Le droit d’asile inaccessible aux Palestiniens

Plus de mille victimes palestiniennes depuis l’offensive israélienne à Gaza. Le gouvernement belge se dit « horrifié », « consterné ». Et s’il aidait plutôt les civils à bénéficier du statut de réfugié dans notre pays ? On reparle d’octroyer des visas humanitaires. Encore faut-il avoir accès à ce droit.

Ce dimanche à Bruxelles, on a manifesté contre les bombardements à Gaza. Ce n’est pas la première manifestation et ce ne sera sans doute pas la dernière. En 2009 aussi, on avait protesté partout dans le monde contre les attaques aériennes et les incursions de l’armée israélienne dans la bande de Gaza. C’était l’opération « Plomb durci » qui avait fait aussi plus d’un millier de victimes parmi lesquelles beaucoup de femmes et d’enfants. A l’époque, la Belgique avait accueilli plusieurs blessés, à la demande des Nations-Unies et de certaines ONG comme la Croix-Rouge.
Parmi eux, il y avait Bhar et un de ses fils. Ils sont arrivés chez nous grièvement blessés. Leur maison située dans le quartier Chajaijah à Gaza avait été bombardée et toute la famille touchée. Aujourd’hui encore, ce quartier, le plus densément peuplé, est clairement ciblé par l’armée israélienne.
A l’époque, Bhar et son fils ont été amenés à l’hôpital de Gaza mais vu la gravité de leur état, ils ont été amenés en Egypte où la Croix-Rouge a organisé leur transfert vers la Belgique. Bhar a été reconnu réfugié en 2010 et son fils a obtenu la protection subsidiaire.
Mais l’histoire se répète. Le reste de la famille vit toujours à Gaza. Ils (sur)vivent dans une tente de l’UNWRA, l’organisation des Nations-Unies pour l’aide aux réfugiés palestiniens dans la Bande de Gaza, en Cisjordanie, au Liban et en Syrie. La famille de Bhar est considérée par l’UNWRA comme une famille réfugiée, descendante des Palestiniens qui ont tout perdu lors du conflit israélo-arabe de 1948. Leur quartier a été bombardé, la semaine dernière. Par chance, ils n’étaient pas chez eux à ce moment-là. Pour Bhar, il est évident que sa famille est en danger de mort. Il avait déjà essayé de faire venir sa femme et ses autres enfants en 2012 par la procédure du regroupement familial. Mais c’était trop tard. Il aurait dû faire cette démarche l’année même où il a obtenu le statut de réfugié pour que sa demande soit prise en considération. Aujourd’hui, il ne remplit pas les conditions : il est en incapacité de travail et suivi par un psychologue suite au traumatisme subi à Gaza. Il vit dans un trop petit logement. Etre pauvre et malade vous excluent d’office du droit au regroupement familial.
Il pourrait faire venir sa famille via un visa humanitaire puisqu’elle répond aux conditions pour obtenir ce visa. La demande doit être déposée au consulat belge à Jéruzalem. Mais comme la bande de Gaza subit un blocus de la part d’Israël depuis 2006, les Gazaouis ne peuvent s’y rendre. Ils ont alors imaginé un système de « courtiers » qui prennent les risques de franchir la frontière avec tous les documents et l’argent, tout en étant rémunérés bien sûr. De l’argent contre la promesse de papiers légaux. Mais aujourd’hui, avec l’offensive en cours, ce système ne fonctionne plus.
Alors que faire pour sauver la famille de Bhar ? Son avocate s’est adressée à l’Office des Etrangers et au ministère des Affaires Etrangères en demandant de pouvoir faire la demande de visa depuis la Belgique. Il est certain en effet que la femme et les enfants obtiendront au minimum la protection subsidiaire puisqu’ils viennent d’une région où règne une « violence généralisée ». Le Haut-Commissariat aux Réfugiés a déjà demandé aux Etats occidentaux de prévoir cette procédure « hors ambassade » dans des pays en proie à une guerre civile comme la Syrie par exemple. Il ne s’agit en effet pas seulement de proclamer qu’on est prêt à protéger des civils en octroyant le statut de réfugié. Encore faut-il donner accès à ce droit. Et dans le cas des Palestiniens de Gaza, il est inaccessible, au sens propre du terme.
La Belgique a annoncé mercredi dernier qu’elle allait accorder 6,25 millions d’euros à l’UNWRA pour aider l’agence à répondre aux besoins des civils palestiniens touchés par le conflit. Très bien. Mais ne serait-il pas tout aussi utile de faire preuve de souplesse dans les règles d’octroi des visas ? L’avocate de Bhar n’a jusqu’ici reçu aucune réponse à ses requêtes. Tant de la part des Affaires étrangères que de l’Office des Etrangers. On n’ose pas imaginer qu’en cette fin de mois de juillet, le droit d’asile soit en vacances.

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