A Anvers, les étrangers ne peuvent être que des profiteurs

Il faut toujours se méfier de Facebook, surtout si on est pauvre et étranger et davantage encore si on est anversois. Les employés du CPAS vont contrôler les profils Facebook et Twitter de tous ceux qui bénéficient de son aide. Une atteinte illégale à la vie privée ? Un détournement évident de la mission du CPAS ? Oui. Mais cela ne semble pas déranger grand-monde.

Cela n’a pas vraiment fait la une des quotidiens et pourtant l’information est aussi décoiffante que la tempête de ces derniers jours. Le CPAS d’Anvers s’est lancé dans une grande chasse aux "profiteurs". On pensait que l’objectif d’un centre public d’aide social était plutôt d’aider les milliers de personnes en grande difficulté sociale dans la métropole mais apparemment, cela semble une conception dépassée de sa mission. A Anvers, la N-VA innove, c’est bien connu. C’est le parti du changement. Bart De Wever l’a promis à ses électeurs. Et sur le terrain social, c’est vrai qu’un vent nouveau souffle. Celui de l’exclusion et de la stigmatisation des étrangers.
La dernière trouvaille de Liesbeth Homans, la présidente du CPAS, consiste à faire faire des screenings systématiques des profils Facebook des allocataires sociaux. Plus question de poster une invitation à faire une grande fête chez soi si on a un revenu d’intégration. Quand on est pauvre, on mange des pâtes au jambon. Et surtout n’écrivez pas que vous êtes en vacances. Quand on est pauvre, on reste chez soi. Sinon on est un profiteur et le CPAS a une idée bien précise de son profil. Ecoutez sa présidente : « demander une allocation et annoncer sur Facebook qu’on part deux mois dans son pays d’origine, on doit mettre un terme à ça. » Vous avez saisi ? Ce ne sont pas les vacances à Ibiza de Jan Vanpipperzeel qui sont visées mais celles passées à Agadir par une famille d’origine marocaine.
Ce n’est pas tout. Le CPAS va aussi envoyer systématiquement un médecin contrôler l’état de santé des allocataires absents au cours de néerlandais pour cause de maladie. Un cours obligatoire pour les seuls étrangers qui, pour Mme Homans, font tout pour le brosser, signe qu’ils ne veulent bien entendu pas s’intégrer.

Les malades dans le collimateur

L’équation est connue. Etranger = chômeur = allocataire social = profiteur (on pourrait aussi ajouter délinquant) et elle est bien installée dans le disque dur de la N-VA, ce parti dont le programme socio-économique est jugé attrayant par certains élus MR.
La stigmatisation est étrangers est la pierre angulaire de la politique du CPAS d’Anvers depuis que la N-VA a pris le contrôle de la ville.
Rappelez-vous, en février dernier, le CPAS a annoncé qu’il refusait de payer désormais les antiretroviraux aux sans-papiers séropositifs. L’aide médicale urgente pour les personnes en séjour illégal est obligatoire mais là aussi, le CPAS a innové en conditionnant l’accès aux soins à la signature d’une lettre dans laquelle le sans-papier s’engageait à quitter volontairement le pays. La Secrétaire d’Etat chargée de l’asile,Maggie De Block avait enjoint la présidente du CPAS d’Anvers à respecter la loi. Et précisé (chose importante pour l’électeur) que tous les frais liés à l’aide médicale urgente étaient remboursés intégralement par le fédéral.
Les personnes issue de l’immigration sont vraiment très exposées à Anvers, avait déclaré le professeur Freddy Mortier, aujourd’hui vice-recteur de l’Université de Gand.« Anvers vient de rendre l’inscription des étrangers aux registres de la population quinze fois plus cher. Il y a à présent cette politique agressive à l’égard de certains malades étrangers. Cela devient une politique générale de leur rendre la vie impossible. »
Freddy Mortier aurait pu ajouter que la politique de la N-VA anversoise était discriminatoire et raciste, cela n’aurait pas choqué Liesbeth Homans. Celle qui est considérée comme le bras droit (très à droite) de Bart De Wever a déclaré dans le « Standaard » du 17 août que le racisme était « une notion relative ». Le racisme, précise-t-elle, est surtout utilisé pour excuser ses échecs personnels. Et quand on lui demande si elle a déjà été le témoin de racisme, elle s’exclame : « témoin de racisme ? Vous faites comme si c’était une atrocité, un crime contre l’humanité. »
Le racisme a été le moteur de tous les crimes contre l’humanité mais c’est sans doute pour elle un détail de l’histoire. Les déclarations de la présidente du CPAS ont fait un tabac auprès des lecteurs du journal « Gazet van Antwerpen ». Selon un sondage du quotidien, 82,4% d’entre eux ont dit adhérer à ses propos. Avec sa chasse aux profiteurs, elle devrait encore améliorer son score.