L’éternelle quête de protection des Afghans

Combien de temps les Afghans vont-ils tenir ? Ils sont 450, dont 200 enfants, à occuper depuis quinze jours un bâtiment désaffecté à Ixelles et à revendiquer un droit au séjour dans notre pays. Ce bras de fer avec les autorités n’est pas nouveau et il pose une fois encore la question de la protection des ressortissants d’un pays en guerre et celle des plus fragiles d’entre eux : les femmes et les enfants.

Les guidelines d’août 2013

La nouvelle mobilisation des Afghans a vu le jour en juillet dernier quand les premières rumeurs d’expulsions collectives ont commencé à circuler. Elles ont été démenties mais il faut bien constater que depuis peu les expulsions individuelles ont fortement augmenté. Il y en a eu 18 en 2012 mais 21 au cours des six premiers mois de 2013.
Il y avait pourtant un moratoire sur les expulsions d’Afghans. En juillet 2011, le Secrétaire d’Etat chargé de la politique d’asile de l’époque, Melchior Wathelet avait régularisé 50 Afghans qui menaient une grève de la faim et l’Office des Etrangers avait reçu pour consigne de ne plus faire de zèle dans l’éloignement des Afghans. Mais la politique de Maggie De Block ne semble pas être la même.
Les éloignements forcés d’Afghans visent prioritairement des hommes seuls, même si ceux-ci sont bien intégrés dans notre pays. Il y a un an, la connaissance parfaite du néerlandais affichée par le jeune Parwais Sangari n’avait pas empêché son expulsion malgré la mobilisation des médias flamands qui semblaient découvrir à l’époque ce phénomène. Cela fait pourtant depuis 2007 que, chaque année ou presque, des Afghans mènent des actions d’occupation de bâtiments, des grèves de la faim pour ne pas être rapatriés. Une série interminable qui finit rarement par un happy end.

Des mailles dans le filet

La majorité (60% environ) des demandeurs d’asile afghans obtiennent une protection dans notre pays, soit par le statut de réfugié soit par celui de la protection subsidiaire (titre de séjour valable un an et renouvelable maximum cinq fois). Mais beaucoup passent entre les mailles du filet. Le fait d’avoir transité longuement dans un pays voisin comme le Pakistan peut suffire à débouter du droit d’asile. Quant à la protection subsidiaire, elle n’est accordée qu’à ceux qui proviennent d’une région où, selon le Commissariat général aux réfugiés (CGRA), la violence est considérée comme généralisée. Le problème, c’est que ces situations de violences évoluent sans cesse. Certains régions sont calmes pendant quelques mois puis s’embrasent. La ville de Kaboul, considérée longuement comme sûre, ne l’est plus.
Le principe de crédibilité de la demande d’asile et l’origine géographique des Afghans l’emportent sur la prise en considération des risques encourus lors du retour. Pourtant ne pas renvoyer un demandeur d’asile dans un pays où il craint pour sa vie est un principe de base de la Convention de Genève. Par ailleurs, le CGRA tient peu compte de la fragilité particulière des femmes et des enfants dans l’examen de la demande d’asile alors que le Haut Commissariat aux Réfugiés (UNHCR) les considère comme faisant partie des profils à risques. Dans ses récentes « guidelines » sur l’Afghanistan publiées en août, on lit que « la violence à l’égard des femmes et des jeunes filles est répandue dans tout le pays. » Qu’elle augmente et reste impunie. Quant aux enfants, le HCR insiste sur la violence dont ils font l’objet : abus sexuels, travail forcé, abandons et négligences graves sont en augmentation constante depuis 2011. Les enfants, écrit encore le HCR, sont de plus en plus utilisés par les Talibans pour des attaques suicide.
Quant elles sont déboutées de leur demande d’asile, les familles reçoivent un ordre de quitter le territoire qui n’est pas exécuté. Elles sont de fait considérées comme inéloignables mais cela ne leur donne aucun droit au séjour. Leur avenir, c’est de vivre dans l’illégalité. C’est la raison pour laquelle ces familles sont aussi présentes dans le bâtiment occupé à Ixelles.
Se servir des enfants, c’est faire du chantage émotionnel, a dit la Secrétaire d’Etat chargée de l’asile. Poser la question de l’avenir de ces enfants, le plus souvent nés et scolarisés en Belgique, nous semble pourtant une démarche rationnelle. Ne rien faire, ignorer leur existence est irresponsable et c’est en tout cas ne pas respecter l’intérêt supérieur de l’enfant, comme l’exige la Convention des droits de l’enfant.

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