Et si on supprimait le compte Twitter de Francken ? Par Martine Vandemeulebroucke

« Votre GSM svp ». Voilà ce que l’Office des Etrangers pourrait demander aux demandeurs d’asile. Le téléphone portable, ses photos, ses contacts serait le sésame permettant de détecter les fraudes puisque selon Theo Francken la majorité des réfugiés mentiraient sur leur identité. Mais qui ment vraiment dans ce dossier ?

Faire contrôler les ordinateurs, les GSM, les comptes Facebook des demandeurs d’asile…C’est la nouvelle trouvaille de Theo Francken, ramenée en droite ligne du Danemark, ce pays européen qui a adopté une loi permettant de confisquer l’argent et les bijoux des réfugiés.
Le projet de loi que prépare le Secrétaire d’Etat devrait autoriser les fonctionnaires de l’Office des Etrangers à fouiller dans les galeries photos, dans les mails, entrer dans les comptes Facebook pour lire toutes les publications du demandeur d’asile. En réalité, ils le font déjà. Les demandeurs d’asile subissent déjà des pressions pour donner leur adresse mail et leurs identifiants Facebook. Cette intrusion dans la vie privée, Theo Francken la justifie par sa conviction que tout demandeur d’asile est un potentiel fraudeur. Ici, il s’agit de détecter les fausses identités. « Entre 60 et 70% mentent à propos d’un aspect de leur identité », affirme le Secrétaire d’Etat à la migration. Et le directeur de l’Office des Etrangers, Freddy Roosemont, de renchérir : «  quelqu’un peut prétendre avoir été emprisonné à Bagdad et avoir posté une photo de lui à la plage sur Facebook ». Fort bien. Et les photos des plages prises par les réfugiés quand ils débarquent en Grèce ou en Italie, celles qu’on envoie aux proches pour montrer qu’on a réussi la traversée, qu’on est toujours vivant ? Les photos qui témoignent des horreurs subies sur les routes migratoires, cela compte aussi, monsieur Roosemont ?
Les demandeurs d’asile en Belgique seraient donc pour deux tiers d’entre eux des fraudeurs, un peu touristes sur les bords. Un chiffre impressionnant en effet. Sauf qu’on se demande où Theo Francken est allé le chercher. Frontex, l’agence européenne chargée du contrôle des frontières de l’Union, estime que 14% des demandeurs d’asile arrivés en Grèce qui disaient être Syriens sont en réalité Irakiens, Palestiniens ou Marocains (dans les deux premiers cas, cela reste des personnes à protéger). Le Commissaire général aux réfugiés, Dirk Van Den Bulck, estime, lui, que ces fraudes sont « rarissimes » en Belgique. Et quand bien même, un demandeur d’asile se ferait passer pour un journaliste syrien dont la tête serait mise à prix par le régime Assad alors qu’il est commerçant, cela n’empêche pas qu’il ait besoin, comme tout Syrien, de protection.
Deux choses nous font tiquer donc dans cette histoire de GSM. D’abord Theo Francken lance des chiffres qui ne sont fondés sur rien. Ensuite, le Commissaire général aux réfugiés (CGRA) , qui dispose de l’expertise en matière de fraudes dans les demandes d’asile, n’a pas été informé des projets du Secrétaire d’Etat. Donc pas consulté sur la nécessité ou non de rédiger un projet de loi autorisant une telle atteinte au respect des données personnelles du demandeur d’asile.

Une vision élastique de la réalité

Ce n’est pas la première fois et cela montre une fois de plus que Theo Francken est moins un Secrétaire d’Etat chargé de l’Asile qu’une sorte de super ministre de l’Intérieur qui se croit chargé de la sécurité du territoire. Et qui n’hésite pas à travestir la réalité pour la faire coller à ses préjugés. Rappelez-vous, en octobre 2015 le Secrétaire d’Etat fait circuler chez les demandeurs d’asile irakiens une lettre dans laquelle il affirme que Bagdad est désormais une ville sûre et que leur demande d’asile ne sera de toute façon pas traitée de manière positive en Belgique. Le CGRA est obligé de démentir peu après. Peu importe ! Francken assure alors que des dizaines d’Irakiens et d’Afghans sont candidats au retour volontaire. Quand des représentants de la Ligue des Droits de l’Homme obtiennent le droit de rencontrer ces détenus au centre fermé 127 bis, ils constatent qu’il n’en est rien.
Le Secrétaire d’Etat adore communiquer sur tout et n’importe quoi. Et parfois les medias tombent dans le piège, font sa pub. Rappelez-vous ses déclarations incendiaires, par communiqué de presse et sur Twitter, à propos de ce demandeur d’asile accusé à tort d’avoir agressé une jeune fille dans la piscine de Coxyde. Francken l’avait fait immédiatement transférer en centre fermé avant même d’attendre la fin de l’enquête du Parquet et surtout il avait fait connaître sa mâle détermination urbi et orbi. Souvenez-vous de ses propos sur Facebook dans lesquels il disait ses doutes sur la valeur ajoutée de la diaspora marocaine ou congolaise. Ou, plus récemment, de son tweet dans lequel il exprimait toute sa satisfaction de voir la crise de l’asile « terminée », merci la Turquie, merci la Hongrie, ce qui justifie, selon lui, la fermeture de dix mille places d’accueil.
Au fond, ce projet de loi annoncé sur l’accès aux ordis et aux téléphones portables des demandeurs d’asile ne va que donner un vernis légal aux pratiques actuelles de l’Office des Etrangers. Sans doute des recours sont-ils prévisibles et peut-être même aboutiront ils. Ce n’est pas l’essentiel. Peut-être s’agissait-il surtout pour Theo Francken de faire la « une » des médias. De susciter l’indignation des défenseurs des réfugiés et de montrer donc que l’on est et que l’on reste le militant d’un parti intraitable sur la migration. L’important est de parler pour que l’on parle de soi. Chez certaines personnes, le smartphone peut conduire à de sérieuses dépendances. Une cure de désintoxication de Twitter ou de Facebook peut s’avérer utile pendant les vacances.

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