Rosmit Mantilla, prisonnier d’opinion au Venezuela : sa famille vit une véritable épreuve, dans la longue attente de son procès Par Alexandra Perdomo et Victor Molina, équipe Documentation et Communications à Amnesty International Venezuela

Rosmit Mantilla Flores attendait l’arepa (gâteau de maïs traditionnel) que sa grand-mère lui préparait chaque matin pour le petit-déjeuner, lorsque son grand-père a ouvert la porte à une vingtaine d’agents du Service bolivarien de renseignement national (SEBIN), lourdement armés et munis d’un mandat de perquisition.

C’était le 2 mai 2014, vers 5h30 du matin.

Ce mandat, basé sur l’accusation d’un « patriote » anonyme, indiquait que Rosmit avait reçu de l’argent d’un groupe d’hommes d’affaires pour financer les manifestations antigouvernementales qui se sont déroulées entre février et juin 2014.

Rosmit, alors étudiant en Communication sociale, vivait avec son grand-père Abraham, sa grand-mère Luisa et son jeune caniche Nicoll dans un appartement à Caricuao, quartier ouvrier de Caracas.

Son militantisme en faveur de la défense des droits des personnes LGBTI (lesbiennes, gays, bisexuelles, transgenres et intersexuées) au Venezuela et son intérêt pour la politique l’ont amené à travailler au sein du parti d’opposition Volonté populaire (Voluntad Popular).

Rosmit prône avec détermination l’adoption de dispositions législatives permettant l’union civile de personnes de même sexe, la criminalisation des crimes de haine motivés par l’orientation sexuelle et l’identité ou l’expression de genre, et le droit de changer légalement d’identité de genre.

Au Venezuela, la discrimination à l’égard de la communauté LGBTI est profondément ancrée et malgré les cas de violences régulièrement recensés contre cette communauté, les responsables présumés sont rarement traduits en justice.

Les agents du renseignement sont entrés dans sa chambre et ont trouvé des enveloppes contenant de l’argent.

Son grand-père affirme que Rosmit a fait l’erreur de rester en dehors de sa chambre au moment de la fouille, leur laissant le loisir d’y placer l’argent afin de fabriquer une fausse preuve.

La grand-mère de Rosmit se souvient : « Avant même d’ouvrir les enveloppes, ils ont déclaré qu’elles contenaient de l’argent. »

Sur les enveloppes ont ensuite été inscrits les noms « Santa Fe » et « Altamira », deux secteurs de la capitale où des groupes de manifestants érigeaient des barricades de rue appelées « guarimbas ».

Les agents du SEBIN ont ensuite affirmé avoir trouvé des tracts exhortant la population à rejoindre les manifestations lors de la perquisition effectuée au domicile de Rosmit Mantilla. Rosmit et sa famille ont nié ces allégations. Après avoir terminé la perquisition, les agents ont immédiatement conduit Rosmit en détention et il se trouve toujours derrière les barreaux, dans l’attente d’un procès qui n’a toujours pas débuté.

Après 15 jours de détention, Abraham a été autorisé à lui rendre visite. On leur a accordé 10 minutes. Rosmit ne présentait aucun signe de violences physiques, mais Abraham affirme qu’il avait subi des violences psychologiques.

Bouleversé et désorienté par ces événements, Abraham a éclaté en pleurs devant l’un des agents. Celui-ci lui aurait dit que ses larmes étaient inutiles et que son petit-fils était fichu, parce qu’il était détenu pour des motifs politiques et qu’il n’y avait aucun espoir qu’il soit libéré.

La vie de la famille Flores a radicalement changé. Elle tourne désormais autour des deux visites hebdomadaires que Rosmit est autorisé à recevoir et des audiences auxquelles ses proches se sont présentés à plus de 20 reprises et qui sont reportées dès qu’ils font leur apparition. Lorsque ses grands-parents ont voulu qu’un psychologue lui rende visite, ils ont prétendu que c’était son oncle, car le SEBIN restreint les visites à la famille uniquement.

Le 6 décembre 2015, Rosmit a été élu en tant que suppléant à l’Assemblée nationale du Venezuela. Il est le premier homosexuel déclaré à être élu à cette fonction. Cependant, il n’a pas pu prêter serment en tant que membre de l’Assemblée et se trouve toujours en détention.

Dans le modeste appartement de Caricuao, un sentiment de nostalgie s’empare des grands-parents de Rosmit, qui laissent couler leurs larmes de chagrin, attristés de ne pouvoir ramener leur petit-fils à la maison. Pourtant, ils restent forts.

Ils n’ont pas d’autre choix : ils doivent apporter à Rosmit toute la nourriture dont il a besoin pour survivre, ainsi que des médicaments et des produits d’hygiène de base – savon, dentifrice et papier toilette. Ils doivent aussi lui amener de l’eau potable. Car le SEBIN ne fournit rien de tout cela. Rosmit demande souvent à ses grands-parents d’aider des prisonniers détenus avec lui qui n’ont pas de famille à Caracas pour s’occuper d’eux.

Le bureau du procureur général accuse Rosmit d’incitation à la violence, d’intimidation publique, de barrage sur une voie publique, d’incendie volontaire contre des bâtiments publics et privés, de dégâts avec violences et d’association de malfaiteurs, infractions pour lesquelles il réclame une peine de 35 ans d’emprisonnement. Les grands-parents de Rosmit craignent que leur petit-fils ne soit injustement condamné et qu’ils ne vivent pas assez longtemps pour assister à sa libération.

Amnesty International estime que le bureau du procureur général n’a pas présenté de preuves permettant d’établir un lien entre Rosmit Mantilla et les crimes dont on l’accuse, et considère que sa détention prolongée revêt un caractère politique. Les autorités vénézuéliennes font souvent preuve d’intolérance à l’égard des personnes qui expriment des opinions critiques. Ainsi, les membres des partis d’opposition et les défenseurs des droits humains sont la cible d’attaques persistantes et de campagnes de diffamation et d’intimidation orchestrées par de hauts fonctionnaires. Par ailleurs, l’ingérence du pouvoir exécutif dans le système judiciaire met en cause son indépendance. Le fait que plus de 60 % des juges dans le pays occupent des postes provisoires les expose à des pressions politiques.

La famille de Rosmit a récemment informé Amnesty International qu’il souffre de dépression et a beaucoup maigri en détention. En raison du manque de lumière naturelle (il ne serait autorisé à sortir dehors qu’une fois par mois), il a développé des problèmes de peau. Rosmit Mantilla est un prisonnier d’opinion, qui doit par conséquent être libéré immédiatement et sans condition. Il n’a jamais eu recours à la violence et ne l’a jamais prônée. Ses grands-parents et toute sa famille continuent d’espérer sa libération.

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