Quel avenir pour les droits humains en Turquie ? Par Jenny Vanderlinden, Coordinatrice Turquie à Amnesty International Belgique Francophone

Depuis la tentative de coup d’Etat du 15 juillet 2016, la Turquie sous état d’urgence depuis neuf mois est le théâtre d’une répression de grande ampleur. Plus de 100.000 personnes ont été limogées et pour beaucoup d’entre elles sans plus aucun espoir de pouvoir retrouver un emploi. Plus de 45.000 personnes sont en détention provisoire depuis des mois avec accès restreint aux avocats et à leur famille. Nul ne conteste le droit du gouvernement de traduire les coupables du coup d’Etat manqué en justice, loin de là. Mais force est de constater que les limites du droit sont dépassées et que les violations de droits humains se multiplient au rythme des décrets. Les sympathisants – ou ceux qui sont accusés de l’être - du dignitaire religieux Fethullah Gülen, que le Président Erdoğan accuse d’avoir orchestré le coup d’Etat, sont visés mais très vite la répression s’est étendue à tous ceux qui n’adhèrent pas à la politique du gouvernement AKP.

Les journalistes paient un lourd tribut, plus de 120 journalistes sont en prison et 160 organes de presse sont désormais fermés.

La Turquie aujourd’hui détient la triste première place du classement mondial de journalistes emprisonnés et ceux qui n’ont pas pu fuir à l’étranger doivent faire face depuis des mois aux conditions de détention difficiles dans les prisons surpeuplées et risquent d’être condamnés à des années de prison pour « propagande terroriste ».

Le gouvernement lance un message fort à sa population : quiconque nous critique, le paiera au prix de sa liberté. La liberté d’expression est un des piliers d’une démocratie. Sans elle, toutes les dérives autoritaires sont permises. Au travers de l’histoire de quatre journalistes, notre organisation dénonce cette répression sans précédent et se donne pour mission de rétablir la liberté de presse en Turquie. Nous exigeons la libération de tous les journalistes en détention provisoire et vous invitons à y contribuer en signant une pétition qui sera remise à l’ambassade de Turquie à Bruxelles le 3 mai, pour la journée mondiale de la presse.

La liberté d’expression est d’autant plus importante que les citoyens turcs auront à décider lors du référendum du 16 avril si les changements constitutionnels et le régime présidentiel sera mis en place. Le « oui » confèrera de vastes pouvoirs au Président Erdoğan. Il pourra par exemple contrôler la nomination des juges et procureurs, ce qui affaiblira considérablement l’indépendance de l’appareil judiciaire. A terme, la fonction de premier ministre disparaîtra et le Président pourra nommer et démettre les vice-présidents, les ministres et les hauts fonctionnaires de l’Etat.

S’il est légitime que le peuple puisse choisir son avenir politique et opter pour un régime présidentiel, il est tout aussi légitime de se demander si le moment pour le faire est bien opportun. Le pays est sous état d’urgence et fonctionne par décrets, le pouvoir judiciaire est affaibli et la presse d’opposition est réduite au silence. De nombres personnalités politiques du parti d’opposition pro-kurde HDP sont en prison et la scène politique est largement dominée par les discours du Président Erdoğan que ce soit lors de meetings publics, dans la presse écrite ou à la télévision.

Le peuple turc a-t-il vraiment la possibilité de choisir en tout état de cause ?

Le doute est permis.

Dans une démocratie la séparation des différentes fonctions de l’Etat (législatif, exécutif et judiciaire) permet de contrôler l’arbitraire, d’empêcher les abus et de s’assurer que l’Etat de droit et les droits humains soient respectés. Il est extrêmement dangereux de mettre tout le pouvoir entre les mains d’un seul homme qui, nul ne le contestera, a basculé dans l’autoritarisme.

L’avenir se présente sous un jour bien sombre et il semble bien que la « nouvelle Turquie » du Président Erdoğan laissera peu de place aux droits humains.

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