Histoire d’une famille afghane

Les jours, les semaines, les mois passent et le problème des Afghans reste. Toujours pas résolu, politiquement. Alors pour taper une fois encore sur le clou, on va juste vous raconter comment une famille afghane se retrouve dans l’église du Béguinage avec ses trois enfants. Un endroit où elle n’aurait jamais dû se trouver si Fedasil avait fait correctement son boulot.

Les K. ont trois enfants qui ont respectivement 8, 13 et 15 ans. Ils viennent d’une région d’Afghanistan contrôlée par les Talibans et qui n’est donc pas considérée comme sûre par le CGRA. Mais, cela ne fait rien. Ils n’ont qu’à vivre à Kaboul, n’est-ce pas ? Kaboul, c’est la destination vers laquelle le CGRA veut renvoyer tous les Afghans auxquels il refuse d’accorder une protection. C’est une ville où tout le monde peut trouver du boulot, un logement, une aide médicale. Il faut juste faire attention aux bombes qui éclatent de temps à autre..
Les K ont introduit un recours mais le conseil du contentieux des étrangers (CEE) n’a pas réformé la décision du CGRA (scénario classique lui aussi). L’ordre de quitter le territoire a donc naturellement suivi. Un ordre qui dans les faits n’est jamais exécuté pour les familles afghanes.
En attendant que l’on statue sur leur sort, les K avaient été hébergés dans le centre Fedasil de Hotton. Quand la famille a reçu un ordre de quitter le territoire, Fedasil l’a fait transférer vers le centre de retour de Saint-Trond.
Première anomalie. Le transfert vers un centre de retour ne doit être exécuté que « lorsque cela est nécessaire » et en prenant en compte « la situation des personnes vulnérables », comme le mentionne la directive « accueil » de Fedasil. Ici, nous avons non seulement une famille inéloignable et dont on sait bien qu’elle ne partira pas dans le cadre d’un retour volontaire mais aussi des enfants scolarisés à Hotton. Et on interrompt sans motif valable leur parcours scolaire.
Seconde anomalie : le centre de retour finit par mettre la famille dehors au bout des 30 jours réglementaires et à aucun moment le travailleur social de Fedasil ne songe à contacter le CPAS de Saint-Trond pour qu’il aide le couple et ses trois enfants. C’est ainsi que les K se retrouvent depuis le début du mois de février à vivre à cinq sous une tente dans l’église du Béguinage. Ils n’ont rien, strictement rien. Sinon un réchaud à pétrole qu’une bonne âme leur a apporté tandis qu’une autre bonne âme les approvisionne en carburant.
Depuis le 13 février, la famille afghane a introduit une seconde demande d’asile, comme on le leur a suggéré de faire. Mis sous pression, le CGRA s’est en effet plus ou moins engagé à réexaminer les nouvelles demandes des Afghans en tenant davantage compte des « guidelines » du Haut-Commissariat aux Réfugiés sur la vulnérabilité de certains publics (enfants, femmes et hommes jeunes). Et comme par hasard, depuis janvier 2014, le taux de protection des Afghans est passé de 60 à 80%.
Le simple fait d’avoir introduit une nouvelle demande d’asile met temporairement la famille afghane en séjour légal. Elle devrait donc être hébergée par Fedasil. Qui ne veut rien entendre. Et un malentendu sur les conditions d’audition chez les agents de l’Office des Etrangers a repoussé l’interrogatoire des membres de la famille à la mi-mars. L’avocat des K a assigné Fedasil en justice et demandé l’assistance judiciaire pour la famille. Mais on l’a prévenu : cela prendra du temps pour l’obtenir. Les jours, les semaines passent. Une famille de trois enfants survit dans une église. Elle n’a qu’à attendre et compter sur la solidarité de ceux qui sont aussi démunis qu’elle.

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