Les barbares sont en Europe

Mos Maiorum. Cela sonne martial, comme un clairon. Et c’est de fait le nom de code d’une opération contre les sans-papiers lancée par les pays de l’espace Schengen jusqu’au 26 octobre. Une rafle policière qui nourrit le fantasme d’une invasion criminelle en Europe.

Il n’y a pas que Bart De Wever qui aime se servir du latin pour sa com. L’Europe et plus particulièrement la présidence italienne y ont recours aussi pour emballer des opérations de grande envergure en matière de contrôle des frontières. Il y avait l’opération humanitaire et militaire de l’Italie en méditerranée Mare Nostrum, un terme que les Romains utilisaient pour désigner leur « territoire » de l’Espagne à l’Egypte (et qui sera repris par les nationalistes dans les années 30). Voici Mos Maiorum pour évoquer une action de contrôles systématiques et coordonnés des sans –papiers (et des étrangers qui en ont l’allure) dans les gares, les aéroports et autres endroits stratégiques. Mos Maiorum, cela veut dire « les moeurs des Anciens ». Wikipedia nous apprend que cela s’utilisait pour désigner les valeurs, la moralité des Romains face à la décadence créée par l’invasion des barbares. Mos Maiorum est donc une opération contre les migrants-barbares qui ne sont plus à nos portes mais déjà chez nous. Les policiers belges, français ou allemands qui contrôlent l’identité des étrangers dans les gares sont donc, dans l’imaginaire de certains, des valeureux légionnaires engagés dans une bataille contre l’ennemi intérieur.
Les gouvernements ont évidemment le droit de lancer ce genre de contrôles et les policiers d’arrêter ceux qui ne sont pas en règle. Le problème n’est pas là. Il est dans l’absence de transparence des objectifs réellement poursuivis. Mos Maiorum a été lancé par les autorités italiennes avec les états membres volontaires en dehors du contrôle du Parlement européen et de la Commission. Sans que l’on se pose la question du respect des droits des demandeurs d’asile et des consignes données aux policiers qui arrêtent des migrants pour les mettre en centres fermés ou pour les renvoyer chez eux. Chaque pays est libre d’agir à sa guise.
L’objectif officiel est de connaître les routes que ces migrants ont prises pour venir en Europe et donc de lutter contre les filières d’immigration clandestine. La belle histoire ! Peut-on vraiment imaginer que les Etats européens ignorent comment la majorité des migrants arrivent dans l’espace Schengen ? L’agence Frontex, à qui on a demandé de prêter main forte alors que ce n’est pas son mandat, connaît parfaitement ces trajectoires.
Mos Maiorum est plutôt un message destiné aux Etats membres qui dénoncent Schengen et veulent rétablir des contrôles aux frontières internes parce que l’Italie- notamment - serait une « passoire ». Les coopérations policières entre pays européens sur l’immigration irrégulière sont courantes. Mos Maiorum va plus loin, frappe plus fort, est bien plus spectaculaire. Les associations d’aide aux réfugiés en ont même assuré une publicité maximale en dénonçant cette rafle et en mettant les étrangers en garde. Bomber le torse, dire haut et fort que l’on veut contrôler les frontières externes et internes de l’Europe, voilà ce qui doit faire le buzz.
On ne sait pas si les objectifs policiers en termes de lutte contre les filières seront remplis mais pour ce qui est de criminaliser toujours davantage l’immigration, c’est mission accomplie.

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