Un premier pas vers la connexion en Corée du Nord Suki Chung, coordonnatrice régionale de campagne pour Amnesty International (Asie de l’Est)

La vie d’un défenseur des droits humains est ponctuée de hauts et de bas : les progrès sont difficiles à réaliser et les échecs ne sont pas rares. Pourtant, même une chargée de campagne sur la Corée du Nord peut passer une bonne journée, comme l’explique Suki Chung

C’était une belle matinée à Hong Kong. La pluie qui avait duré toute la semaine avait nettoyé tous les trottoirs et l’air gardait une certaine fraîcheur malgré les gaz d’échappement. J’avais commencé ma journée de travail au bureau, passant en revue les montagnes d’emails et de flux d’informations des réseaux sociaux qui me rappellent les nombreux collègues dans le monde qui se battent chaque jour pour les droits humains.

Une heure plus tard, une vague d’enthousiasme a émergé d’un coin du bureau : c’était mon collègue Arnold Fang, notre chercheur sur l’Asie de l’Est. Je me suis précipitée pour découvrir la source de cet enthousiasme et je me suis vite jointe à l’euphorie. Un collègue basé au bureau des Nations unies à New York venait d’envoyer un document que nous attendions depuis longtemps : un projet de résolution sur la « Situation des droits de l’homme en République populaire démocratique de Corée (RPDC) » qui venait d’être adopté lors de la Troisième Commission de l’Assemblée générale des Nations unies. Certaines des violations des droits humains que nous avions mises en lumière dans une campagne lancée en 2016 avaient été ajoutées à la résolution de cette année.

Le paragraphe suivant ajoutait par exemple le problème des restrictions des droits humains sur Internet :

« L’Assemblée générale [...] se déclare très gravement préoccupée par [...] les restrictions généralisées et draconiennes, en ligne et hors ligne, aux libertés de pensée, de conscience, de religion ou de conviction, d’opinion et d’expression, de réunion pacifique et d’association, au droit à la vie privée et à l’égal accès à l’information, imposées par des moyens comme la surveillance illégale et arbitraire, la persécution, la torture, l’emprisonnement et, dans certains cas, l’exécution sommaire de ceux qui exercent leur liberté d’opinion, d’expression, de religion ou de conviction, et de leurs familles [...] ».

Vous vous demandez peut-être pourquoi quelques mots supplémentaires ici et là dans un document officiel de 10 pages des Nations unies que peu de personnes liront provoquent tant d’enthousiasme.

En mars 2016, j’ai coordonné le lancement de la campagne du bureau régional d’Amnesty International pour l’Asie de l’Est #Connexionrefusée, sur la Corée du Nord. Cela coïncidait avec la publication de notre rapport du même nom qui demandait au gouvernement de Corée du Nord de cesser d’isoler ses citoyens du monde extérieur et de leur permettre de communiquer librement et d’avoir accès à des informations au-delà des frontières sans crainte de représailles. Ces quelques mots supplémentaires dans le texte de la résolution des Nations unies reprenant nos appels de campagne reflétaient certains des résultats que nous souhaitions obtenir : nous voulions contribuer à une réponse internationale efficace et forcer la communauté internationale à demander des comptes à la Corée du Nord pour les violations des droits humains commises par les autorités.

Nous savions que c’était une campagne compliquée dès le début. Les possibilités d’influencer le gouvernement de Corée du Nord de manière à ce que des changements sur place soient réalisés sont limitées.

La Corée du Nord est souvent qualifiée de pays le plus opaque et inaccessible du monde et est décrite comme l’« enfer sur terre » dans des articles à sensation des unes de médias évoquant également les essais nucléaires et les risques d’attaque nucléaire. Mais au lieu de placer notre campagne dans un contexte aussi familier, nous avons choisi de mettre en avant le droit à la liberté d’expression en Corée du Nord.

La raison était simple mais poignante : nous estimons qu’une connexion Internet est un besoin essentiel pour chaque être humain et que personne ne devrait être privé du droit humain fondamental de pouvoir communiquer avec ses proches et le monde extérieur. Je suis chargée de campagne depuis de nombreuses années et j’avais le cœur serré à chaque fois que j’entendais l’histoire de Nord-Coréens qui avaient dû gravir des montagnes, souvent dans le noir, pour appeler leur famille à l’extérieur du pays ou qui avaient risqué d’être arrêtés pour pouvoir envoyer un message.

Il s’avère que je n’étais pas la seule à être touchée par l’histoire de ces personnes. Six mois après le lancement de la campagne #Connexionrefusée, 28 sections d’Amnesty avaient participé à la campagne et 35 000 personnes de 105 pays différents avaient signé notre pétition demandant à Kim Jong-un de cesser d’isoler ses citoyens. L’action solidaire organisée en septembre à New York en collaboration avec des militants d’Amnesty États-Unis, au cours de laquelle nous avons présenté notre déclaration et remis les signatures de la pétition au bureau de la Mission permanente de la République populaire démocratique de Corée auprès des Nations Unies, a marqué l’aboutissement de la campagne.

Le 19 décembre, l’Assemblée générale des Nations unies au complet a adopté sans vote la résolution sur les droits de l’homme en Corée du Nord avec les ajouts sur nos inquiétudes formulées dans la campagne #Connexionrefusée.

Nous savons qu’il ne faut pas s’attendre à des résultats visibles immédiats sur place en réponse à cette résolution. Pour que des résultats soient possibles, un grand nombre d’acteurs devront participer : des gouvernements, des organisations, des ONG et la société civile. Mais une réponse mondiale efficace et définie en fonction des normes internationales en matière de droits humains doit être trouvée pour faire face à la situation en Corée du Nord.

Notre principal objectif est d’éliminer les obstacles à l’information en Corée du Nord grâce à des campagnes, des actions de plaidoyer et des actions publiques et en réunissant des voix dans le monde entier afin d’améliorer la situation des droits humains en Corée du Nord.

Des efforts constants seront nécessaires pour montrer au gouvernement de Corée du Nord que le monde l’observe, et le fait de soutenir l’appel à la libre circulation des informations est un pas important.

La réussite est le fruit de nombreux efforts et j’espère que cette victoire, petite mais concrète, mènera à d’autres résultats.

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