Un chef de guerre en RD Congo dépose les armes mais la justice prévaudra-t-elle ? Ida Sawyer, chercheuse senior sur la RD Congo, Human Rights Watch

Le chef de guerre congolais Gédéon Kyungu Mutanga s’est rendu cette semaine aux autorités dans le sud de la République démocratique du Congo, avec une centaine de ses combattants. Au lieu de l’arrêter, les responsables locaux de Lubumbashi, la capitale de la province, ont réservé à Gédéon un accueil festif. Dans ce qui apparaît clairement comme un geste politique en direction du gouvernement, Gédéon portait un pull orné d’une photo du président Joseph Kabila et du slogan « Shikata » – qui signifie « Restez longtemps », une allusion claire aux efforts déployés actuellement pour prolonger la présidence de Kabila au-delà de la limite de deux mandats fixée par la constitution et qui expire le 19 décembre.

De 2002 à 2006, Gédéon a commandé une milice qui a commis de nombreuses atrocités dans une région du centre du Katanga, ce qui a valu à cette zone d’être connue sous le nom de « triangle de la mort. » Lors de cette période, où le groupe de Gédéon combattait l’armée congolaise et terrorisait les civils de la région qu’il prétendait initialement défendre, des centaines de personnes ont été tuées et quelque 150 000 autres ont été contraintes à fuir leurs habitations. Dans certains cas, les combattants de Gédéon ont publiquement torturé certaines personnes avant de les tuer et de les cannibaliser.

Gédéon a déjà opéré une reddition dans le passé, en 2006 avec environ 150 combattants, dont la plupart étaient des enfants soldats. Le gouvernement l’a alors jugé pour crimes contre l’humanité, dans un procès qui a constitué un événement majeur pour la justice congolaise. En mars 2009, il a été déclaré coupable et condamné à mort.

Mais Gédéon a réussi à s’évader de prison en 2011. Puis il a repris ses activités de chef de guerre, à la tête d’un groupe armé qui a commis de graves violations des droits humains dans le centre du Katanga au cours des cinq dernières années.

Les raisons qui ont amené la dernière reddition de Gédéon ne sont pas claires, mais elle intervient dans un contexte de tensions politiques accrues concernant l’avenir du président Kabila.

Dans le passé, le gouvernement congolais a accordé des amnisties à d’anciens chefs de guerre et les a « récompensés » en les nommant à des postes de responsabilité au sein de l’armée nationale, perpétuant ainsi le cycle de l’impunité et des abus.

Cette fois, le gouvernement ne devrait pas recourir à ces vieilles pratiques. Les autorités devraient faire en sorte que Gédéon retourne en prison, de préférence dans un établissement de haute sécurité situé en dehors du Katanga afin de minimiser les risques d’évasion. Elles devraient également engager des procédures judiciaires relatives aux crimes présumés commis depuis l’évasion de Gédéon en 2011.

Procéder ainsi assurerait que la reddition d’un des chefs de guerre les plus violents de la RD Congo soit une occasion pour faire rendre des comptes aux auteurs d’exactions et apporter un minimum de justice aux victimes – et non pas simplement une recette pour de futures atrocités.

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