Le respect humain en sourdine

Des baffles qui crachent à pleine puissance de la musique techno pour faire fuir un groupe de tziganes, comme on chasse les merles des cerisiers avec des détonations, comme on éloigne les bêtes sauvages avec des ultrasons…On a été loin, très loin dans l’odieux à Landen.

Allez, tout le monde respire. Les Tziganes sont partis. Leurs caravanes ont repris la route. L’incident est clos. On n’en parlera plus. Le DJ a rangé ses baffles. Il a été payé par le bourgmestre de Landen, Gino Debroux, un socialiste qui ne défend peut-être que les « damnés de la terre » flamands. « La Flandre n’est pas un peuple tzigane », pouvait-on lire sur les T-shirts de certains habitants de Landen
Pourtant, ces gens du voyage auraient pu être flamands ou wallons. Ici, ils venaient de France car on a affaire à des gens du voyage, pas à des Roms. Et donc je ne vais pas vous faire l’historique de toutes les persécutions et les exclusions que subissent actuellement les Roms dans nos contrées. Je ne vais pas rappeler ce qu’on a fait subir à des familles roms à Bruxelles. Je ne vais pas vous raconter (si tout de même) l’autre ingénieuse idée qu’a eue un maire pour faire fuir des Roms de sa commune. Il a lancé un appel sur Facebook et dans les dix minutes qui ont suivi une centaine d’habitants se sont pointés à l’endroit où voulaient s’installer les Roms. « Une belle preuve de solidarité », a osé dire ce maire UMP de Montévran. C’est vrai que lorsqu’il s’agit de s’opposer à la présence d’étrangers, la mobilisation des citoyens peut parfois être extraordinaire.
Non, à Landen, on n’avait pas affaire à des migrants venus de l’Est. Les braves gens de cette commune du Brabant flamand ont vu des « tziganes » avec des têtes comme la leur. Avec des enfants habillés comme les leurs. Pas même un peu d’exotisme avec des femmes en longue jupe et autres clichés. Ce sont des gens du voyage ayant la nationalité belge, française, allemande, qui circulent dans nos régions depuis toujours. Mais ils circulent justement. Et cela a suffi pour les assimiler à tous les autres « errants », à réveiller toutes les méfiances et l’hostilité qu’on porte aux « baraquis » comme on dit péjorativement en Wallonie. En Belgique, ils sont vingt mille environ. Des ferrailleurs, des forains, des commerçants ambulants. « Tous sont considérés comme des voleurs ou des délinquants », explique Patrick Charlier, directeur-adjoint du Centre pour l’Egalité des Chances dans « Le Soir » . Gino Debroux, a d’ailleurs qualifié d’emblée le porte-parole des tziganes de « chef de gang ». Tant en Flandre qu’en Wallonie, on encourage officiellement les communes à accueillir les gens du voyage en finançant l’aménagement de terrains. En Wallonie, une petite vingtaine le font, toujours les mêmes. Dans les autres, beaucoup dépend de l’attitude du bourgmestre.
Le bourgmestre de Landen qui a payé un DJ pour assourdir les gens du voyage plutôt que de convenir avec eux du moment de leur départ n’a guère été désavoué dans son propre parti. « Ce n’était pas une bonne idée  », a dit le président du SP.A Bruno Tobback. C’est ce qui s’appelle cultiver l’art de l’euphémisme. Le sens des responsabilités qu’on est en droit d’exiger d’un élu a consisté ici, à attiser le rejet des autres plutôt que le vivre ensemble.
Pour se remonter le moral, on ajoutera que les jeunes SP.A ont invité à participer, avec les gens du voyage, à une petite fête au son de la musique techno gracieusement offerte par la commune. Ils voulaient protester ainsi l’attitude de Gino Debroux. Mais, mauvaise nouvelle pour le moral, leur appel sur Facebook n’a attiré qu’une petite vingtaine de personnes. A Montevran, le maire avait fait mieux . « Ce sont les jong SP.A. Ils sont jeunes. Ils doivent encore apprendre la politique », a dit l’édile de Landen.
Pourvu que non. Pas cette politique là en tout cas.

Marathon 2017 : SIGNEZ POUR LES DÉFENSEURS DES DROITS HUMAINS

Cette année, les 10 individus en danger du Marathon des lettres sont des défenseurs des droits humains. Ils ont tous besoin de votre aide. Nous vous proposons de signer pour eux, en un seul clic.