Casser les bateaux ou briser l’égoïsme européen ?

Une info chasse l’autre. Le séisme au Népal a disparu des écrans télé, les migrants qui se noient en traversant la Méditerranée aussi. L’émotion suscitée par la mort de 900 d’entre eux le 19 avril est retombée mais la rationalité n’a pas encore trouvé sa voie au sein des gouvernements européens. Lundi prochain les pays de l’Union tenteront d’obtenir le feu vert des Nations-Unies pour mener des actions, par la force, contre les passeurs. C’est du n’importe quoi ? Oui, mais cela donne une image mâle de force, de détermination face à l’opinion publique et cette image-là peut tenir. Un certain temps.

Cela fait juste quelques lignes dans la presse de mercredi : l’Italie relance l’Union européenne pour faire face à l’afflux de migrants. Juste ce titre et une dizaine de lignes comme une piqûre de rappel. Au cours de ces derniers jours, plus de 5000 personnes ont débarqué sur les côtes italiennes dans la plus totale indifférence. L’Europe veut bien intensifier les opérations de surveillance en mer mais dès qu’il s’agit d’accueillir les migrants, les gouvernements regardent ailleurs et surtout pas vers Rome.
On en discutera en juin. On en discutera toujours plus tard. Mais on n’a pas oublié de fixer à l’agenda une rencontre entre le Conseil de sécurité de l’ONU et les pays européens membres de ce Conseil. L’objectif est d’obtenir l’autorisation de mener des actions militaires contre les réseaux de passeurs et de trafiquants actifs en Libye en détruisant leurs navires. Les 28 pensent-ils vraiment une seconde que cela va dissuader les passeurs ? Ils entassent déjà les migrants sur les rafiots les plus pourris qu’on puisse imaginer. Remplacer ce type de bateau par un autre tout aussi pourri ne coûte rien par rapport aux gains faramineux que rapporte le commerce des migrants. Et comment va-t-on distinguer ces bateaux des autres utilisés par les pêcheurs ? Ne peut-on pas imaginer que les trafiquants n’auront aucun scrupule à se servir des migrants comme boucliers humains si leurs bateaux devaient être arraisonnés de force ? Et quel résultat espérer ? Une route migratoire fermée en génère aussitôt une autre, souvent plus risquée encore.
Sans nier la nécessité de combattre ce trafic, ce type d’opération revient surtout à mettre la responsabilité des migrations sur le seul compte des passeurs. Une manière commode de nier les causes politiques, économiques qui produisent ces migrations et dont l’Europe est aussi responsable.

Affronter les trafiquants ou l’électorat ?

Mais s’en prendre à des bateaux, c’est évidemment tellement commode. Cela fera des belles images télévisées, cela donnera l’illusion que les gouvernements agissent enfin et cela plaira certainement à un électorat partisan d’une réponse sécuritaire et musclée à l’immigration. Tout comme le renforcement des opérations de contrôle des frontières, ces interventions coûteront cher, bien plus cher que de mettre en place une politique d’accueil des migrants, ne serait-ce qu’en leur accordant une protection temporaire.

Mais une politique d’accueil supposerait de vraies négociations politiques au sein du Conseil européen. La majorité des migrants et des demandeurs d’asile proviennent de pays en guerre : Syrie, Irak, Erythrée. D’un état européen à l’autre, les « efforts » fournis pour accorder une protection aux réfugiés par la procédure d’asile et les programmes de réinstallation ne sont en rien comparables. L’absence de solidarité est totale dans ce domaine.

Certains pays font beaucoup. L’Allemagne et la Suède ont des programmes de réinstallation des réfugiés ambitieux. La Belgique accorde une protection à la toute grande majorité des demandeurs d’asile syriens et irakiens mais semble considérer l’installation de 200 Syriens comme un effort méritoire quand l’Allemagne offre 30.000 places ! Et puis il y ceux qui ne font rien. Comme la plupart des pays de l’Europe centrale. Il a fallu faire pas mal de pressions sur le gouvernement tchèque pour qu’il consente à accueillir cette année et pour la première fois 70 réfugiés syriens, des blessés et des malades. On l’aura compris. Il est plus facile de trouver un consensus politique pour couler des vieux bateaux, même si ça ne sert à rien, que d’oser une politique commune d’accueil des réfugiés. Ce n’est pas neuf mais il faut taper sur le clou encore et encore.

Les Rohingyas persécutés et privés d’aide humanitaire

Au Myanmar, les forces de sécurité mènent une campagne violente et sans pitié contre les Rohingyas. Il faut agir pour que cela cesse