Zimbabwe : Confusion autour de l’âge du consentement et ses effets ravageurs sur la santé des mineurs Par Louise Carmody, chargée de recherches thématiques pour Amnesty International

Lors de son premier rendez-vous dans une clinique pour des soins prénataux, Tendai* était déjà enceinte de huit mois. Elle avait alors 17 ans. Elle était sexuellement active depuis qu’elle avait 15 ans, mais avait eu peur de se rendre dans un établissement de santé publique pour y obtenir des renseignements ou une contraception avant cela. Lorsque je lui ai demandé ce qu’elle craignait, elle a répondu : « J’avais peur [d’y aller] parce que j’étais jeune [...] J’avais peur de la loi, parce qu’elle dit qu’il faut attendre d’avoir 18 ans pour avoir des rapports sexuels. »

En réalité, le droit zimbabwéen fixe l’âge de consentement à des relations sexuelles à 16 ans. Un arrêt rendu par la Cour constitutionnelle du Zimbabwe ordonnant au gouvernement de relever l’âge de la majorité sexuelle pour le porter à 18 ans, a cependant contribué à l’incertitude entourant cette question.

Au lieu d’agir afin de protéger les droits des mineur·e·s, la classe politique nage en pleine confusion quant à la question de savoir si des modifications de la législation relative au mariage doivent s’accompagner d’une élévation de l’âge du consentement, et ce que l’âge de la majorité sexuelle signifie en termes d’accès aux services de santé reproductive.

Tendai faisait partie des 50 adolescent·e·s ayant parlé à Amnesty International dans le cadre du rapport de 2018 qui avait mis en évidence les lacunes du public concernant ses droits en matière de santé génésique et sexuelle. Comme Tendai, de nombreuses adolescentes auxquelles nous avons parlé nous ont dit qu’elles avaient été chassées de cliniques en raison de leur jeune âge, en dépit de leurs besoins en termes de services et de conseils relatifs à la santé sexuelle et reproductive, et parfois parce qu’elles étaient victimes d’exploitation sexuelle. Une de ces jeunes filles a expliqué : « [Nous] ne pouvons pas aller au centre de santé si nous avons moins de 16 ans ; on va nous chasser et nous insulter. »

« [Nous] ne pouvons pas aller au centre de santé si nous avons moins de 16 ans ; on va nous chasser et nous insulter. »

D’autres acteurs, parmi lesquels des enseignant·e·s, des parents, des organisations non gouvernementales et des professionnel·le·s de santé ayant parlé à Amnesty International n’étaient pas non plus sûrs de l’âge auquel les adolescents sont en mesure de bénéficier de services en matière de santé sexuelle et reproductive sans le consentement de leurs parents. Ils ont mis en avant la désapprobation suscitée par les relations sexuelles avant le mariage. Beaucoup estimaient que permettre à des adolescent·e·s d’obtenir ce type de services et d’informations revenait à cautionner le fait qu’ils aient une sexualité, ce qui était tabou. Ce raisonnement ne tient cependant pas compte de la réalité.

De nombreux adolescent·e·s sont sexuellement actifs tôt, et le taux de grossesse chez les adolescentes est en augmentation.

Selon des données sur la démographie et la santé au Zimbabwe, près de 40 % des filles et 24 % des garçons ont une activité sexuelle avant l’âge de 18 ans. Il est possible que certains choisissent librement d’avoir des relations sexuelles, tandis que de nombreux autres sont victimes du mariage des enfants, de violences sexuelles ou d’exploitation.

Des tabous profondément ancrés

L’enquête menée par Amnesty International a déterminé que les adolescent·e·s zimbabwéens ne savaient pas comment se protéger contre les grossesses non désirées et les infections sexuellement transmissibles, y compris le VIH. Des tabous anciens relatifs à la sexualité des adolescent·e·s, ainsi que des obstacles aux services de santé et le manquement au devoir de fournir une éducation sexuelle exhaustive dans les écoles privent les adolescent·e·s d’informations vitales sur la protection de leur bien-être et de leur futur. Des jeunes filles enceintes ont par ailleurs été victimes de violations des droits humains. Certaines ont subi des pressions visant à les inciter à arrêter l’école ou ont été forcées à se marier très jeunes. D’autres ont été exclues de leur communauté et leurs proches leur ont tourné le dos.

Le petit ami de Kudzai* l’a violée lorsqu’elle avait 16 ans. C’était son premier rapport sexuel. Lorsque Kudzai a révélé sa grossesse, sa mère lui a crié dessus et l’a frappée. Kudzai n’a dit à personne ce qui s’était passé et était encore traumatisée lorsqu’elle nous a parlé. Son expérience est malheureusement bien trop commune. Selon des données récentes fournies par le gouvernement, plus de la moitié des adolescentes ont déclaré que leur première expérience sexuelle s’était déroulée contre leur gré.

Quelles que soient les circonstances, les adolescent·e·s ont le droit de recevoir des informations, une éducation et des services en relation avec leur santé sexuelle et reproductive. Le gouvernement a cependant failli à sa mission consistant à les protéger et à renforcer leurs moyens d’action.

Les législateurs seraient bien inspirés de suivre les préconisations d’expert·e·s africains des droits humains. Dans leurs recommandations aux gouvernements sur l’éradication du mariage des enfants, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples, ainsi que le Comité africain d’experts sur les droits et le bien-être de l’enfant affirment clairement que les mineur·e·s n’ont pas la capacité de consentir au mariage. Ces deux groupes d’experts affirment que 18 ans est l’âge minimum pour se marier, sans exception. Ils expliquent que le mariage des enfants ne peut jamais être dans l’intérêt supérieur d’un·e mineur·e, en particulier lorsqu’il est utilisé pour « remédier » au « déshonneur » causé par des relations sexuelles avant le mariage, une grossesse et la pauvreté. Les experts déclarent par contre qu’il est possible que les mineur·e·s soient en mesure d’avoir des relations sexuelles librement consenties, et mettent l’accent sur l’importance de la protection de l’accès à une information et à des services relatifs à la santé sexuelle et reproductive pour les adolescent·e·s.

Il est donc inquiétant qu’en 2018, le gouvernement zimbabwéen ait adopté une loi modifiant la législation sur la santé publique qui fixe à 18 ans l’âge du consentement à des soins médicaux.

Des études ont établi que loin d’encourager les adolescent·e·s à avoir des relations sexuelles à un jeune âge, le fait de leur fournir des informations sur la sexualité, le consentement et le couple, qui soient exactes sur le plan scientifique, réalistes, et ne soient pas moralisatrices, réduisent les risques de grossesses non désirées, d’abus et de violences liées au genre.

L’âge de la majorité sexuelle et l’âge minimum pour se marier ne devraient pas constituer des obstacles à l’accès à des informations, une éducation et des services en relation avec la santé sexuelle et reproductive. Une jeune mère, âgée de 17 ans, nous a dit : « Il est grand temps que les gens acceptent que nos jeunes commencent leur vie sexuelle tôt, alors ils doivent l’admettre et nous éduquer. C’est une question qu’ils ne prennent pas suffisamment au sérieux, et cela nous affecte énormément. »

* Pour préserver l’anonymat de ces personnes, leurs prénoms ont été modifiés.

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