Calais-lez-Bruxelles ? Par Martine Vandemeulebroucke

Tous les moyens sont bons. Arrestations, harcèlement, ramassage-racket des sacs de couchage et vêtements, abandon dans le froid, la promiscuité, la saleté… Tous les moyens sont bons pour chasser les migrants du parc Maximilien. Pour éviter que Bruxelles ne devienne un « nouveau Calais », les autorités jouent l’épreuve de force. Comme dans la jungle.

Calais, c’est presque une marque déposée. La petite station balnéaire française est devenue synonyme de désordre absolu et c’est ce repoussoir que les autorités brandissent pour refuser tout aide aux migrants qui depuis trois mois survivent dans le parc Maximilien et près de la gare du Nord. « Bruxelles ne sera pas Calais », martèlent en chœur le ministre de l’Intérieur Jan Jambon et le secrétaire d’Etat Theo Francken. Bruxelles ne sera pas Calais mais qui souhaiterait que se renouvelle un tel désastre politique et humanitaire ? Et pourtant tout se passe comme si les autorités belges n’avaient tiré aucune leçon de ce qui s’est passé dans le nord de la France.

« ces migrants sont des illégaux, donc des personnes sans existence aux yeux des autorités et puisqu’ils ne sont rien, ce ne sont pas des êtres humains à secourir »

Rien compris notamment à la volonté inébranlable de certains migrants de rejoindre l’Angleterre coûte que coûte même en risquant leur vie. Et si ce parcours migratoire doit passer par Bruxelles, Coxyde ou Gouy lez Piéton, il passera par là. On peut trouver cette obstination absurde mais c’est une réalité dont il faut tenir compte. Pendant des années, à Calais, les autorités françaises ont cru qu’en ne faisant rien, elles briseraient les filières des passeurs. Alors que celles-ci n’ont fait qu’ajouter une autre destination à leur juteux business, Calais-Douvres.

Des illégaux, donc des riens

On compte aujourd’hui un peu plus de 600 migrants à Bruxelles. Cela va faire trois mois que les ONG remplissent les missions d’aide que l’Etat devrait assumer et, qu’avec les bourgmestres bruxellois, elles réclament la création d’un centre de pré-accueil dans la capitale. Mais la seule réponse du gouvernement fédéral, ce sont des rodomontades à la sauce Francken (« ce sont des illégaux, je vais tous les expulser ») et des opérations policières pour intimider, créer un sentiment d’insécurité permanent chez les migrants.

« L’Office distribue des feuillets où on lit notamment "si la situation ici n’est pas celle que vous espériez, prenez contact avec nous". On se fera un plaisir de vous expulser »

Car la cause est entendue pour les deux politiciens N-VA : ces migrants sont des illégaux, donc des personnes sans existence aux yeux des autorités et puisqu’ils ne sont rien, ce ne sont pas des êtres humains à secourir. Ouvrir un centre, ce serait prendre une responsabilité à leur égard, les considérer comme des possibles demandeurs d’asile. Et c’est bien ce que le gouvernement ne veut pas. C’est finalement la méthode la plus efficace pour ne pas remplir ses obligations internationales en matière d’asile. Décréter que de toute façon, « ils » ne veulent pas du droit d’asile en Belgique, donc il ne sert à rien de leur donner la moindre information en ce sens. Notez qu’en 2015, au plus fort de la crise migratoire, Theo Francken avait tenu un raisonnement semblable pour ne pas intervenir dans le parc Maximilien où la situation humanitaire était tout aussi catastrophique. C’était certes des demandeurs d’asile mais pas tout à fait puisqu’ils n’étaient pas encore enregistrés par l’Office des Etrangers. A l’époque l’Office des Etrangers prenait tout son temps pour accueillir les centaines de réfugiés qui se pressaient aux portes. Aujourd’hui, toujours fidèle courroie de transmission du pouvoir, l’Office distribue des feuillets où on lit notamment « si la situation ici n’est pas celle que vous espériez, prenez contact avec nous ». On se fera un plaisir de vous expulser. Sur les vitres de l’administration, on ne trouve d’ailleurs que des explications sur le retour volontaire.

Message politique

C’est efficace. Qui aurait envie de se rendre à l’Office des Etrangers pour introduire une demande d’asile quand tous les jours, on leur fait comprendre que s’ils franchissent les portes, ils se feront arrêter. Et expulser vers l’Italie ou un autre pays européen puisque c’est ce que prévoit le règlement Dublin.

« Une fois de plus, ce sont des ONG comme Médecins du Monde et des bénévoles qui doivent intervenir. Une fois de plus, les autorités les accusent d’encourager l’arrivée d’autres migrants parce qu’ils répondent à l’urgence humanitaire »

Qui aurait envie de rester dans un pays où depuis trois mois, hommes, femmes et enfants ne survivent que grâce à l’aide des bénévoles ? Il y a pourtant parmi ces centaines de migrants, des Syriens, des Soudanais, des Ethiopiens qui pourraient voir leur demande d’asile reconnue. Il y a aussi et surtout beaucoup de mineurs non accompagnés qui devraient recevoir l’accueil et le soutien prévus par la loi.
Une fois de plus, ce sont des ONG comme Médecins du Monde et des bénévoles qui doivent intervenir. Une fois de plus, les autorités les accusent d’encourager l’arrivée d’autres migrants parce qu’ils répondent à l’urgence humanitaire. Une fois de plus, on est dans une stratégie de communication. Pas seulement pour décourager les migrants d’introduire une demande d’asile ou de transiter par la Belgique avant de tenter de rejoindre l’Angleterre. Non, le message, genre « ils n’ont rien à faire chez nous », c’est encore et toujours à l’opinion publique qu’il s’adresse. Et cela marche. Selon le sondage publié par Le Soir ce vendredi, Theo Francken est la personnalité flamande la plus populaire à Bruxelles et en Wallonie. Et le deuxième au hit-parade en Flandre.

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