Fermeté, contrôle, abus

Ce sont les trois mots récurrents de l’accord sur l’asile et l’immigration présenté par le gouvernement. Des mots qui donnent au texte une allure de croisade contre ces maux que seraient l’asile et la migration. Des mots pour (se) faire peur ? Pas seulement.

Dans les déclarations gouvernementales des deux dernières décennies, il y a toujours un chapitre dont le style diffère des autres. C’est celui consacré à l’asile, l’immigration et la justice. Le langage est plus « mâle », plus « rouleur des mécaniques ». On annonce chaque fois des mesures « fermes mais humaines » sans que l’on ne sache jamais très bien en quoi cela consiste. Le texte du nouveau gouvernement est dans ce genre un petit chef d’œuvre. Les passionnés d’analyse textuelle relèveront que le mot « abus » ou « abusif » apparaît au moins huit fois dans l’accord. Exemple : « La procédure d’asile faisant également l’objet d’abus, le gouvernement veillera donc à lutter contre les demandes multiples abusives ».
On pourrait faire aussi l’exercice avec le mot « contrôle » car tout doit être contrôlé avec les demandeurs d’asile. S’ils travaillent, s’ils ont des revenus à l’étranger, s’ils ont commis des « infractions à l’ordre public » Vous l’aurez compris, un demandeur d’asile ou un migrant doit a priori être considéré avec méfiance et toutes les mesures annoncées par le nouveau gouvernement vont en ce sens.
Certaines de ces mesures existent déjà et se retrouvent systématiquement dans toutes les déclarations de gouvernement, comme celles sur « les retours effectifs » ou la lutte contre les cohabitations de complaisance. Elles servent juste à habiller l’accord et à lui donner son indispensable style belliqueux. Mais on y trouve aussi des choses sidérantes qui sont a priori irréalisables ou qui risquent fort d’être annulées par la Cour Constitutionnelle, comme le fait d’accorder désormais un permis de séjour temporaire aux réfugiés reconnus ! Ou d’enquêter sur les revenus d’un étranger à l’étranger avant de lui octroyer le revenu d’intégration sociale. Voilà qui suppose, pour être réalisé, un investissement dans la fonction publique que nous n’avons pas décelé dans les autres chapitres de l’accord gouvernemental. On est ici dans de l’esbrouffe à l’état pur. Politiquement pas inutile puisqu’elle sert à conforter le message de l’étranger fraudeur.
Tout n’est pas de la com. On déniche aussi des projets plus inquiétants comme l’annonce de la création de nouveaux centres fermés et la possibilité d’y remettre les familles avec enfants mais dans des « places adaptées ». Ou la confirmation que la régularisation de séjour pour raisons médicales n’est plus seulement en danger, elle est cliniquement morte.
Les bonnes intentions ? Il y en a. Comme revoir la loi sur l’immigration qui est devenue illisible à force de la modifier à chaque législature. Mais tout dépendra de l’esprit dans lequel la rédaction de ce nouveau « code » sera réalisée et sans vouloir faire de procès d’intention, celui dans lequel a été rédigé l’accord ne nous rassure pas vraiment.
On terminera par ces quelques lignes consacrées au rôle de l’Union européenne. Les partenaires de la majorité gouvernementale préviennent : « en tant que défenseurs de l’Europe, nous voulons un renforcement de Frontex pour sécuriser les frontières et lutter contre l’immigration clandestine ». Défendre l’Europe ? Sécuriser les frontières ? Serions-nous donc en guerre ? Tous en croisade contre l’envahisseur ?
On l’aura compris : il ne faudra pas trop compter sur la Belgique pour changer les discours et humaniser la politique d’asile européenne. Sur qui compter d’ailleurs ?

Marathon 2017 : SIGNEZ POUR LES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS

Cette année, les 10 individus en danger du Marathon des lettres sont des défenseurs des droits humains. Ils ont tous besoin de votre aide. Nous vous proposons de signer pour eux, en un seul clic.