Les expulsions s’envolent ? Les amalgames plus encore

Miss Maggie reste ferme. La Belgique expulse à tour de bras les candidats réfugiés. Voilà ce qu’on pouvait lire sur le site d’un quotidien ce matin. Avec ce chiffre pour étayer le titre : 76.497 ordres de quitter le territoire en 2012. Le lecteur aura aussitôt imaginé un ballet aérien renvoyant aux quatre coins du globe des dizaines de milliers de demandeurs d’asile. Bizarre quand on sait qu’il n’y a eu que 21.000 demandes d’asile en 2012. D’accord, Miss Maggie est zélée mais tout de même....

Premier constat : les chiffres relatifs aux ordres de quitter le territoire ont déjà été publiés dans plusieurs médias dès ce mois de juillet. Pourquoi en refaire un des titres principaux du site et un article dans l’édition "papier"de ce mardi 12 novembre ? Mystère. Il est vrai que les chiffres sonnent pas mal. Plus de 76.000 ordres de quitter le territoire en 2012, c’est 44% de plus que l’année précédente. Et pour les six premiers mois de cette année, 54.000 documents de ce genre ont déjà été délivrés. Mais ces chiffres n ’ont rien à voir avec le nombre de demandeurs d’asile expulsés "à tour de bras".
Ce n’est pas la première fois que dans certains médias, on s’emmêle les pinceaux dès qu’il s’agit d’évoquer l’asile avec les termes adéquats. L’article en question est un chef d’oeuvre dans l’amalgame puisqu’il mélange tout : les ordres de quitter le territoire, les refoulements, les rapatriements, les départs volontaires. Dans ce grand hochepot, un ingrédient domine, celui de la fermeté de Maggie De Block face à l’invasion d’"étrangers". La Secrétaire d’Etat n’est sans doute pas à l’origine de cet article mais les réactions des internautes lui sont plus que favorables. « Bravo Maggie, tiens bon, » écrit l’un. « On pourrait faire mieux encore sans la caste des droits de l’homme, » assure un autre. Et plusieurs de regretter de ne pas pouvoir voter, en tant que francophones, pour Super Maggie. Elle devrait être notre premier ministre en 2014, peut-on lire.
Dans l’édition "papier" du quotidien, le journaliste précise tout de même qu’il ne s’agit« que » (oh le regret dans ce que)d’ordres de quitter le territoire (OQT). Que cela ne signifie pas automatiquement que l’étranger va quitter effectivement le pays. Exact. Les OQT visent tout étranger en séjour illégal et pas seulement les demandeurs d’asile déboutés. Une petite partie de ces ordres de quitter le territoire (entre 15 et 20%) sont aujourd’hui effectivement exécutés. Soit parce qu’ils ont fait l’objet d’un recours en suspension ou en annulation auprès du Conseil du Contentieux des Etrangers, soit parce que l’étranger refuse d’y obéir et disparaît dans la nature, soit encore parce que l’étranger est inexpulsable. On pense aux demandeurs d’asile que l’on ne peut pas rapatrier parce que le retour leur ferait courir de trop grands risques mais aussi à tous ceux pour lesquels l’Office des Etrangers n’obtient pas de laisser-passer de la part de l’ambassade du pays d’origine (ou supposé tel).
Alors qui part réellement ? Ceux qui quittent volontairement le pays et c’était la catégorie la plus nombreuse en 2012 (5.626 personnes). Puis viennent les éloignements forcés (3847) dont un dixième concerne les étrangers rapatriés à l’issue d’un séjour en prison. En 2012, il y a eu aussi 1895 refoulements. Un refoulement, c’est empêcher un étranger de franchir la frontière. Cela concerne tous ceux qui débarquent dans un aéroport belge et se font remballer même lorsque leurs papiers sont en règle. Plusieurs artistes ont déjà fait les frais de cet arbitraire.
Résumons. Les expulsions qui s’envolent, les demandeurs d’asile rapatriés à tour de bras, ce sont 3843 éloignement forcés en 2012 et 2125 pour les sept premiers mois de 2013. C’est déjà beaucoup mais sans doute pas assez pour ceux qui rêvent d’en découdre avec la « caste des droits de l’Homme. »

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