Protester contre la répression homophobe, c’est efficace Laura Carter, chargée de recherches sur les questions liées aux personnes LGBTI à Amnesty International

Cela fait près d’un an qu’ont été révélées des informations faisant état d’une campagne soigneusement orchestrée par la police tchétchène ayant conduit à l’enlèvement et à la détention d’une centaine d’hommes en l’espace de quelques semaines. Cette répression extrêmement violente menée dans toute la région a provoqué la mort de trois hommes au moins, et beaucoup ont été torturés en détention.

Le seul « crime » de ces hommes était d’être soupçonnés d’être gays. Les victimes ont dit qu’on les avait torturées pour les forcer à « dénoncer » d’autres hommes.

L’ONG Réseau LGBT russe a exposé [1] de façon détaillée le calvaire déshumanisant que ces hommes ont enduré. Ils ont été soumis à des passages à tabac, des décharges électriques, à la privation de sommeil, de nourriture et d’eau, forcés de dormir sur un sol en béton et systématiquement humiliés.

Mais les persécutions homophobes cautionnées par l’État ne sont pas spécifiques à la Tchétchénie. Le rapport 2017/18 d’Amnesty International sur la situation des droits humains dans le monde fait état d’un nombre très inquiétant d’arrestations et de persécutions massives ayant visé l’an dernier les personnes LGBTI.

Ainsi, en Azerbaïdjan, 83 personnes ont été arrêtées en septembre lors d’une descente de police ; beaucoup d’entre elles ont été frappées, privées d’accès à un avocat et condamnées à des peines allant jusqu’à trois semaines de détention administrative. Un représentant du gouvernement azerbaïdjanais aurait déclaré, d’après les médias, que cette opération de police avait été menée à la suite de plaintes de particuliers signalant que des personnes LGBTI ne « respectaient pas les autres gens autour d’eux ».

Le mois suivant, 51 personnes ont été arrêtées en Indonésie lors d’une descente de police effectuée dans un sauna à Jakarta au motif qu’une « partie fine homosexuelle » y avait lieu.

Et en Égypte, lors d’un concert au Caire en septembre, 76 personnes ont été arrêtées pour « débauche » au titre de la législation du pays sur la prostitution, parce que des gens dans le public avaient brandi un drapeau arc-en-ciel. Plusieurs des hommes arrêtés ont été soumis de force à un examen rectal, en violation de l’interdiction, édictée au niveau international, des traitements cruels, inhumains ou dégradants.

La dépénalisation de l’homosexualité ne suffit pas

Outre la persécution flagrante des personnes LGBTI, ces cas présentent une particularité commune : pas une seule des centaines de personnes arrêtées n’a été appréhendée en vertu de lois interdisant explicitement les relations sexuelles entre personnes de même sexe. Et ce, parce que de telles lois n’existent pas dans ces pays.

La Russie, l’Azerbaïdjan et l’Égypte ne font pas partie des 72 pays qui érigent en infraction de façon explicite les relations sexuelles entre adultes de même sexe. Ces relations ne constituent pas non plus une infraction pénale à Jakarta, capitale de l’Indonésie. La police et le système pénal utilisent donc d’autres lois pour harceler, arrêter et placer en détention des personnes LGBTI.

En Tchétchénie, la violente campagne de répression a été facilitée par un climat d’homophobie et d’impunité concernant les actes de harcèlement de la police. Les policiers peuvent librement arrêter des personnes pour des accusations exagérées, et les dispositions de la législation russe interdisant « la promotion de relations sexuelles non traditionnelles auprès des mineurs » permettent peut-être d’expliquer pourquoi cette campagne révoltante n’a pas soulevé une vague d’indignation en Russie.

Des lois tout aussi ambigües et formulées en termes imprécis sont utilisées à mauvais escient ailleurs aussi.

Les personnes déclarées coupables en Azerbaïdjan ont été condamnées en grande partie sur la base des accusations de la police : il leur a été reproché d’avoir « résisté aux ordres légitimes de la police ».

En Égypte, il n’est pas rare de voir de nombreuses personnes inculpées de « débauche habituelle ». Ce chef d’inculpation est souvent utilisé par le parquet égyptien à l’encontre des personnes LGBTI, car il n’est pas défini par la loi ; ainsi, même s’il n’érige pas spécifiquement en infraction les relations sexuelles entre adultes de même sexe, il est suffisamment vague pour pouvoir être utilisé afin de poursuivre ces personnes en justice.

Il faut attirer l’attention sur ces gouvernements

Quelle leçon doit-on tirer de tout cela ?

Tout d’abord, cela montre que si la dépénalisation est nécessaire, elle n’est pas suffisante pour garantir totalement la protection des droits des personnes LGBTI, qui font partie des droits humains. Les forces de l’ordre et les autres autorités étatiques trouveront toujours, si elles le veulent, différents moyens de harceler et réprimer pénalement les personnes et les communautés LGBTI.

Cela n’est pas nouveau, mais en 2017 ces pratiques sont devenues de plus en plus fréquentes et flagrantes. Des lois rédigées en termes vagues et appliquées de façon sélective permettent d’intimider des communautés entières.

Il est cependant encourageant de constater que les gens sont plus que jamais déterminés à s’élever contre les persécutions exercées contre les communautés LGBTI.

Même dans les pays où l’homosexualité est tabou et où ces communautés sont de longue date prises pour cible par la police, le gouvernement préfère généralement ne pas attirer l’attention sur ses pratiques.

L’an dernier, plus de 650 000 personnes de par le monde [2] ont rejoint Amnesty International pour protester contre les arrestations qui ont eu lieu en Tchétchénie. Au Brésil, en Ukraine ou encore à Taiwan, des militants ont signé des pétitions, protesté devant les ambassades et exprimé leur solidarité avec les personnes LGBTI.

Au lieu de détourner les yeux de ces atteintes aux droits humains – ce qu’elles font généralement –, les autorités centrales de la Russie ont été contraintes, en raison du tollé international, d’au moins annoncer « une enquête préalable » sur les informations faisant état de cette chasse aux gays en Tchétchénie.

Une année s’est depuis écoulée et aucune enquête officielle n’a été ouverte, ce qui souligne à quel point il est nécessaire de maintenir la pression sur les autorités russes pour qu’elles règlent d’urgence ce problème.

Le monde vous regarde

Aucune personne ne doit être harcelée, arrêtée ou tuée en raison de son identité ou de qui elle aime. L’an dernier, des centaines de milliers de personnes à travers le monde ont montré qu’elles sont prêtes à défendre les droits des personnes LGBTI. Nous devons continuer de nous mobiliser si nous voulons mettre fin à ces mouvements de répression inacceptables.

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