Stop Torture : Journal d’une jeune militante

Marie-Louise Dyrlund Hansen

Quand la jeunesse du monde se mobilise contre la torture

Un groupe de jeunes de 17 pays différents se sont unis dans un but commun : se battre pour mettre fin à la torture. Marie-Louise, 22 ans, nous fait part de son expérience après avoir travaillé avec 17 autres jeunes militants internationaux dans le cadre de notre campagne "Stop Torture".


De jeunes militants travaillant sur la campagne Stop Torture. En haut, de gauche à droite : Abdellah Khaloub (Maroc), Madalin-Catalin Blidaru (Roumanie), Swechhya Sangroula (Népal), Dorothy Tran (Australie), Marie-Louise Dyrlund Hansen (Danemark), Jakub Gamrot (République tchèque), Nancy Herz (Norvège). Rangée du milieu, de gauche à droite : Oscar Jesse Rojas Ortiz (Mexique), Josefine Bertram (Suède), Caroline Bonnot (France), Gada Hussain (Pakistan). En bas : Chia-Yin Lin (Taïwan) au Centre International pour l’Éducation aux Droits Humains à Oslo, en Norvège, en mai 2014.

Marie-Louise est une jeune militante des droits humains qui a commencé à travailler au sein du réseau d’Amnesty International Danemark il y a quatre ans, après avoir assisté à une réunion organisée dans son école.

Elle salue la contribution considérable des jeunes à la campagne Stop Torture et souligne la nécessité de mettre en lumière leur travail :
"Depuis le début, mon principal objectif en tant que militante était d’observer le travail de militants d’autres régions du monde qui risquent leur vie pour défendre leurs droits".


Marie-Louise Dyrlund Hansen, 22 ans, décembre 2014, Copenhague, Danemark

Pour moi, il n’y a rien de plus honorable que cela. Je rêve que nous puissions tous nous unir et lutter contre la torture et qu’ensemble, nous puissions faire face au débat sur la torture dans le monde entier.

Je viens du Danemark. Ici, le pire risque qu’un militant des droits humains encourt est celui de se faire apostropher dans la rue. La torture n’est pas un problème systémique au Danemark, mais malheureusement, ce n’est pas le cas dans de nombreux autres pays. Comprendre les parallèles entre les attitudes des militants et les obstacles auxquels ils sont confrontés dans différentes régions du monde s’est révélé extrêmement utile. Pour moi, la légitimation de la torture et la mobilisation publique efficace sont deux sujets clés.

Il nous faut nous soutenir au-delà des frontières. La puissance de cette campagne tient au fait que nous faisons front commun ; que les évènements aient lieu dans notre pays ou non.

Pour donner aux jeunes les moyens de comprendre et d’agir contre la torture, nous avons créé un guide de 60 pages : Pour combattre la torture : Ateliers d’éducation aux droits humains, ainsi qu’une ressource en ligne correspondante : www.empoweragainsttorture.net.

Le guide a été conçu par des jeunes, pour des jeunes. Nous avons commencé la conception du guide le 9 mai 2014 lorsque nous nous sommes réunis au Centre International pour l’Éducation aux Droits Humains à Oslo. Nous savions que notre but final était de donner aux jeunes les moyens de participer à la campagne et d’aider Amnesty à toucher d’autres jeunes.

Notre objectif pour cette réunion était de créer un esprit d’équipe et la structure du guide, ainsi que de mettre en place un calendrier pour la suite du travail. Avec l’aide des coordinateurs, qui ont mis nos opinions et points de vue au défi, nous avons discuté, du 9 au 12 mai, de la meilleure façon d’aborder le guide. Afin que tout le monde puisse suivre cet incroyable processus et pour toucher un maximum de personnes, nous avons décidé de créer un blog qui témoigne de notre aventure : "Multicultural Education against Torture".

Le processus de création du guide m’a appris à faire face à ce qui me paraît être une acceptation et une légitimation grandissantes du recours à la torture. Les autres jeunes militants m’ont appris à quel point il est important de se concentrer sur l’humanisation des victimes de torture lorsque l’on en discute. Ils m’ont également appris que la torture peut être vue comme une enquête et des procédures judiciaires défectueuses. Ainsi, il ne s’agit pas de savoir si la personne "mérite" d’être torturée, mais plutôt de remettre en question le processus lui-même.

Dans ce cadre, j’ai appris à créer des ateliers qui permettraient à d’autres d’apprendre la même chose. J’ai réalisé à quel point il est important d’informer les gens sur les réelles conséquences de la torture. Peu importe le type de gouvernement que l’on met en cause, apprendre à aborder la torture et à riposter lorsque celle-ci est légitimée ou tolérée est dans notre intérêt à tous.
Notre guide comprend un atelier intitulé "Explore Safeguards through Drama" ("Analyse des mesures de protection à travers le théâtre") et qui a pour but de pousser à la réflexion sur les méthodes d’interrogation de la police, tout en étudiant le droit de ne pas être soumis à la torture en tant que droit absolu et universel. Si nous voulons que la campagne Stop Torture porte ses fruits, nous devons être capables de comprendre et d’expliquer ce problème aux autres.

La série d’ateliers a pour but d’informer de jeunes militants sur cette campagne et de les mobiliser. La mobilisation est donc une question primordiale qu’il faut aborder, ce qui a provoqué certaines discussions parmi les participants. Pour mes collègues du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, la principale source d’inquiétude était la sécurité de ceux qui participent aux mobilisations. D’autres, moi comprise, ont essayé de trouver une ressource qui permettrait une réelle compréhension de la torture.


De jeunes militants travaillant sur la campagne Stop Torture. En haut, de gauche à droite : Jakub Gamrot (République tchèque), Katinka Troye (Norvège), Madalin-Catalin Blidaru (Roumanie), Dorothy Tran (Australie), Swechhya Sangroula (Népal), Marie-Louise Dyrlund Hansen (Danemark). Rangée du milieu, de gauche à droite : Josefine Bertram (Suède), Caroline Bonnot (France), Nomagugu Gwaba Ncube (Zimbabwe). En bas, de gauche à droite : Ameni Naimi (Tunisie), Oscar Jesse Rojas Ortiz (Mexique), Abdellah Khaloub (Maroc), Gada Hussain (Pakistan), Nancy Herz (Norvège), Chia-Yin Lin (Taïwan) au Centre International pour l’Éducation aux Droits Humains à Oslo, en Norvège, en mai 2014.

J’ai également appris qu’il nous faut nous concentrer sur les conséquences de la torture pour les survivants et leur famille afin de pousser les gens à se mobiliser contre la torture partout. Il faut par ailleurs avoir une démarche d’humanisation des victimes de torture tout au long du processus : pas seulement au moment de la torture elle-même, mais également après.

Du fait que la légitimation de la torture éclipse le problème, nous avons tendance à concentrer le débat sur l’action et pas sur ses conséquences. Pourtant, ce sont les conséquences de la torture qui nous permettent d’humaniser les victimes. Si nous pouvons créer de l’empathie pour les personnes qui ont été torturées, nous pouvons assurer le soutien de la campagne à travers la mobilisation. C’est pour cette raison que nous avons créé l’atelier "The Consequences of Torture" ("Les conséquences de la torture") qui met les participants et leurs émotions face aux potentiels effets de la torture.

Pour être honnête, je ne savais que très peu de chose sur la réalité de la torture avant de participer à cette campagne. J’ai appris énormément de choses sur les manières de faire campagne contre le recours à la torture. Pas seulement dans ma région du monde, mais aussi dans d’autres. J’ai également appris pourquoi nous avons besoin de tout le monde pour que cette campagne porte ses fruits.

J’espère que notre travail peut induire un changement dans votre attitude en ce qui concerne la torture et vous pousser à lutter contre celle-ci. N’oublions jamais de nous soutenir les uns les autres et souvenons-nous que, bien que la torture soit devenue plus systématique dans notre monde, nous pouvons la combattre si nous le faisons ensemble. Je rêve de donner aux gens les moyens de lutter contre la torture partout. M’aiderez-vous ?

Marie-Louise Dyrlund Hansen

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