Les Maldives ne doivent pas reprendre les exécutions Biraj Patnaik, directeur pour l’Asie du Sud à Amnesty International

Les Maldives sont l’une des destinations de vacances les plus convoitées au monde. Cet ensemble d’îles et d’îlots situé dans l’océan Indien, réputé pour la beauté de ses paysages, attire plus d’un million de touristes chaque année. Avec ses eaux turquoise caressant des plages de sable blanc, sur lesquelles se projette l’ombre des palmiers inclinés, et du fait de la douce hospitalité de sa population, on l’a souvent comparé à un paradis.

Cette semaine, pourtant, le pays fait l’objet d’une attention toute particulière en raison des terribles agissements de son gouvernement. Les Maldives sont sur le point de procéder à leurs premières exécutions après un répit de plus de 60 ans.

Dans un contexte de crise politique, son gouvernement en difficulté veut envoyer trois hommes à la potence, afin de paraître fort et de détourner l’attention.

S’il procède à ces exécutions, il violera les engagements souscrits par les Maldives au titre du droit international. L’équité de la procédure qui conduit ces trois hommes à subir ce sort est sérieusement mise en doute. L’un d’eux, Hussain Humaam Ahmed, a été déclaré coupable de meurtre sur la base d’« aveux » apparemment obtenus par la contrainte et sur lesquels il est par la suite revenu.

Ces cas ont attiré l’attention des Nations unies. L’an dernier, le Comité des droits de l’homme a appelé le gouvernement à suspendre l’exécution de Hussain Humaam Ahmed jusqu’à ce qu’un recours puisse être introduit en sa faveur. Et le mois dernier, un organe de l’ONU a soumis la même requête concernant les cas de deux autres hommes, Ahmed Murrath et Mohammed Nabeel, également déclarés coupables de meurtre.

La volonté du gouvernement de procéder à ces exécutions souligne à quel point les Maldives ont régressé en matière de respect des droits humains. Pendant des décennies, les Maldives ont ouvert la voie dans la région, étant l’un des premiers pays à abandonner la pratique de ce châtiment cruel et irréversible. À présent, alors que la plupart des pays du monde ont aboli la peine de mort, cet État se dirige dans la mauvaise direction.

Recourant à l’argument préféré de ceux qui appliquent ce châtiment, le gouvernement des Maldives a dit que les exécutions étaient nécessaires pour combattre la criminalité. Il n’existe aucun élément étayant cet argument. Les recherches menées à ce sujet montrent que la peine capitale n’exerce pas d’effet dissuasif particulier sur les criminels. Les pays n’ont pas amélioré la sécurité de leur population en privant certaines personnes de leur vie.

La vraie raison de ce retour aux exécutions est apparue la semaine dernière au Parlement des Maldives. L’opposition politique avait prévu de destituer son président, mais quatre députés ont été exclus et le vote a été annulé. Plusieurs jours après, quand ils ont voulu entrer dans le bâtiment, ils ont été repoussés. Des soldats les ont encerclés et malmenés, utilisant du gaz poivre et tirant des gaz lacrymogènes.

Ces brutalités sont devenues habituelles aux Maldives. Au cours de l’année dernière, les autorités ont invoqué la loi antiterroriste pour réduire au silence ceux qui critiquent le gouvernement. Des membres de l’opposition ont été emprisonnés pour de longues périodes sur la base d’accusations forgées de toutes pièces et à l’issue de procès manifestement iniques.

L’espace réservé à la société civile et aux journalistes s’est réduit comme peau de chagrin avec l’adoption de la Loi relative à la diffamation et à la liberté de parole, qui sanctionne les personnes utilisant la liberté d’expression notamment avec des peines allant jusqu’à six mois d’emprisonnement et des amendes pouvant atteindre 100 000 £.

Parallèlement à cela, le gouvernement a modifié la loi, afin semble-t-il de pouvoir exécuter plus facilement des personnes. Des délais ont été fixés pour les recours, et le président a été privé de son pouvoir d’accorder une grâce pour les cas d’homicide volontaire, ce qui supprime pour les condamnés la possibilité de demander la grâce présidentielle, en violation du droit international relatif aux droits humains.

Actuellement, on dénombre 20 condamnés à mort aux Maldives. Cinq d’entre eux au moins ont été déclarés coupables et condamnés pour des crimes commis alors qu’ils avaient moins de 18 ans, ce qui aggrave encore le caractère injuste de ces sentences, ainsi que le mépris affiché à l’égard des garanties internationales.

Les Maldives ont jusqu’à présent résisté aux pressions internationales. L’an dernier, le pays s’est retiré du Commonwealth à la suite de l’examen de son bilan catastrophique en matière de droits humains. Le président Yameen se base cyniquement sur l’hypothèse que les touristes vont continuer d’affluer sur les plages, même si des condamnés sont mis à mort sur une autre île non loin de là.

La communauté internationale doit lui faire comprendre qu’il se trompe. Certains indices laissent déjà entrevoir les graves conséquences que les Maldives risquent d’encourir si ces trois hommes sont exécutés. Les événements survenus au Parlement ont amené les autorités britanniques à formuler des recommandations aux voyageurs, et Richard Branson a attiré l’attention des autres hommes et femmes d’affaires sur cette situation.

Il faut faire savoir au président Yameen que s’il ne fait pas marche arrière, les Maldives se retrouveront en porte à faux vis-à-vis de l’Histoire concernant la peine de mort, et le pays sera peut-être davantage connu pour sa cruauté que pour la beauté de ses paysages.

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