Quelle différence cela fait-il en pratique d’apprendre ce que recouvrent vos droits sexuels et reproductifs ?

Prendre soi-même les décisions concernant sa santé, son corps et sa vie sexuelle sont des droits fondamentaux. Mais comment revendiquer ces droits quand tout le monde autour de vous pense que c’est tabou ? En Tunisie, des militants élaborent des solutions pour briser le silence sur des sujets dont personne ne parle.

« Quand j’ai commencé à m’impliquer dans la campagne Mon corps, mes droits, à chaque fois que j’essayais d’aborder le sujet des droits sexuels et reproductifs, mes amis m’arrêtaient ou refusaient d’écouter  », déclare Sabri, 23 ans, militant à Amnesty International Tunisie.
« À cause de l’influence de la religion, des coutumes [...] Parce qu’il s’agit d’une chose dont on ne parle pas. »

En Tunisie, défendre les droits sexuels et reproductifs représente un véritable défi. Discuter de problèmes en relation avec la sexualité, obtenir des informations ou signaler des violences et des abus continue à être largement considéré tabou.

Les violences liées au genre et les discriminations à l’égard des femmes restent quant à elles très répandues. En 2010, une étude menée par le gouvernement a montré que près de la moitié des femmes en Tunisieavaient déjà subi des violences au moins une fois au cours de leur vie. La loi ne permet toujours pas de prévenir celles-ci, et les victimes de violences sexuelles s’entendent trop souvent dire qu’il faut faire avec.

Alors comment rompre le silence qui entoure les discriminations et les droits sexuels et reproductifs quand personne ne veut en parler ?

Favorisant le changement par le biais de l’éducation, des militants d’Amnesty International Tunisie ont partagé trois exemples pour montrer comment des formations aux droits humains les aident à construire de nouveaux projets éducatifs et à nouer le dialogue avec d’autres jeunes gens.

Les droits sexuels et reproductifs à l’écran

À travers le pays, des militants ont organisé des formations dans les universités afin que les étudiantes et les étudiants puissent acquérir une compréhension critique des droits sexuels et reproductifs.
Dans le cadre d’ateliers de réalisation, ils utilisent l’image pour aider les étudiants à exprimer sur l’écran ce dont ils sont témoins dans la vraie vie et à employer la fiction pour décrire ce que la discrimination signifie pour eux.

« Nous avons découvert qu’il s’agissait d’une bonne manière d’amener les étudiants à s’exprimer sur les droits sexuels et reproductifs. Les films, réalisés pour et par des étudiants, illustrent les préoccupations que leur inspirent des thèmes tels que le harcèlement sexuel, les violations survenant dans leur vie ou les raisons pour lesquelles les femmes estiment qu’elles ne peuvent pas exercer les mêmes droits que les hommes  », déclare Sabri.

Des étudiants assistent à la première édition du festival du film estudiantin des droits de l’homme, à Gafsa, en Tunisie, février 2016. © Amnesty International

Seif, 23 ans, un des animateurs, a observé l’impact de ce genre de formation sur des étudiants dans les villes de Gafsa et Tozeur :

« Nous essayons de créer un espace où les participants peuvent parler en toute sécurité de la question des droits sexuels et reproductifs, ce qui est compliqué pour diverses raisons, comme le fait que la majorité des gens sont conservateurs, ou encore l’influence de la religion. Après la session, nous avons remarqué que les jeunes ont commencé à changer d’attitude et de comportement face à la question des droits sexuels et reproductifs, ils dialoguent en outre avec d’autres personnes et changent le comportement de leurs parents et amis.  »

En tout, des étudiants ont réalisé 19 courts métrages projetés lors de la première édition du festival du film estudiantin des droits de l’homme, lancé afin de soutenir leur travail.

L’égalité des genres sur scène

Dans la banlieue de Tunis, 120 enseignants ont été formés dans plus de 20 écoles afin de monter des pièces de théâtre sur des thèmes parmi lesquels les droits sexuels et reproductifs, et les droits des femmes.

À Carthage, 480 élèves du primaire ont pris part à des pièces contenant des messages sur le droit pour les mineurs de prendre des décisions sur leur corps, où obtenir de l’aide et comment parler de sujets tabous à l’école.

Des élèves ont participé à l’écriture de pièces sur des thèmes tels que l’égalité entre les femmes et les hommes, la citoyenneté et l’environnement, à Carthage, en Tunisie, février 2016. © Amnesty International
Introduire ces sujets par le biais du théâtre facilite le processus d’apprentissage pour les enfants, et renforce par ailleurs la participation des parents :

« Nous essayons de mettre l’accent sur l’égalité des genres plutôt que sur la sexualité, ce qui est perçu comme moins problématique lorsqu’il s’agit de sujets sensibles ou tabous. En employant cette méthode, nous avons remarqué que les élèves se sont davantage mobilisés autour de thèmes tels que la citoyenneté ou les droits sexuels à l’école ou dans un contexte familial. Ils sont également plus communicatifs entre eux, et entre filles et garçons. Cela favorise un environnement de confiance et d’ouverture dans la classe, ainsi qu’une meilleure compréhension  », déclare Bechir Manai, militant et inspecteur académique dans le primaire.

Dès la rentrée scolaire prochaine, la méthode sera étendue aux régions du nord du pays afin de toucher davantage d’établissements.

Les droits des femmes dans les médias

La sensibilisation aux droits des femmes doit aller au-delà de l’enseignement scolaire, afin d’atteindre la population dans le pays tout entier.

Pour ce faire, Amnesty International Tunisie propose des formations destinées aux professionnels des médias à Mednine, afin de renforcer leur connaissance des droits sexuels et reproductifs. Des journalistes et des blogueurs ont pris part à des sessions mettant l’accent sur la défense des droits humains dans les médias et la communication de messages clairs au public.

Dans le cadre de cette formation de deux jours, journalistes et blogueurs examinent des solutions visant à rendre compte des violations des droits humains et des droits des femmes, à Mednine, en Tunisie, en mars 2016. © Amnesty International

«  Après la révolution, le monde du journalisme a connu un véritable essor, à la fois en termes du nombre de journalistes et de la couverture de sujets précédemment considérés tabous. Mais l’impact que les médias sont susceptibles d’avoir dans la formation de l’opinion publique a également suscité des préoccupations croissantes. »

« Nous avons constaté que lorsque les médias évoquent les violations des droits humains, ou les droits des femmes, les termes utilisés ne sont pas bien choisis. Nous avons organisé ces formations afin d’élaborer une charte de bonne conduite avec les journalistes, et d’établir de nouvelles manières de penser ces questions et d’en rendre compte  », déclare Monem Khaskhoussi, coordonnateur de l’éducation aux droits humains à Amnesty International Tunisie.

Après la formation, tous les journalistes participants signent un code de conduite selon lequel ils s’engagent à mettre les droits des femmes en avant, et à renforcer leur travail sur les droits sexuels et reproductifs.
En Tunisie, la formation des militants relève d’un programme axé sur l’éducation, l’autonomisation et la justice, qui vise à renforcer les droits humains et à favoriser une justice accrue au moyen d’une éducation aux droits humains et d’initiatives d’autonomisation, en particulier pour combattre la violence à l’égard des femmes en Tunisie et sensibiliser la population aux droits sexuels et reproductifs.
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