Chut ! le gouvernement dort Par Martine Vandemeulebroucke

La Belgique hiverne encore. Elle aurait dû relocaliser 3800 réfugiés depuis la Grèce et l’Italie. Elle a préparé 30 places, accueilli 24 personnes et fermé le centre de premier accueil du WTC. Après ce gros effort, le gouvernement a replongé dans un sommeil profond. Il n’a donc pas pu entendre les protestations des CPAS qui ont préparé 4000 places d’accueil pour les demandeurs d’asile. Ce sera pour plus tard. Ou pour jamais ?

Ce n’est pas le Ciré ou Amnesty qui me démentiront : on a tort d’avoir des préjugés. Personne n’y échappe. Moi, je commençais à croire qu’il ne fallait plus rien attendre de positif dans la communication des politiques à l’égard des réfugiés. C’était mal les juger. André Antoine, le président du Parlement wallon a proposé qu’on donne un cadre légal à l’accueil des réfugiés par des familles. Les « initiatives familiales d’accueil » serviraient pendant l’examen de la demande d’asile et à l’issue de celle-ci quand le réfugié a reçu une réponse positive à sa demande, qu’il lui faut alors quitter le centre d’accueil et trouver dans les deux mois un logement. Une démarche qui n’a rien d’évident quand on ne dispose que des revenus accordés par le CPAS et que l’on méconnait la langue et le marché locatif du pays d’accueil. Comme la toute grande majorité des demandeurs d’asile accueillis depuis cet été sont Syriens et Irakiens, qu’ils reçoivent le statut de réfugié, la recherche à grande échelle de logements à un prix abordable est un défi énorme, qui risque de noyer complètement les services de première ligne que sont les CPAS. Trouver un hébergement même temporaire dans une famille d’accueil est donc une nécessité absolue pour la plupart des communes.
Le problème dans ce pays, c’est qu’il ne suffit pas d’avoir une bonne idée. Il faut arriver aussi à surmonter les obstacles institutionnels. Il faudrait ici que le gouvernement wallon demande au gouvernement fédéral s’il veut bien intervenir pour garantir notamment la sécurité sociale et fiscale des familles accueillantes. L’agence fédérale pour l’Asile, Fedasil, trouve l’initiative excellente mais devinez la réaction de son ministre de tutelle, Théo Francken ? « Ce n’est pas le moment ». Hé Théo, on se réveille ? En fait, le Secrétaire d’Etat ne pense qu’à une chose : fermer des places d’accueil. Ou laisser ce marché aux sociétés privées qui dorénavant gèrent aussi des centres d’accueil au même titre que Fedasil, et la Croix-Rouge.

En Grèce, on enferme. En Belgique, on ferme

Le plan de répartition des demandeurs d’asile dans les communes devait être mis en route le premier mai. Et le gouvernement avait menacé : gare aux communes qui ne feront pas leur part dans l’effort collectif. Et puis…plus rien. Aucun arrêté royal n’a été publié. Les trois fédérations des CPAS sont furieuses. Les CPAS ont préparé 4000 places à leur frais et Théo Francken leur fait comprendre que « c’est gentil mais ce n’est plus nécessaire » avant de se replonger sous la couette.
Les demandes d’asile baissent ? On pourrait peut-être rappeler au Secrétaire d’Etat que plus de 50.000 réfugiés survivent dans des conditions dantesques dans les îles grecques et à la frontière avec la Macédoine. On pourrait lui remettre en mémoire les engagements de la Belgique quant au plan de relocalisation proposé par la Commission : 3800 personnes (4500 étaient prévues. Les Belges ont marchandé). C’était en septembre 2015. Depuis lors, la Belgique a fait venir 24 réfugiés depuis l’Italie et annoncé la mise à disposition de 30 places. Avec un taux de 0,6% de réalisation des engagements pris, notre pays figure en queue du peloton européen pas si loin de pays comme l’Autriche, la Pologne, la Tchéquie ou la Hongrie... qui n’ont relocalisé aucun réfugié. Et qui, vu les forces politiques aux commandes dans les gouvernements, ne sont pas près de le faire.
Le six avril, il y a eu un sursaut belge. Le Commissariat général aux réfugiés a annoncé l’arrivée « dans les prochains jours » d’une centaine de réfugiés relocalisés dans notre pays. « Un premier effort envers la Grèce » a commenté Théo Francken. Mais c’est resté un effet d’annonce, au moins sur l’aspect imminent de ces arrivées.
On sait à quel point le Secrétaire d’Etat aime tweeter sur l’asile, sur l’immigration. Il adore les petites phrases qui font polémique. Pendant ce mois d’avril, il a lancé de nombreux tweets pour soutenir son collègue N-VA de l’Intérieur, Jan Jambon et ses propos sur les Musulmans qui auraient dansé après les attentats.
Donc, il ne dort pas tout à fait. On pourrait lui rappeler, par Twitter bien sûr, les engagements belges envers les réfugiés ?

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