Le test du stress comme politique migratoire Par Martine Vandemeulebroucke

Hé, les Français vous avez vu votre jungle à Calais, disait un Charles Michel vexé par les critiques du Monde à l’encontre de la politique migratoire belge. Dites, monsieur le premier ministre, vous avez déjà visité le Hall Maximilien au Quai Willebroek ? Des réfugiés abandonnés à leur sort, cela se passe près de chez nous aussi.

Bien sûr, dans le contexte sécuritaire actuel, on n’en parle plus guère. Les réfugiés ont quitté –provisoirement ? -l’avant-scène médiatique. La plupart d’entre nous ignorent que l’Europe laisse des milliers de personnes bloquées en plein hiver à la frontière greco-macédonienne et dans des conditions sanitaires indignes sur l’île de Lesbos. Nous savons par contre que l’Europe va payer la Turquie pour tenter de se débarrasser de la prise en charge des réfugiés et tous les chefs d’Etat avaient l’air satisfaits sur la grande photo de famille avec le président turc Erdogan. Silence radio sur les plans de réinstallation des réfugiés au sein des pays européens. Communication maximale par contre sur la volonté de contrôler les frontières extérieures de l’Europe avec un message implicite sur les liens entre réfugiés, migrants et terrorisme. Et on passe sous silence le respect des droits des réfugiés.
Chez nous aussi, l’accueil des réfugiés n’est plus évoqué qu’en sourdine. Selon le directeur de Médecins du Monde, Pierre Verbeeren plus de deux mille personnes attendent de pouvoir enregistrer leur demande auprès de l’Office des Etrangers, lequel a décidé une fois pour toutes de limiter le nombre d’inscriptions quotidiennes. La loi prévoit que notre pays dispose de trois jours (exceptionnellement dix) pour enregistrer une demande d’asile. Mais les nouveaux arrivants sont convoqués pour un rendez-vous dans un mois, qui sera sans doute encore remis à une date ultérieure. Et en attendant rien n’est prévu pour eux.

Le « centre d’accueil » du WTC III est totalement saturé. Depuis le premier octobre, les réfugiés sont pris en charge par les ONG et le Samu social au Quai Willebroek. C’est le nouveau « Parc Maximilien » dont la vue cet été heurtait tant le gouvernement soucieux de la bonne image de Bruxelles auprès des touristes.

C’est vrai que les blindés- encore présents aujourd’hui dans le centre de la capitale- sont plus photogéniques…

Décourager, faire peur

Médecins du Monde dit soigner 40 personnes par jour dans son centre de consultations. Mais il n’y a pas que la santé physique qui doit être prise en charge. Il n’y a pas que les refroidissements, les maladies générées par les terribles conditions de voyage et les dernières nuits passées dehors à Bruxelles qui doivent être soignés. Il y a l’anxiété, le désespoir, le sentiment que les épreuves n’en finissent pas mais s’ajoutent les unes aux autres. Que l’asile semble hors d’atteinte. Les Afghans ont l’impression (pas fausse) d’être l’objet de discriminations de la part de l’Office des Etrangers dans l’enregistrement de leur demande. Cela crée des tensions entre demandeurs d’asile, à bout nerveusement, psychiquement.

On crée délibérément du stress auprès d’une population qui en déjà subi beaucoup. Un sale jeu auquel participe le Secrétaire d’Etat chargé de l’asile Théo Franken.

Quand celui-ci annonce que les Afghans n’ont aucune chance d’obtenir l’asile en Belgique, il trompe les gens puisque la toute grande majorité d’entre eux obtiennent au moins la protection subsidiaire. Il fait inutilement peur quand il assure que les Afghans qui ont été enregistrés en premier dans un autre pays comme la Hongrie ou la Bulgarie seront illico renvoyés là-bas. Alors que le Conseil du Contentieux a suspendu ces renvois dits « procédure Dublin ». Les avocats et l’Ordre des Barreaux francophone et germanophone en particulier, ont dû diffuser un contre-document pour rétablir la vérité et rassurer les Afghans sur la qualité de notre système d’asile. Le problème sans doute avec les Afghans, c’est qu’en octobre, ils sont devenus la deuxième nationalité après les Syriens à demander l’asile en Belgique. C’est ce chiffre des arrivées et pas celui de la protection qui leur est finalement accordée par le CGRA qui pose problème au Secrétaire d’Etat. Et qui, à ses yeux, justifierait de lancer cette campagne de dissuasion avec des photos de personnes menottées et mises dans un avion. De quoi faire paniquer ? C’est sans doute le but.
En septembre, Théo Francken avait fait la même démarche à l’égard des Irakiens en assurant aux demandeurs d’asile originaires de Bagdad déjà présents dans les centres d’accueil que le traitement de leur demande serait gelé et qu’ils avaient peu de chances d’être réfugiés. Cela avait créé alors une grande anxiété chez ces Irakiens alors que le CGRA continue à traiter leur dossier.
Quel objectif poursuit le gouvernement en agissant ainsi ? Ne pas enregistrer les demandes dans les délais prévus, laisser les gens dans la rue, leur faire croire que de toute façon, ils seront finalement expulsés. C’est une politique de dissuasion hypocrite. Comme si on cherchait à décourager les demandeurs d’asile, à faire en sorte qu’ils partent sans demander le statut de réfugié ou la protection subsidiaire, qu’ils tentent leur chance dans un autre pays européen. Et s’ils décident de rester pour grossir les rangs des sans-papiers, tant pis. Ou tant mieux pour tous ceux qui les exploitent. On fermera les yeux sur leur présence. On les oubliera comme la France oublie tous ceux qui attendent à Calais l’occasion de partir vers la Grande-Bretagne. « En Belgique, nous ne comprenons pas qu’il puisse y avoir une jungle à Calais avec six mille irréguliers », disait Charles Michel à la télévision française.

Nous, c’est la politique actuelle de la Belgique qu’on ne comprend plus très bien.

Les Rohingyas persécutés et privés d’aide humanitaire

Au Myanmar, les forces de sécurité mènent une campagne violente et sans pitié contre les Rohingyas. Il faut agir pour que cela cesse