Bonnes fêtes, les Afghans ?

C’est une éclaircie. Timide mais toujours bienvenue en période d’actualité morose. Le dossier « afghan » pourrait se débloquer doucement après des mois de blocage. Les grévistes de la faim ont cessé leur action et le dialogue semble entamé entre le politique et les Afghans. Dès vendredi les Afghans entameront une marche en Wallonie avec l’espoir que ces premiers pas seront suivis d’autres.

Cela aurait pu être une manifestation de plus parmi les dizaines que le Collectif des Afghans mène sans résultats depuis des mois. Celle qui s’est déroulée devant le Centre culturel Jacques Franck dimanche à l’occasion d’un hommage à Nelson Mandela organisé par le PS aura peut-être été la dernière. Elio Di Rupo a reçu une délégation des Afghans et cette rencontre avec le Premier ministre, si souvent demandée, semble avoir convaincu les manifestants. « Il a montré sa préoccupation et a fait preuve de bonne volonté », nous résume l’un d’eux. Elio Di Rupo a promis une sortie de crise. Le médiateur fédéral va entrer en piste. La grève de la faim est stoppée mais les Afghans maintiennent tout de même la pression sur Di Rupo. Ils vont marcher jusqu’à Mons dès vendredi prochain car ils veulent une solution pour Noël (1).
Pas sûr cependant qu’elle arrivera comme un cadeau sous le sapin. Les Afghans demandent un moratoire sur les expulsions et un statut légal pour tous ceux qui se trouvent déjà sur le territoire. Cette dernière revendication est en soi peu réaliste. La seule piste d’entrée possible pour obtenir un statut légal est le statut de réfugié ou l’octroi de la protection subsidiaire. Et la loi prévoit que cette démarche est toujours individuelle, jamais collective. On le sait, le blocage actuel est dû à l’approche qu’a toujours eue le Commissariat général aux réfugiés (CGRA) du problème afghan. Il estime que certaines régions du pays sont « sûres » et qu’aucune protection ne se justifie donc pour ceux qui en sont originaires. Le CGRA doute aussi de la nationalité afghane de certains demandeurs, ce qui n’empêche pas de vouloir les expulser vers Kaboul. Cette instance accorde une protection à tous les Syriens et à tous les Irakiens qui la demandent mais pas aux Afghans (entre 50 et 60% de reconnaissance). Cela n’a pas de sens mais cela pourrait changer.
Le CGRA semble enfin prêt à aborder la demande de protection des Afghans en fonction des dernières « guidelines » du Haut Commissariat aux Réfugiés. Nous en avons déjà parlé : ces guidelines insistent sur la nécessité de protéger les femmes, les enfants mais aussi les jeunes hommes susceptibles d’être enrôlés pour combattre. Le HCR propose également une approche plus souple du concept de « fuite interne », soit la possibilité de vivre dans un endroit du pays moins touché par la violence. Il faut aussi, dit le HCR, que le demandeur d’asile dispose d’une réelle structure (familiale notamment) permettant de l’accueillir.
Ce signal positif du CGRA a amené le Ciré à adresser, la semaine dernière, une note aux avocats pour qu’ils n’hésitent pas à demander à leurs clients déboutés d’ introduire une nouvelle demande d’asile qui serait alors réexaminée en fonction des critères du HCR. Ce serait, si le CGRA est sincère dans sa démarche d’ouverture, une réelle possibilité pour beaucoup d’Afghans (surtout les familles avec enfants) d’obtenir le statut légal qu’ils revendiquent.
Le Collectif des Afghans, attaché à une solution collective, est resté méfiant à l’égard de l’initiative prise par le Ciré et n’a donc pas cherché à la diffuser auprès des Afghans rassemblés dans l’église du Béguinage. Pour Selma Ben Khelifa, avocate d’une dizaine de familles afghanes et (ex) gréviste de la faim, on ne doit pas attendre grand-chose du CGRA qui a besoin, dit-elle, d’une réforme structurelle. Elle pointe les contradictions dans les décisions prises par le CGRA sur un même type de dossier. Les discriminations commises à l’égard des femmes seraient acceptées par les agents francophones, pas par les flamands. La prise en considération de l’intérêt supérieur de l’enfant est insuffisante. Surtout, elle estime que les Afghans devraient être traités comme les Syriens ou les Irakiens, c’est-à-dire obtenir une protection d’office même si elle est temporaire. Mais cette revendication, si légitime soit-elle, ne « passe » pas pour le moment. Sauf à l’espérer comme cadeau de Noël du monde politique. Possible. Comme la bonne volonté du CGRA, possible aussi. C’est une question de confiance et encore toujours de mobilisation.

 [1]

Notes

[1(1) Les marcheurs afghans partiront de Bruxelles ce vendredi et arriveront dimanche à Mons. Ils transiteront par Nivelles et La Louvière. Les sympathisants d’Amnesty qui veulent les soutenir, peuvent prendre contact avec dmartin@ciré.be tel. 02/6297717

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