« Tout est pensé dans l’intérêt de l’enfant » Par Sarah Goffin, chargée de campagne sur la migration à Amnesty International Belgique francophone

Retour sur la visite d’Amnesty du nouveau centre fermé belge pour les familles avec enfants. Sur la route menant au nouveau centre fermé à Steenokkerzeel, le cadre est fixé. On aperçoit au loin des structures munies de grillages et de barbelés — le centre fermé 127 bis et le centre de transit caricole — et juste derrière, au bord d’une piste de décollage, un avion stationné comme s’il était là pour donner le ton.

Les nouvelles « maisons familiales », appellation utilisée lors de la présentation qui a été faite aux diverses associations présentes le 11 juillet dernier, se trouvent juste derrière le centre 127 bis. Pas de barbelés autour de ces « maisons », mais des grillages dont la hauteur n’en finit pas.

Ces structures « accueilleront » des familles à qui la protection a été refusée et qui ont quitté les unités ouvertes où ils doivent rester dans l’attente de leur rapatriement. Les familles pourront y être détenues pendant 14 jours, période prolongeable de deux semaines maximum. Précisons que les enfants de plus de 16 ans pourront, en cas de comportement inadéquat, être placés en cellule d’isolement dans le centre 127bis, qui n’est pas adapté aux mineurs.

« Tout est pensé pour respecter la vie de famille et l’intérêt supérieur de l’enfant ».

C’est le mantra qu’on nous répète. Mais la réalité va le mettre à mal. Les parents arriveront menottés, et après avoir réglé quelques aspects pratiques — comme la prise d’empreintes digitales (à partir de 14 ans) et une fouille, y compris des enfants si nécessaire, les familles seront accompagnées vers leur maison par un coach. Celui-ci leur présentera le fonctionnement du centre et les informera de la procédure, des possibilités de recours, de l’assistance juridique et de la possibilité de déposer une plainte. Le tout dans une langue qu’ils pourront comprendre.

Si les familles ont de l’argent avec elles, une garantie de 50 euros leur sera demandée.

Le séjour au quotidien

Si les familles le souhaitent, elles peuvent se faire à manger. Une liste d’ingrédients est mise à leur disposition. Mais attention à ne pas commander trop de chips ou de limonades. Ce ne sera pas possible, car ce n’est pas très bon pour les enfants. Comparé à la détention, ça se comprend.

Un petit magasin met également à disposition certains articles. Les produits de base sont gratuits, d’autres sont payants. Ceux qui n’auraient pas les moyens de se les offrir peuvent rendre des services dans le centre et obtenir des bons d’achat en échange.

Pour ce qui est de la communication, les familles peuvent utiliser les téléphones « autorisés », c’est-à-dire sans caméra ni wifi. Il ne reste plus qu’à espérer qu’elles aient assez d’argent pour contacter leurs proches. Cependant, il leur est possible d’avoir accès à Internet à certains moments de la journée pour les loisirs et pour avoir des informations sur l’état d’avancement de leur procédure.

Pour que les familles ne s’ennuient pas, des activités et des jeux sont organisés et, pendant la journée, les familles pourront recevoir la visite de leurs proches ou de leurs amis dans un local prévu à cet effet. Un enseignant sera également sur place pour dispenser des cours, de même que des éducateurs. Par ailleurs, le personnel compte un infirmier, et un médecin fera des visites régulières. Les unités familiales ont également à disposition le matériel nécessaire pour procéder à des vaccinations, ce qui laisse penser que de très jeunes enfants, voire des bébés, y seront enfermés.

Le cynisme dans toute sa splendeur

Un enfant, il rit, il joue, il court. Une jolie plaine de jeux a donc été construite pour que les enfants puissent jouer au football. Seul bémol, le bruit des avions. On ne peut pas être plus près d’une piste d’avion. On nous rassure : ceux qui le désirent pourront porter un casque antibruit. Assez pratique pour jouer au foot : « tu me passes la balle ? », « Quoi, qu’est-ce que tu dis ? je n’entends pas ! ». Casque ou avion, même combat !

Mais le plus bel outil réalisé pour les enfants est sans doute ce magnifique livre spécialement conçu pour eux : il peut (...) cocher et colorier le moyen de transport par lequel il quittera la Belgique.

Mais le plus bel outil réalisé pour les enfants est sans doute ce magnifique livre spécialement conçu pour eux. Disponible en français ou en néerlandais, il ressemble à un vrai cahier de vacances classique : l’enfant peut se dessiner, lui, ou ses camarades de classe ou ce qu’il aime… Il peut même cocher et colorier le moyen de transport avec lequel il quittera la Belgique ! La cerise sur le gâteau qu’est ce superbe livret est à n’en pas douter la proposition faite à l’enfant d’organiser une petite fête de départ ! Un cynisme qui n’a pas son pareil. Belle tentative. Il serait peut-être bon d’adapter légèrement ce livre qui est en réalité prévu pour les enfants qui entrent dans la procédure de retour volontaire. Heureusement que tout est pensé dans l’intérêt de l’enfant...

De belles maisons…

Les structures d’accueil se composent de quatre maisons flambant neuves — prévues pour 4 familles (2 pour 8 personnes et 2 pour 6 personnes) — et d’un centre de services. Ces petits bungalows pourraient presque faire croire qu’on se trouve en montagne... si l’on oublie les grillages, la vue sur le centre fermé 127 bis et les avions. Mais tout a été pensé pour que ce soit agréable : un joli trompe-l’œil donne l’impression de voir des champs à l’infini. Ouf, les occupants n’auront pas une vue directe sur la piste. Par contre, on ne les trompera pas sur la finalité de leur séjour ici.

Heureusement, pour éviter le dérangement du bruit, les maisons sont insonorisées. Sauf que, par les chaleurs qui courent, les fenêtres - qui ne s’ouvrent qu’en oscillo-battant, seront certainement ouvertes.

L’intérieur des maisons est tout neuf. Cuisine, machine à laver, tout est mis en place pour une réelle autonomie des familles et faire en sorte qu’elles s’y sentent à l’aise. Des prises de courant sont également mises à disposition, mais il faudra bien indiquer le nombre exact de prises nécessaires — qui sont verrouillées par des clés et qui ne peuvent être déverrouillées que par un membre du personnel.

Peu importe le nom qu’on donne à ce type de lieux, ils sont entourés de barbelés, surveillés par des caméras et des gardiens, et les déplacements y sont limités. Même dorée, une prison reste une prison.

À l’extérieur, les familles pourront profiter d’une belle petite terrasse avec vue sur l’espace de jeux et le fameux trompe-l’œil, mais pas question de rester dehors après 22 h, heure du couvre-feu. À partir de cette heure-là, le personnel ne rentre plus dans les maisons et les familles peuvent fermer leur porte à clé. Et entre 6 h et 22 h alors ? Le personnel ne rentrerait pas sans autorisation, nous informe-t-on.

Une conclusion sans appel

Cette visite a été organisée pour montrer que tout avait été pensé pour que l’intérêt de l’enfant et le droit de famille soient respectés. Mais la conclusion est sans appel : alors que la Belgique a joué un rôle précurseur dans le développement d’alternatives à la détention des enfants depuis plusieurs années, voilà que les enfants étrangers vont à nouveau être enfermés. Peu importe le nom qu’on donne à ce type de lieux, ils sont entourés de barbelés, surveillés par des caméras et des gardiens, et les déplacements y sont limités. Même dorée, une prison reste une prison. Aucun enfant, accompagné ou non ne doit être détenu pour des motifs liés à l’immigration, car une telle détention sera toujours contraire à l’intérêt supérieur de l’enfant.

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