Le rêve de Théo Francken Par Martine Vandemeulebroucke

Allez, malgré les grèves, il y a tout de même des ministres heureux au gouvernement fédéral. Le Secrétaire d’Etat Théo Francken est du nombre. Il n’y a jamais eu aussi peu de demandes d’asile en Belgique depuis sept ans. Il le dit et le répète : cette baisse, c’est son « rêve » qui se réalise. Un rêve ? Une question de regard sans doute pour ne pas faire de cauchemar. Ne pas regarder les images des naufrages en Méditerranée ou l’évacuation du camp d’Idomeni, cela aide.

Alexander De Croo n’est pas seulement le ministre qui renverse des cyclistes en ouvrant sa portière rue de la Loi ou qui va privatiser la Poste. Il est aussi chargé de la coopération au développement et la semaine dernière, il était en « visite de travail » au Liban. Et c’est de là qu’il s’en est pris au Secrétaire d’Etat chargé de l’Asile, Théo Franken. Son collègue N-VA au gouvernement fédéral avait exprimé tout son bonheur de voir les demandes d’asile baisser de manière spectaculaire en Belgique : « c’est un rêve qui se réalise grâce à la fermeture de la route des Balkans ». Merci donc les Macédoniens et tous ceux qui au mépris du droit d’asile ont fermé leurs frontières laissant les Grecs se débrouiller avec plus de 30.000 réfugiés.

Alexander De Croo, qui était en train de visiter les camps de réfugiés à Beyrouth, n’ a tout de même pas apprécié. Estimer que la situation migratoire est meilleure en se référant au nombre d’arrivées en Belgique est « inapproprié « et en « dehors de la réalité de terrain. La crise migratoire est loin d’être réglée », a-t-il déclaré aux journalistes qui l’accompagnaient. Les visites de travail à l’étranger des ministres, c’est un peu comme les voyages scolaires en juin. C’est inévitable mais cela a parfois une portée pédagogique. Et donc le ministre a découvert à Beyrouth ce que les rapports des ONG disent depuis des mois. Il est vrai qu’au Liban, il est difficile d’échapper à la « réalité de terrain ». Le Liban, c’est un million de réfugiés syriens (soit 20% de la population) qui s’ajoutent aux dizaines de milliers de réfugiés palestiniens également présents dans ce pays minuscule. Un cauchemar pour tous.

Objectif : vider, expulser

Il est assez rare qu’un ministre fédéral critique un autre membre du gouvernement. Et de fait, Théo Francken n’a pas trop apprécié d’être ainsi recadré mais pas de quoi entamer son bonheur et son rêve éveillé. Au moment où le ministre de la Justice doit remballer les syndicats des gardiens de prison et les magistrats parce que le gouvernement ne lui donne plus un sou, lui, Francken vient de recevoir un (petit) cadeau : 30 millions d’euros pour vider les centres d’accueil et expulser les demandeurs d’asile. Non, pardon. Vider, expulser, c’est la « comm » de Francken, celle qu’on a pu lire dans la presse flamande. Traduit en termes plus administratifs, ces 30 millions doivent servir à aider le Commissariat général aux réfugiés à accélérer le traitement des demandes d’asile (ce qui en soi n’est pas négatif) et le service « retours » de l’Office des Etrangers à prendre plus de « décisions ». On notera que le Secrétaire d’Etat a déjà une idée très précise des objectifs à atteindre. Il veut au moins trois mille « décisions » par mois. Et que ça saute !

La solidarité, c’est un mot qui a une signification très particulière dans le chef de beaucoup de gouvernements européens. C’est la solidarité pour fermer les frontières, pas pour accueillir. Cette solidarité-là, on la laisse aux Libanais.

Tiens, vous vous souvenez de la difficulté à augmenter le nombre de décisions prises par l’Office des Etrangers lors de la grosse crise migratoire à la fin de l’été dernier ? A l’époque, les gens dormaient dans la rue. Ils devaient attendre plus d’une semaine avant de voir leur dossier traité par l’Office. Tout le monde insistait pour que l’Office dépasse le seuil des 250 dossiers par jour mais Théo Francken avait catégoriquement refusé. Il en appelait alors à « la solidarité européenne » pour régler la question. Avec le recul, et en voyant comment le gouvernement belge et Francken en particulier, ont fait preuve de solidarité avec la Grèce six mois plus tard, ces mots sonnent curieusement. La solidarité, c’est un mot qui a une signification très particulière dans le chef de beaucoup de gouvernements européens. C’est la solidarité pour fermer les frontières, pas pour accueillir. Cette solidarité-là, on la laisse aux Libanais.

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