Les Hunger Games européens

Et le vainqueur est ? Viktor Orban. L’Europe forteresse. Le concept de frontières étanches. Le réfugié qui arrivera sain et sauf jusqu’aux camps de rétention (hotspot) installés en Italie et en Grèce. L’accord intervenu au sein de l’Union européenne a désigné ses vainqueurs. Et ses vaincus : les demandeurs d’asile continueront à se noyer en Méditerranée.

Il doit y avoir parmi les chefs d’Etats européens des fanas de la saga « The Hunger Games » où l’accès au Capitole, la réserve des nantis, n’est possible que pour les plus vaillants des plus pauvres, ceux qui auront gagné le périlleux combat dans les arènes qui leur permettra finalement de vivre dans la richesse et la sécurité. L’accord sur la répartition de 120.000 réfugiés couplé avec la création de centres de tri ou de rétention aux frontières de l’empire européen ressemble à une curieuse compétition mais où l’on se garde bien de désigner les vainqueurs, où l’on joue sur la place publique la carte du consensus et du sens de la responsabilité retrouvés. Comme si tout était réglé. Comme si rien ne s’était passé en Hongrie. Comme si au sein de l’Union certains gouvernements pouvaient fouler aux pieds les valeurs de tolérance et d’humanisme dont se targue l’Europe (mais ne pas pouvoir rembourser ses dettes, ça c’est impardonnable).
Les barbelés érigés entre des pays membres de l’Union européenne. Pas vu. L’immigration définie comme un crime par Viktor Orban et les militaires autorisés à tirer sur les réfugiés ? Pas entendu. Ou si tout de même un peu. L’idée que l’on puisse instaurer des frontières étanches autour de l’Europe pour se préserver de ceux qui fuient la guerre, cette idée-là a été entendue. Et surtout on fait mine de croire que c’est possible.
Les hotspot, que l’on traduit indifféremment en français par centres de tri, d’accueil ou de rétention (ce sont tout de même trois mots bien différents), c’est l’illusion de croire que l’on va maîtriser ainsi la crise humanitaire sans précédent provoquée notamment par la guerre en Irak et en Syrie. Ces centres vont classer les bons et les mauvais migrants. Les bons pour le service auront le privilège d’être « relocalisés » quelque part en Europe. Les autres seront expulsés.

On aurait pu imaginer que l’Europe crée des voies d’accès légales vers ces centres de sélection pour au moins épargner des vies. Non, le spectacle des embarcations croulant sous le poids des migrants entassés va se poursuivre. Ce sont les Hunger Games européens.

Comment va se faire le tri ? Des équipes spéciales composées notamment de représentants de Frontex (l’agence de surveillance des frontières) et d’Europol (la coordination des polices) vont interroger les demandeurs d’asile. Sur quels critères ? Mystère. Les réfugiés auront-ils droit à une assistance juridique ? On n’en parle pas. Et ensuite, va-t-on réexaminer une seconde fois leur demande d’asile dans le pays d’arrivée ? Avec une nouvelle possibilité de les exclure ? Ces demandeurs d’asile seront-ils libres ou détenus ? On préfère ne pas répondre. Ces centres de tri pourront-ils accueillir des milliers de demandeurs d’asile dans des conditions conformes à la dignité humaine ? Ceux qui existent déjà en Grèce et dans le sud de l’Italie ne répondent pas aux critères internationaux et certains ont même dû être fermés.

Rentabilité assurée pour les trafiquants

Mais le plus hallucinant dans cette histoire est que ce tri va se faire après que les migrants et les réfugiés aient traversé la Méditerranée ou franchi la frontière turque et la mer Egée. Autrement dit, on laisse d’abord se noyer les gens, on en repêche quelques- uns et on sélectionne ensuite les « vrais de vrais » réfugiés. On aurait pu imaginer que l’Europe crée des voies d’accès légales vers ces centres de sélection pour au moins épargner des vies. Non, le spectacle des embarcations croulant sous le poids des migrants entassés va se poursuivre. Ce sont les Hunger Games européens. Le vainqueur aura le privilège d’arriver peut-être jusqu’à un centre de rétention européen. Le business morbide des trafiquants va se poursuivre.
On m’objectera que l’Europe va tout de même accueillir 120.000 réfugiés dans les prochains mois. Formidable. Depuis janvier, 430.000 personnes sont entrées en Europe et 2850 sont mortes noyées. Au Liban, en Jordanie, en Turquie, les réfugiés syriens se comptent par millions. Oui, me dira-t-on encore mais les dirigeants européens ont décidé de contribuer à nouveau au programme mondial contre la faim, chargés de nourrir les réfugiés installés dans les camps des Nations-Unies. Du pain pour éviter « qu’ils ne songent à faire ce périple vers l’Europe », comme l’a expliqué crûment le premier ministre anglais David Cameron. Pour la faim de démocratie, on zappe.

Les Hunger Games n’ont pas prévu cet épisode. Raison de plus d’aller à la manifestation « Refugees Welcome » ce dimanche 27 à Bruxelles. Histoire de leur montrer un autre spectacle.

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