Lampedusa Express

Toi aussi deviens réfugié. Participe à une grande aventure, la traversée de la Méditerranée dans la peur et dans les larmes. Tu es candidat ? Envoie ton CV à la chaîne flamande « Vier » qui va lancer cette téléréalité. Ce billet de blog a été rédigé avant le premier avril.

Bientôt les téléspectateurs flamands vont découvrir un nouveau programme de téléréalité. Six candidats vont débarquer dans un camp de réfugiés après avoir traversé la mer dans une embarcation précaire, pour faire « comme un vrai demandeur d’asile ». Le concept est australien et il fait, paraît-il fureur, dans d’autres pays. Cela s’appelle « Go back to where you came from » (retourne dans ton pays) et cela consiste à quitter l’Australie ou la côte belge pour débarquer en Somalie ou en Afghanistan ou en Irak. Les téléspectateurs pourront ressentir ce que les réfugiés endurent. On n’a jamais vu ça en Flandre, dit le porte-parole de la chaîne flamande. On se frotte les yeux en lisant « ça ». On se dit qu’on fait un cauchemar, qu’un tel cynisme n’est pas imaginable. Mais si.
Donc, les téléspectateurs de « Vier » vont suivre l’aventure trépidante de Mark, Dirk ou Heidi entassés (à six, ça va encore) dans un rafiot pour traverser la Méditerranée puis arriver dans un pays en guerre. On imagine qu’on va les laisser avoir faim, soif et peur. Les téléspectateurs vont se délecter à la vue des bagarres entre Kristof et Pieter pour la dernière bouteille d’eau. Peut-être même qu’on soignera le réalisme jusqu’à faire chavirer (un peu) la barque. Pieter va-t-il se noyer ? La suite après la pause publicitaire.
Bien sûr nos six aventuriers ne vont pas connaître la fin tragique des 3000 réfugiés qui se sont noyés en Méditerranée l’année dernière. Leur voyage se passera bien. Les hélicoptères de la production veilleront sur eux et sur eux seuls. Ils feront juste « comme si » car la réalité bien plus trash passerait moins bien à la télé. Ils feront « comme si » mais après avoir évité soigneusement de vivre la première étape de la grande aventure des réfugiés : la guerre, les conflits, la misère en Irak, en Afghanistan, en Syrie. Ces pays que des milliers de personnes fuient tous les jours et qui pour nos valeureux candidats seront le lieu d’arrivée mais où ils ne resteront bien sûr pas. Question : quelle récompense est prévue pour le gagnant ? En sachant que s’il avait dû vivre la vie d’un vrai réfugié, il aurait dû payer une somme astronomique au passeur pour participer à l’aventure.
Faut-il que la délégation belge du Haut-Commissariat des Nations-Unies soit déprimée face à l’indifférence de l’opinion publique à l’égard des réfugiés pour trouver que ce jeu pourrait être « intéressant ». Parce que, dit sa porte-parole, ce programme montre « une partie de la réalité » et il a permis à un candidat australien anti-immigré d’être un peu moins raciste. Superbe résultat en effet.
Bon, c’est quoi la suite du programme ? Un remake de « Secret Story » dans les centres fermés ? Ou « Toi aussi, tente d’échapper à l’Office des Etrangers et au rapatriement forcé » ? Si on compte sur la téléréalité comme instrument de conscientisation, si on pense vraiment dissuader ainsi certains téléspectateurs de voter pour les partis qui préconisent le « go back to where you came from » pour tous les étrangers, je pense qu’Amnesty et toutes les ONG qui défendent les droits humains ont (beaucoup) de souci à se faire.

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