Paris. Faire preuve de sagesse politique

Depuis les attentats de Paris, la seule réponse adéquate semble être le tout sécuritaire.

Opinion signée par Manon Schick, directrice de la Section suisse d’Amnesty International.

État d’urgence prolongé pour trois mois en France, bombardements en Syrie, tous les moyens sont bons pour réduire la capacité de nuisance du groupe armé État islamique. Et face à cette lame de fond va-t-en-guerre, les voix discordantes sont aussitôt taxées de naïveté, voire d’inconscience.

Certes, ces attentats ont été les plus meurtriers en France depuis des décennies. Ils appellent une intervention des autorités contre leurs cerveaux, de façon à en éviter d’autres et à protéger la population. Mais les gouvernements français et occidentaux devraient savoir faire preuve de sagesse politique, surtout en ces périodes où nos démocraties sont mises sous pression.

Faire preuve de sagesse, c’est se rappeler que la guerre contre le terrorisme, lancée par les États-Unis après les attentats du 11 Septembre, n’a en rien permis d’empêcher la résurgence de groupes armés au Moyen-Orient.

La sagesse, c’est de constater que la surveillance de masse mise sur pied par les services secrets américains permet sans doute de récolter des tonnes de renseignements, mais que l’immense majorité de ces renseignements ne sert absolument à rien. Au contraire, cette surveillance généralisée gaspille des ressources précieuses qui devraient servir à des investigations plus ciblées, sous contrôle de la justice.

La sagesse, ce serait également de refuser des mesures qui sapent notre État de droit, comme le recours à la torture ou à des exécutions extrajudiciaires, à des bombardements indiscriminés qui frappent des civils, ou des discours politiques qui créent des amalgames.

L’attitude de bon nombre de dirigeants européens et américains qui refusent des réfugiés syriens sur leur territoire est inacceptable. Le message qu’ils transmettent ainsi à la population est que l’accueil de ces personnes représente un risque pour la sécurité. Or c’est l’inverse qui est vrai. Laisser aujourd’hui plus de quatre millions de Syriens vivre dans la précarité dans les pays voisins de la Syrie, c’est les priver de perspectives de vie et créer une génération sacrifiée d’enfants non scolarisés et de parents désespérés.

C’est augmenter le nombre de personnes qui emprunteront des voies d’accès illégales et dangereuses pour rejoindre l’Europe. C’est prendre le risque que les groupes armés trouvent dans les camps de réfugiés un terreau fertile pour recruter des terroristes, alors que ces personnes fuient justement les actes ignobles commis par ces mêmes groupes terroristes et par le gouvernement syrien.

La sagesse politique aujourd’hui serait de prendre des mesures coordonnées pour accueillir les réfugiés syriens et leur permettre de vivre en sécurité.

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