Un an après son entrée en fonction, Pakalitha Mosisili doit prendre des mesures fermes pour que les droits humains cessent d’être bafoués au Lesotho. Deprose Muchena, directeur régional pour l’Afrique australe à Amnesty International.

Il y a un an exactement, Pakalitha Mosisili devenait chef du gouvernement du royaume du Lesotho. Il a été nommé par une coalition de sept partis politiques à la suite des élections de février 2015, qui n’ont pas abouti à une victoire nette.

Le nouveau Premier ministre s’est engagé, entre autres, à diriger le Lesotho comme une monarchie constitutionnelle, en veillant à faire respecter la démocratie et l’état de droit. Il s’agissait notamment de concrétiser et de protéger les droits humains de tous les habitants du pays, tel que le prévoit la Constitution de 1993. Les citoyens devaient être égaux devant la loi et le nouveau gouvernement devait collaborer avec les institutions de l’État de manière à mettre en œuvre une vision intégrée du développement humain, des droits humains, de l’état de droit et de l’obligation de rendre des comptes.

Cependant, rien de cela n’a eu lieu au cours de l’année écoulée. Depuis l’entrée en fonction de Pakalitha Mosisili, le pays est au centre de l’attention régionale et internationale mais pas en raison des déclarations ambitieuses de son Premier ministre.

En effet, ce sont plutôt les violations des droits humains et les abus de pouvoir qui ont caractérisé de façon inquiétante la première année du gouvernement en exercice. Les tensions omniprésentes liées au contrôle des Forces de défense du Lesotho (LDF) et les luttes de pouvoir dans le domaine de la sécurité n’ont fait que mettre à mal la situation, déjà précaire, des droits humains dans le pays.

L’homicide du général de corps d’armée Maaparankoe Mahao, ancien commandant des LDF, commis en juin 2015 montre que de graves violations des droits humains continuent d’être perpétrées. Accusé d’être l’instigateur d’une mutinerie, cet officier a été tué par quatre de ses éléments venus l’arrêter. Les LDF ont affirmé qu’il avait opposé une résistance.

Les auteurs présumés du crime ont été suspendus mais les faits n’ont pas donné lieu à une enquête approfondie, indépendante et impartiale. La famille de Maaparankoe Mahao, en particulier sa femme et ses enfants, attendent toujours des réponses.

Dans son rapport, la commission d’enquête de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) a indiqué que, selon toute vraisemblance, le général Mahao n’avait pas opposé de résistance au moment de son arrestation et que son homicide était la conséquence d’un recours excessif à la force. Les autorités lesothanes ont réservé un accueil plus que mitigé à ces conclusions. La manière dont elles ont traité l’affaire n’a fait qu’isoler davantage le pays, qui s’est montré réticent à l’idée de participer à des mécanismes d’examen par des pairs et de respecter les normes établies au niveau régional.

Après que le général de corps d’armée Tlali Kamoli a été nommé de nouveau à la tête des LDF en mai 2015, 23 militaires ont été accusés d’avoir fomenté une mutinerie à cause de leur loyauté supposée à l’égard de Maaparankoe Mahao.
Ils ont été arrêtés par des agents encagoulés des forces spéciales des LDF et incarcérés à la prison de sécurité maximale de Maseru. On leur aurait fait subir des actes de torture pour les contraindre à « avouer » leur implication dans la mutinerie.

Des avocats spécialistes des droits humains s’efforcent de faire relâcher les militaires concernés mais, pour l’instant, ils n’y sont parvenus que pour sept d’entre eux. Bien qu’un tribunal ait ordonné le 5 octobre 2015 de tous les libérer sous caution, 16 sont encore en détention. Les LDF semblent déterminées à les maintenir derrière les barreaux, au mépris total de la législation nationale.

L’avocat spécialiste des droits humains Khotso Nthontho a aussi été arrêté et détenu brièvement à Maseru le 12 février 2016. Il est l’un des cinq avocats qui ne cessent de se battre pour défendre les militaires jugés en cour martiale. Je pourrais citer bien d’autres violations des droits humains commises récemment au Lesotho. La situation n’est pas reluisante.

La meilleure manière de résoudre la crise actuelle est de respecter la primauté du droit. Les autorités doivent promouvoir et assurer l’indépendance du pouvoir judiciaire et veiller à ce qu’il soit en mesure de fonctionner efficacement afin de rendre la justice pour tous, quel que soit le statut politique, social ou économique des intéressés. Elles doivent créer une commission des droits humains qui sera chargée de garantir la séparation des pouvoirs afin de prévenir les violations des droits humains.

En outre, le Lesotho connaît actuellement une sécheresse aiguë, qui s’ajoute à la question pressante des droits humains et à d’autres problèmes, notamment la pauvreté extrême, la malnutrition chronique, une forte déscolarisation, le chômage, les inégalités et l’un des taux d’infection par le VIH/sida les plus élevés au monde. Plus de 8 % des enfants décèdent avant l’âge de cinq ans et l’espérance de vie n’est que de 48 ans. Le pays est 161e sur 188 par son indicateur du développement humain, ce qui le classe en bas de tableau dans ce domaine.

Alors que le gouvernement actuel entame sa deuxième année au pouvoir, il faut que le Premier ministre Mosisili prenne des mesures fermes et inverse la tendance en favorisant, à tous les niveaux, un respect total des droits humains et de l’état de droit.

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