurs parents et leur enfance. J’ai l’espoir que mon pays ne soit pas divisé en zones ou en sectes. Nous voulons être des frères et sœurs, et notre patrie est le Yémen.

Fils, frère, père

J’adresse le message suivant à ceux qui détiennent Abdelkhaleq : libérez-le, ainsi que tous les autres innocents détenus. Il n’a jamais rien fait pour vous contrarier, ni démoli une maison ou tué un enfant. Est-ce ainsi que vous récompensez les personnes qui aspirent à un pays meilleur ? Est-ce ainsi qu’il faut traiter vos concitoyens ? Est-ce ainsi qu’il faut diriger le pays après avoir tué ses fils, déplacé ses familles et détruit ses institutions ?

Abdelkhaleq Amran. © DR

Le message que j’adresse à toutes les personnes qui lisent ceci est le suivant : s’il vous plaît, soutenez Abdelkhaleq ; c’est un fils qui manque à sa mère âgée dont le cœur est brisé. C’est un frère qui se morfond derrière les barreaux, laissant ses autres frères impuissants et en souffrance. Et c’est un père qui se languit de ses enfants jour et nuit.

PASSEZ À L’ACTION
Les Houthis – un groupe armé au centre du conflit en cours au Yémen – mènent une violente répression contre les personnes qui s’opposent à leur contrôle.

Avec leurs alliés, parmi lesquels figurent des militaires fidèles à l’ancien président Ali Abdullah Saleh, ils ont arrêté des centaines de militants, de journalistes et d’opposants politiques, qu’ils ont détenus sans inculpation pendant plusieurs mois d’affilée.

Certaines personnes ont été torturées, voire soumises à une disparition forcée – maintenues dans des lieux tenus secrets, entièrement coupées du monde extérieur et privées de toute protection prévue par la loi.

Ensemble, demandons aux Houthis et à leurs alliés de libérer tous les critiques détenus sans inculpation ni procès.

Étant donné que de nombreux dirigeants et membres des Houthis sont sur Facebook, nous invitons un maximum de personnes à copier et coller le message ci-dessous sur leurs pages.

Ajoutez ce commentaire sous leur dernière publication :
« Les Houthis doivent libérer tous les critiques détenus sans inculpation ni procès IMMÉDIATEMENT ! http://giphy.com/gifs/critics-yemen-huthis-3o6EhSyLA6OEpEAHS0”

Responsables houthis et leurs alliés ayant une page Facebook :
Mohammad Abdulsalam, porte-parole officiel des Houthis
Saleh al Samad, chef du Conseil politique des Houthis
Ali Abdullah Saleh, ancien président du Yémen

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