Pourquoi il est indélicat d’employer le terme « Aborigènes » : huit points sur les populations autochtones en Australie

Est-il correct de parler d’une « personne aborigène » ? Et pourquoi en Australie autant de mineurs autochtones – parfois âgés de 10 ans seulement – sont-ils incarcérés ? Vous allez pouvoir le découvrir en lisant la suite.

Par Tammy Solonec, responsable des droits des autochtones à Amnesty International Australie

1. Qui sont les peuples autochtones du monde ?

Plus de 370 millions de personnes dans 70 pays du globe se considèrent comme membres de peuples autochtones. Ils appartiennent à plus de 5 000 groupes différents, et parlent plus de 4 000 langues. « Peuples autochtones » est le terme reconnu pour se référer à eux en tant que groupe collectif – l’équivalent des termes « les Britanniques » ou « les Australiens ».

Au titre du droit international, le terme « autochtone » induit que les ancêtres d’une personne vivaient sur des terres précises, avant que de nouveaux arrivants ne prennent une place dominante sur ces territoires. Les peuples autochtones ont leurs propres coutumes et cultures, uniques, et sont souvent en butte à des réalités difficiles : leurs terres sont confisquées et ils sont traités comme des citoyens de seconde zone notamment.

2. Qui sont les peuples autochtones d’Australie ?

Ce sont les fiers gardiens de ce qui est probablement la plus ancienne culture continue du monde. Leur patrimoine couvre une grande diversité de communautés, chacune caractérisée par une combinaison unique de cultures, de coutumes et de langues. Avant que les Européens ne débarquent en 1788, le continent comptait plus de 250 nations autochtones, composée chacune de plusieurs clans.

Les peuples des îles du détroit de Torrès, situées entre l’État du Queensland, au nord-est de l’Australie, et la Papouasie-Nouvelle-Guinée, sont originaires de Mélanésie dans le Pacifique occidental, et ont leur propre culture.

3. Est-il correct d’employer le terme « Aborigènes » pour désigner les Australiens autochtones ?

Le terme « Aborigène » est généralement perçu comme indélicat, parce qu’il véhicule des connotations racistes héritées du passé colonial de l’Australie, et réunit en un seul groupe des personnes issues de divers horizons. Vous vous ferez plus d’amis en utilisant les termes « personne aborigène », « peuple aborigène » ou « peuples des îles du détroit de Torrès ».

Dans la mesure du possible, utilisez le nom du clan ou de la tribu de la personne. Et si vous parlez à la fois des Aborigènes et des peuples des îles du détroit de Torrès, il vaut mieux employer « Australiens autochtones » ou « peuples autochtones ».

Sans le « A » majuscule, le terme « aborigène » peut désigner une personne autochtone de n’importe quel coin du globe. Ce terme vient en effet du latin et signifie « habitant originel ».

Tammy Solonec (à gauche), d’Amnesty Australie, discute avec une jeune femme à Bourke, en Nouvelle-Galles du Sud (mai 2015). Dans cette ville, un projet pour les jeunes autochtones, qui redirige vers les initiatives communautaires les ressources allouées aux prisons, est en cours d’expérimentation. © Lisa Hogben/Amnesty International

4. Comment vivaient les Australiens autochtones avant l’arrivée des Européens ?

Ce sont de grands conteurs, qui transmettent leur culture à travers des « pistes de rêves » – un système de croyances animistes qui s’exprime à travers des chants, des histoires, des peintures et des danses. Ils étaient également des chasseurs et cueilleurs hors pair et avaient mis au point des méthodes sophistiquées pour prendre soin de la terre. En tant que peuple semi-nomade, ils se déplaçaient au fil des saisons, revenant à chaque saison dans leurs habitats permanents, où ils cultivaient la terre.

5. Que s’est-il passé lorsque les Européens sont arrivés ?

La colonisation européenne a débuté en 1788 ; elle fut dévastatrice pour les communautés autochtones d’Australie. Leur nombre a chuté, passant de 750 000 à tout juste 93 000 en 1900.

Des milliers de personnes aborigènes sont mortes lorsque les colons britanniques les ont expulsées de leurs terres et ont amené des maladies mortelles telles que la rougeole, la variole et la tuberculose. Les Australiens autochtones ont été séparés du reste de la société, contraints d’adopter les coutumes britanniques et de renoncer à leur culture. Beaucoup d’enfants ont été arrachés à leur famille.

La population autochtone a commencé à croître de nouveau au début du 20e siècle et en 2011, on estime qu’ils étaient 669 900 – soit environ 3 % de la population totale du pays.

6. Quelle est la situation aujourd’hui ?

La discrimination raciale est illégale en Australie depuis 1976, mais cela n’a pas suffi à protéger les populations autochtones qui sont fortement défavorisées – notamment en termes de santé, d’éducation et d’emploi. Beaucoup se retrouvent pris au piège de la pauvreté et de la criminalité. Aujourd’hui, les mineurs autochtones en Australie sont 24 fois plus susceptibles d’être incarcérés que leurs camarades de classe non-autochtones.

Les nouvelles générations ont hérité du profond traumatisme et de la grande colère de leurs aînés, qui ont perdu leurs terres, leurs cultures et leurs familles. Pour aggraver la situation, le gouvernement australien met en place des politiques qui privent dans les faits les peuples autochtones de leurs droits fondamentaux, telles que le programme d’intervention lancé dans le Territoire du Nord, et les contraint à abandonner leurs maisons et leurs communautés.

Des enfants autochtones jouent sous la pluie, à Mowanjum, en Australie-Occidentale (février 2015). © Ingetje Tadros/Amnesty International

7. Comment les Australiens autochtones réagissent-ils face à cette discrimination ?

Ils continuent de protester sans relâche, de faire pression pour que les choses changent, notamment à l’occasion de la fête nationale australienne, le 26 janvier. En 1938, alors que la plupart des autres Australiens célébraient cette journée, ils l’ont déclarée Journée de deuil, pour marquer le 150e anniversaire de la colonisation.

Le 26 janvier 1972, ils ont érigé l’Ambassade aborigène devant le Parlement australien, en arborant des slogans comme « Nous voulons des droits à la terre, pas l’aumône ». Cette Ambassade a reçu un soutien sans précédent au niveau national et se trouve toujours devant le Parlement. En 2000, plus de 300 000 personnes, de tous horizons, ont traversé le Harbour Bridge, à Sydney, appelant à la réconciliation nationale. Et en 2015, d’immenses rassemblements ont été organisés dans tout le pays pour soutenir le droit des communautés autochtones reculées de vivre sur leurs terres ancestrales.

8. Que puis-je faire ?

Amnesty International continue de faire campagne en faveur des droits des peuples autochtones en Australie. Aujourd’hui, nous voulons mettre fin à la surreprésentation en détention des mineurs autochtones qui se retrouvent enfermés dans le système carcéral australien, grâce à notre campagne Community is Everything.

Nous voulons faire en sorte que ces enfants – parfois âgés de 10 ans seulement – puissent grandir dans des communautés qui nourrissent leur potentiel. Les Australiens autochtones savent ce qui est le mieux pour leurs propres communautés et pour leurs enfants ; ils ont besoin de notre appui pour y parvenir.

La Journée internationale des populations autochtones aura lieu le 9 août.

Pour en savoir plus

Découvrez ce qui motive Tammy et l’équipe chargée des droits des peuples autochtones à Amnesty International Australie.

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