1967, un tournant ! Par Jean-Jules Docquir, coordinateur Israël et Territoires occupés à Amnesty International Belgique francophone

Depuis les premiers jours de l’occupation israélienne en Cisjordanie, dans la bande de Gaza, sur les hauteurs du Golan et dans la péninsule du Sinaï, il était clair que l’installation d’installation d’Israéliens dans ces territoires aurait des conséquences énormes.

À la demande du département des renseignements de l’armée, 4 responsables de l’agence israélienne du renseignement (le Mossad) avaient étudié les attitudes des Palestiniens en Cisjordanie et avaient remis un rapport. Ses auteurs préconisaient l’établissement, aussi rapidement que possible, d’un Etat palestinien indépendant dans les territoires de Cisjordanie et de Gaza ( sous l’égide des FDI : forces de défense d’Israël, l’armée), et en accord avec les autorités palestiniennes. Cette proposition révolutionnaire, si elle avait été mise en oeuvre, aurait bouleversé toute l’histoire d’Israël et du Moyen-Orient. Mais la voix de la raison s’est perdue dans les clameurs euphoriques soulevées par les succès militaires d’Israël.

Pour les membres du camp national religieux, le sionisme laïc était le commencement de la rédemption, et ils ont vu dans la guerre des 6 jours le big bang qui offrait au sionisme religieux l’occasion d’entamer la seconde phase de rédemption : la colonisation du Grand Israël par les Juifs.

Il n’y a rien d’étonnant à ce que le bloc Etzion ait été choisi comme tête de pont pour passer de l’Etat d’Israël, laïc et pragmatique, à l’entité nationale et religieuse de la Terre d’Israël.

En janvier 1927, un groupe de juifs ultra-orthodoxes de Jérusalem, se sont installés au sud de Jérusalem. La petite communauté s’est appelée "Migdal Eder", nom d’un site mentionné dans la Bible (genèse 35:21). Cette première communauté n’a pas prospéré, principalement en raison des difficultés économiques et de la tension grandissante avec les communautés arabes voisines.

En 1929, les émeutes Arabes ont éclaté et la communauté a été détruite.
Au début des années 30, la terre a été achetée par Shmuel Yosef Holtzman afin d’établir une communauté juive dans le secteur entre Bethlehem et Hebron. Holtzman a appelé la communauté "Kfar Etzion" (de son propre nom, Holtzman – en allemand, "Holtz" signifie "bois", qui se traduit en hébreu par "Etz").
Cette deuxième tentative d’établir une base juive dans cette région a été à nouveau mise en échec par le soulèvement des Arabes de 1936, qui a mené les habitants de Kfar Etzion à abandonner le secteur.

Les juifs ont encore tenté de coloniser le secteur entre 1943-1947, avec pour résultat l’établissement des quatre communautés juives (Kfar Etzion, Ein Tzurim, Masu’ot Ytzhak, et Revadim). Chacune des quatre communautés a été détruite au cours de la guerre de 1948, et le secteur entier est tombé sous la juridiction jordanienne. C’est un des traumatismes les plus douloureux dans la mémoire collective israélienne. Presque immédiatement après qu’Israël ait pris le contrôle de la Cisjordanie en juin 1967, une nouvelle initiative de colonisation réussie a été lancée dans le secteur.

En septembre 1967, Kfar Etzion est devenu la première colonie israélienne en Cisjordanie Occupée. Parmi le groupe qui a fondé le nouveau Kfar Etzion, on trouvait les descendants des gens qui avaient combattu (et dont beaucoup sont morts) dans la région en 1948. Ils justifiaient la création de la colonie sur le fait qu’ils avaient le droit de revenir sur la terre d’où ils avaient été déracinés brutalement 19 ans plus tôt - un raisonnement que le gouvernement israélien a par la suite accepté (tout en refusant le même droit au retour aux civils arabes qui avaient fui ou été expulsés des communautés à l’intérieur d’Israël pendant cette même guerre). De cette façon, Kfar Etzion était non seulement la première colonie israélienne en Cisjordanie , mais c’était également un précédent dans ce qui deviendrait la stratégie préférée des colons - et fortement réussie : établir des faits sur le terrain et puis demander et obtenir l’approbation du gouvernement.

C’est ainsi que depuis un demi-siècle, l’occupation israélienne de la Cisjordanie (y compris de Jérusalem-Est) et de la bande de Gaza entraîne des violations systématiques des droits humains des Palestiniens vivant dans ces zones.

Depuis le début de l’occupation en juin 1967, les politiques impitoyables de confiscation des terres, de colonisation illégale et d’expropriation menées par Israël, associées à la discrimination omniprésente, ont causé d’immenses souffrances aux Palestiniens et les ont privés de leurs droits fondamentaux.

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