Gaudi et les architectes de la peur

Il avait l’air si fier et si heureux Théo Francken lorsqu’il a présenté le bilan de son opération Gaudi, ciblant les délinquants sans-papiers. Si content de les avoir expulsés qu’il en devenait presque exubérant. Et cela suscite le malaise et un sentiment de manipulation. Justifié ?

Mais qu’est-ce que le génial architecte catalan est venu faire dans cette galère ? C’est la première question qui m’est venue à l’esprit quand le Secrétaire d’Etat chargé de l’asile et de la migration a présenté « Gaudi » son opération menée contre les « illégaux criminels » pendant la période de fin d’année. Gaudi c’est la contraction du mot néerlandais « gauw dief », voleur à la tire. L’opération a été imaginée et décidée par la troïka N-VA composée du président Bart De Wever, le ministre de l’Intérieur Jan Jambon et Théo Francken. Elle a été vendue comme une opération pilote nationale menée dans huit villes et communes mais dans les villes wallonnes ainsi qu’à Bruxelles- ville, les zones de police n’ont pas participé à l’opération, faute d’avoir obtenu des moyens supplémentaires. Elles ont, disent-elles, "travaillé comme d’habitude". Pas grave. Cela n’a même pas été mentionné par le Secrétaire d’Etat lors de sa conférence de presse. Comme si ce qui comptait surtout, c’était de donner des bons chiffres pour Anvers (bon d’accord, c’est une interprétation personnelle un peu vacharde). Le fait que cette opération n’ait eu que très peu d’ impact sur le travail des policiers n’est d’ailleurs pas étonnant. Selon l’Office des Etrangers, avec "Gaudi", l s’agissait seulement d’améliorer les suites données aux interventions des policiers quand ils interpellent des voleurs étrangers pris sur le fait. Et cette amélioration consistait à réserver pour eux des places en centres fermés. Vous devinez, j’imagine, la suite qui sera donnée à l’exercice ?
Mais le plus important, ce n’est pas ces petites manips à propos d’une opération d’envergure qui n’en fut pas une. Theo Francken voulait donner un signal : lui, il a promis de faire expulser les « illégaux criminels » et il tient parole. Vouloir sanctionner des délinquants est évidemment justifié, lutter contre une certaine impunité aussi. Mais ce qui me dérange dans l’affaire, c’est cette jubilation de Francken sur l’air de « Je vous l’avais bien dit ». Il a voulu démontrer que les « illégaux » sont en soi des « criminels ». Que les gens ont donc raison d’avoir peur des étrangers, demandeurs d’asile et autre sans-papiers. Comme d’habitude, Francken confond infraction administrative, le fait de ne pas disposer d’un titre de séjour, et délit. Etre sans-papier, ce n’est pas être criminel. Etre sans-papier, ce n’est pas non plus être sans-droits. Dans les chiffres qu’il a balancés lors de sa conférence de presse, il mélange tout : les vrais sans-papiers qui séjournent de manière illégale dans le pays, les demandeurs d’asile (qui ne sont pas des « illégaux »), ceux qui attendent leur régularisation, les étrangers en séjour légal. Il ne dit rien à propos des Belges qui ont été interceptés et quand un journaliste lui demande ce chiffre-là, il s’énerve : les Belges, ce n’est pas son boulot, c’est celui du ministre de l’Intérieur. Le chiffre essentiel pour lui, c’est que 149 étrangers sont ou vont être expulsés. Vite. Et qu’il a pu ainsi « contribuer à la sécurité de la population ». Je ne voudrais pas chicaner mais la sécurité, ça me semble le boulot du ministre de l’Intérieur. Mais soit, la priorité de Théo Francken, c’est le renvoi des sans-papiers délinquants. Il a fait ce qu’il estime être son job. Il est content. Ceux qui attendent autre chose d’une politique d’asile, le sont sans doute beaucoup moins.

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