Une multinationale chinoise ne peut pas traiter des villageois au Mozambique comme « quantités négligeables » dans sa course aux profits Par Deprose Muchena, directeur régional pour l’Afrique australe

Nagonha est un petit village rural de seulement 1 329 habitants sur la côte nord du Mozambique. Situé dans le district d’Angoche, à 180 kilomètres à l’est de la ville de Nampula, il se compose de 236 maisons installées face au canal du Mozambique, dans l’océan Indien.

Bien qu’il existe depuis une quarantaine d’années, Nagonha ne dispose pas des services publics de base : pas d’école, de services de santé, d’électricité, d’eau courante ni d’installations sanitaires. Le village vit principalement de la pêche.

Lorsqu’une multinationale chinoise d’extraction minière, Haiyu Mozambique Mining Co. Lda, est arrivée dans ce minuscule village côtier en 2011, les habitants étaient des plus enthousiastes. Ayant obtenu un contrat pour extraire des minerais précieux dans ce secteur et aux alentours, l’entreprise apportait la promesse d’emplois et de développement pour la population.

L’une des habitantes, Fatima, résume bien l’excitation qui régnait alors : « Nous espérions qu’ils feraient des choses positives pour aider la communauté. »

Fatima comme d’autres ignoraient que l’arrivée de Haiyu allait marquer le début d’un douloureux chapitre de leurs vies.

Dans la matinée du 7 février 2015, les habitants de Nagonha se sont réveillés pour assister à l’inondation éclair qui balayait leur village. Quarante-huit habitations ont été englouties par la mer lorsque l’inondation a coupé en deux la dune sur laquelle était érigé Nagonha, creusant un nouveau canal au milieu du village jusque dans l’océan Indien.

Cette inondation a fait environ 290 sans-abris et a partiellement détruit 173 habitations. Des habitants installés dans la région depuis plus de 70 ans ont déclaré à Amnesty International qu’aucune inondation de cette ampleur n’avait été recensée à Nagonha avant l’arrivée de Haiyu.

Les habitants de Nagonha n’ont pas eu le temps de se préparer à cette catastrophe, car rien n’aurait pu les y préparer.

Une enquête menée pendant deux ans par Amnesty International, publiée le 28 mars, laisse à penser que les activités minières de Haiyu ont fortement contribué à l’inondation de 2015.

La comparaison d’images satellites prises dans la région entre décembre 2010 et octobre 2014 met en évidence l’accumulation de dépôts de sable autour de Nagonha du fait des activités minières et l’évolution progressive du débit naturel de l’eau. En octobre 2014, environ 280 000 m2 de terres humides au nord de Nagonha étaient couvertes de sable et un canal reliant plusieurs lagunes alentour à l’océan était complètement obstrué.

Les effets conjugués de ces changements environnementaux ont exposé Nagonha et ses habitants à un risque accru d’inondation.

Cette analyse fait écho aux témoignages recueillis auprès des habitants, ainsi qu’aux avis d’experts environnementaux indépendants.

Au cœur de cette situation, l’incapacité de Haiyu à respecter le droit mozambicain, à réaliser une étude d’impact environnemental et à consulter la population avant d’établir ses activités.

Les responsables de l’entreprise refusent d’assumer une quelconque responsabilité quant à la destruction des logements et de l’environnement, arguant qu’il s’agit d’un « phénomène naturel ». Ils sont incapables de donner des réponses satisfaisantes sur ce qu’ils savaient ou auraient dû savoir, ou sur ce qu’ils ont fait ou auraient dû faire, avant d’installer leurs activités.

Les activités minières se trouvant dans une zone complexe de terres humides, et le tissu économique, social et culturel de la population étant étroitement imbriqué avec l’écosystème local, ces défaillances sont choquantes.

Un pêcheur explique ainsi l’impact dévastateur des opérations minières sur sa vie : « Nous attrapions suffisamment de poisson pour subvenir à nos besoins. Mais nos vies se dégradent, parce que ces machines perturbent la mer et font fuir les poissons. Aidez-nous ! On ne peut pas les autoriser à nous abandonner dans ces conditions. »

Plus de trois ans après la catastrophe, les foyers touchés n’ont toujours pas été indemnisés pour leurs pertes.


C’est un cas d’école qui met en évidence les luttes que les populations défavorisées doivent mener lorsque de grandes entreprises foulent leurs droits aux pieds. De leur côté, les autorités du Mozambique sont loin d’être irréprochables, car elles n’ont pas veillé à ce que Haiyu respecte les lois nationales et n’ont fourni aucune forme de réparation aux habitants.

Il est grand temps de remédier à cette situation. Amnesty International demande qu’une enquête digne de ce nom soit menée dans les meilleurs délais sur Haiyu pour les infractions aux lois mozambicaines ayant débouché sur ces violations des droits humains. Si les habitants de Nagonha veulent un jour obtenir justice, ils ont besoin d’avoir accès à des recours effectifs.

L’enjeu est de taille. On ne peut laisser les multinationales traiter les populations parmi lesquelles elles font des profits comme des « quantités négligeables ».

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