« Ici, on respecte les femmes » Par Martine Vandemeulebroucke

Theo Francken veut apprendre aux demandeurs d’asile à respecter les femmes. Apprendre parce que, bien sûr, ils ne le feraient pas naturellement. Alors que chez nous, les hommes… Tiens, n’est-ce pas en Belgique que 36% des femmes disent avoir subi des violences physiques et sexuelles dès l’âge de 15 ans ?

La désormais célèbre joggeuse de Walcourt qui craignait de rencontrer sur son parcours un demandeur d’asile mâle échappé du centre d’accueil va-t-elle être rassurée par la proposition du Secrétaire d’Etat chargé de l’Asile ? Pas sûr car finalement Théo Francken lui donne un peu raison. Les réfugiés récemment arrivés en Belgique, a-t-il déclaré dans le quotidien flamand « Het laatste Nieuws » sont majoritairement « des hommes jeunes de 18 à 35 ans » et « ça pose problème ».

Le problème, c’est plutôt l’image que l’on donne ainsi des demandeurs d’asile. Image qui se décline en deux superbes clichés. Petit un : tous les hommes jeunes sont des violeurs en puissance. Petit deux : s’ils viennent de pays lointains, comme la Syrie, l’Afghanistan ou l’Irak, c’est la barbarie assurée.

On avait cru un moment Theo Francken plus courageux. En novembre, à Lubbeek (la commune dont il est bourgmestre) face aux habitants très fâchés à l’idée de voir un centre d’accueil s’installer chez eux, il avait fait preuve d’un certain courage politique et il avait notamment répondu vertement que « tous les étrangers n’étaient pas des criminels » à une dame qui laissait sous-entendre que la sécurité des femmes ne serait plus assurée. Aujourd’hui, le message est un peu différent. Oh pas vraiment populiste ou xénophobe, pas vraiment car tout est dans le sous-entendu, dans l’amalgame soft. Theo Francken rebondit bien sûr sur l’affaire dite de Cologne. Soit cette centaine d’agressions sexuelles qui se sont produites dans plusieurs villes allemandes (pas seulement Cologne) au cours de la soirée du réveillon et qui auraient été commises par des jeunes hommes « ivres et d’apparence nord-africaine » selon plusieurs témoignages. Des agressions qui ont été « coordonnées » et ne doivent rien au hasard selon les autorités judiciaires allemandes. Si cela s’avère exact, cela pose tout de même des questions. Mais beaucoup ont déjà la réponse. Les coupables sont les réfugiés accueillis par l’Allemagne et Theo Francken le dit aussi sans le dire. Il lie en tout cas directement la nécessité de donner ces cours aux événements de Cologne mais ajoute qu’il « faut être prudent car rien ne prouve qu’il s’agit de demandeurs d’asile ». On appelle ça un sous-entendu mais le message est des plus audibles pour l’opinion publique.

Notez : Expliquer aux nouveaux arrivants le fonctionnement de notre société et notamment le principe d’égalité entre hommes et femmes est une initiative nécessaire et qui se pratique déjà d’ailleurs. Insister sur la nécessité de respecter les femmes, on est mille fois d’accord. On l’est d’autant plus quand on voit les chiffres sidérants de violences physiques et sexuelles commises sur les femmes en Belgique et ailleurs en Europe occidentale. Selon le sondage réalisé par Amnesty en 2014, près de 25% des femmes belges ont subi ce type de violences de la part de leur partenaire tandis que plus d’une femme sur deux en Europe dit avoir été victime de harcèlement sexuel. Alors pourquoi ne donner ces cours que dans les centres d’accueil pour demandeurs d’asile ?

Et puisqu’on parle des centres d’accueil Fedasil, je ne résiste pas à l’envie de vous raconter la mésaventure subie par cette famille de six enfants. La Cour du Travail avait exigé que Fedasil héberge cette famille dans un de ses centres d’accueil en attendant une décision sur le fond de sa demande d’aide matérielle. Mais quand la famille s’est présentée au dispatching de Fedasil, après deux heures d’attente, le mari a été amené par des agents de sécurité vers le centre fermé 127 bis et la mère et ses enfants dans une maison de retour. La famille séparée, personne ne sachant où était l’autre, angoisse maximale assurée. Et pour rien puisque Fedasil connaît parfaitement l’issue prévisible de ce geste illégal.

Rien à voir avec ce qui précède me direz-vous ? En effet, sauf peut-être sur la question du mépris des droits de cette famille et plus particulièrement de cette femme, analphabète, totalement perdue et paniquée, ne connaissant même pas le nom de l’avocat défendant sa famille. Le respect des femmes demandeuses d’asile est-il au programme du cours ?

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