Plaidoyer urgent d’un père saoudien pour la libération de son fils condamné à mort Par Mohammed al-Nimr

Ali Mohammed al-Nimr a été arrêté dans la province de l’Est de l’Arabie saoudite en 2012, alors qu’il n’avait que 17 ans. Il a été condamné à mort à l’issue d’un procès inique fondé sur des « aveux » forcés qui auraient été obtenus sous la torture et a récemment été placé en détention à l’isolement. Son oncle, Sheikh Nimr Baqir al-Nimr, religieux chiite critique à l’égard des autorités, a également été condamné à mort l’année dernière. Dans un texte rédigé pour Amnesty International, le père d’Ali se souvient de son jeune fils et de son frère, qui risquent tous deux d’être exécutés.

Chaque fois que j’entre ou que je sors de notre maison par le garage, un vélo posé dans l’angle retient mon attention.

Ce vélo ravive les souvenirs douloureux de mon fils, Ali Mohammed al-Nimr, qui a été condamné à mort et qui risque d’être exécuté à tout moment dans mon pays, le royaume d’Arabie saoudite.

Je me souviens d’Ali qui se tenait devant moi quand je lui ai promis de lui acheter ce vélo s’il réussissait son entrée dans l’enseignement secondaire. Je me souviens comme il était heureux lorsque nous sommes allés l’acheter ensemble. Il était surexcité de recevoir ce vélo, comme n’importe quel autre garçon l’aurait été.

Je me souviens quand son grand frère lui a appris à faire du vélo et quand je lui ai dit de regarder des deux côtés de la route et de se méfier des chauffards. Le voir tomber me brisait le cœur à chaque fois ! Je suis son père après tout.

Ces scènes se bousculent dans ma tête quand je marche dans les rues de mon village, Awamiyya, et que je vois des enfants faire du vélo. Je prie toujours Dieu de les protéger, mais je ne peux pas toujours retenir mes larmes.

Pour moi, ce vélo brillant représente la lumière que mon fils dégage et que moi, sa mère, ses frères et ses sœurs voyons toujours dans la maison en son absence.

Dans nos têtes, nous le voyons tous les jours : dans les escaliers, sautant deux ou trois marches à la fois, dans le sous-sol où il allait lorsqu’il s’ennuyait.

Nous le voyons devant la porte d’entrée, dans la cuisine, dans le salon, dans le jardin ou dans la pièce bleue où il aimait passer du temps seul.
Le jeune Ali est dans tous les recoins de la maison ainsi que dans le cœur de sa mère, son père, ses frères et ses sœurs.

Son lit n’a pas été fait depuis qu’il a été arrêté le 15 février 2012. Ce jour-là, une voiture blindée de patrouille de police l’a renversé. Les policiers l’ont emmené à l’hôpital avant de l’envoyer dans un centre pour mineurs. Il a par la suite été placé en détention à la prison d’al-Mabahith à Dammam.

Le jour où Ali a été condamné à mort, un de mes amis m’a écrit pour me dire que j’avais bien fait de choisir « Ali » comme prénom pour mon fils, car le mot « Ali » vient du mot « fierté », et Ali est, en effet, ma source de fierté et de joie.

Il a été condamné à mort par un juge pour des prétextes religieux et sur des ordres donnés au niveau politique. L’annonce d’une telle condamnation était terrifiante pour le jeune garçon. Dans ces moments difficiles, nous n’avons trouvé de réconfort que dans les paroles qu’il a prononcées d’un air nonchalant et sûr de lui : « qu’il en soit ainsi ».

À ce moment, et encore aujourd’hui, j’aurais souhaité qu’il soit orphelin, plutôt que le fils d’un père qui était sur le point de le perdre. Il avait encore toute sa jeunesse devant lui.

Tout le monde a été choqué par la condamnation. Sa mère s’est effondrée et s’est évanouie lorsqu’elle a appris la nouvelle.

J’ai demandé à maintes reprises si une telle condamnation était conforme aux conventions et traités internationaux ratifiés par mon pays. Ces traités permettent-ils d’arrêter des gens qui ont une opinion divergente ? Ces instruments permettent-ils de renverser des enfants avec des véhicules blindés ?

Ce sont là mes réflexions et émotions en ce qui concerne mon trésor le plus précieux, mon fils et petit tigre, Ali Mohammed al-Nimr (Nimr signifie tigre en arabe).

Mon petit Ali n’est pas plus précieux qu’Ali Qarayris, Ali al-Fulful ou n’importe quelle autre personne tuée lors des manifestations de Qatif, dans la province de l’Est de l’Arabie saoudite, ou que d’autres personnes qui défendent leur dignité et demandent que leurs droits soient respectés. Je les considère tous comme mes enfants, tout comme Ali.

Mon jeune tigre est sacrifié pour ma loyauté envers mon frère, l’oncle d’Ali, Sheikh Nimr al-Nimr, également condamné à mort. Il est victime de la folie des politiques et du sectarisme. Il est temps de mettre fin une bonne fois pour toutes à de telles politiques discriminatoires dans notre pays que nous aimons et chérissons.

J’ai également de très bons souvenirs de mon frère, Sheikh Nimr, qui a trois ans de plus que moi. Nous avons passé 13 ans à l’étranger ensemble quand nous avions une vingtaine d’années. Ma famille et moi avions trouvé refuge dans son petit appartement de 50 mètres carrés où il nous a accueillis avec générosité et nous offrait toute la nourriture qu’il ramenait pour sa famille en priorité.

D’aucuns savent que j’ai choisi la voie du travail social et du militantisme afin de répondre aux préoccupations de mon pays, l’Arabie saoudite. Même si je ne suis pas toujours d’accord avec mon frère, personne dans notre village ne discuterait jamais le fait que notre priorité doit être de rétablir nos droits et mettre fin à la discrimination religieuse.

Mon cher frère, Sheikh Nimr, mon cher tigre Nimr, que la paix soit sur vous, le jour où vous êtes nés, le jour où vous avez été arrêtés, le jour où vous avez été condamnés à mort. Le jour où vous rentrerez sains et sauf, ce sera la volonté de Dieu.

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