Damas, Lampedusa ou Jalhay ?

Il y avait eu 17 degrés l’après-midi et il faisait toujours doux en soirée jeudi dernier. Un temps idéal pour sortir. A Ixelles, 70 personnes ont participé à une veillée aux bougies pour commémorer trois ans de conflits en Syrie. A Jalhay, ils étaient un bon millier à braver les limitations de vitesse sur l’autoroute pour aller voir une statue en plâtre qui clignote. On vit dans un monde formidable.

La Syrie, c’est trois années de guerre, 140.000 morts, deux millions et demi de réfugiés, 11.000 personnes torturées, affamées jusqu’à la mort, une catastrophe humanitaire avec plus de 250.000 personnes régulièrement bombardées, privées de nourriture et de soins médicaux, des milliers de femmes violées puisque là aussi le viol est devenu une arme de guerre. Et puis ….rien. Juste des chiffres et des mots qui s’ajoutent les uns aux autres et se perdent dans le flot des infos quotidiennes.
Bon d’accord, la Syrie, c’est compliqué. Il n’y a pas de « très méchants » contre des « très gentils ». L’opposition au régime de Damas, ce sont aussi les dhihadistes que des jeunes Belges et Français vont rejoindre et pour lesquels il se font tuer. Et quand les rôles ne sont pas clairement définis, quand la barbarie est partout, il est difficile de mobiliser l’opinion publique en faveur des victimes civiles. Au point que l’on s’étonnerait presque de voir 70 personnes se rassembler un soir sur la place Flagey pour demander aux dirigeants européens d’au moins intervenir sur le plan humanitaire, s’ils n’osent pas le faire sur le terrain politique.
Nous l’avons déjà écrit, dans ce blog, à peine 3% des réfugiés syriens ont pu demander l’asile à un pays de l’Union européenne, en Norvège ou en Suisse. C’est dérisoire et honteux. Les appels du Haut-Commissariat des Nations-Unies aux Réfugiés pour que les pays européens ouvrent leurs frontières restent lettre morte. Il est vrai que ces Etats ne sont guère poussés par leur opinion publique à agir.
En Belgique, en pleine campagne électorale, on nous dira qu’il est totalement illusoire de voir tout d’un coup le gouvernement annoncer qu’il va développer un programme d’admission humanitaire des réfugiés syriens. Sans doute. Cela n’empêche pas de faire pression. De montrer que le choix de nos élus n’est pas dicté seulement par le fait de savoir quelle réforme fiscale on souhaite pour 2015. Que la défense des droits humains est aussi un enjeu.
Je rêve ? Sans doute. Et tant qu’à rêver, je vous invite à vous rendre sur une plage. Ce jeudi, Amnesty International va en installer une près du rond-point Schumann, à proximité du Conseil européen où se réunissent les chefs d’Etats. Histoire de rappeler cinq mois après le naufrage de Lampedusa, que les plages européennes sont un mirage pour des milliers de migrants qui se noient avant d’y parvenir. Cela se passe à 12h45. Il n’y aura pas de Vierge en plâtre lumineuse mais ce serait bien qu’il y ait aussi un bon millier de personnes.

Marathon 2017 : SIGNEZ POUR LES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS

Cette année, les 10 individus en danger du Marathon des lettres sont des défenseurs des droits humains. Ils ont tous besoin de votre aide. Nous vous proposons de signer pour eux, en un seul clic.