Les incendiaires (bis) Par Martine Vandemeulebroucke

Mais comment en est-on arrivé là ? Des cris, des insultes, des menaces et un début de bagarre lors d’une réunion publique à Chastrès . Des commentaires haineux sur les forums des grands médias qui ne tarissent pas depuis le début de la crise des réfugiés… Ces tensions, cette colère, ces dérapages ne doivent pas nous étonner. Ceux qui, au sein de la classe politique, jouent aux incendiaires portent une grande part de responsabilité dans cette flambée de l’intolérance.

Jamais sans doute on avait senti une telle fracture dans l’opinion publique. On a beau dire que la Belgique a connu des arrivées de demandeurs d’asile bien plus importantes en 2010 et en 2000 (42.000 réfugiés contre un peu plus de 20.000 cette année). On a beau rappeler l’ampleur de l’exode des Kosovars en Europe en 1999, rien n’y fait. Les images des violences subies par les réfugiés que ce soit dans leur pays d’origine ou sur la route de l’exil n’ont aucun effet sur certains. Aucune empathie mais plutôt de l’antipathie. Ces images sont juste perçues comme menaçantes pour soi-même. Lorsque les télévisions montrent des colonnes entières d’hommes, de femmes, d’enfants sur les routes, agglutinés derrière des barbelés, comment ne pas comprendre les réflexions des habitants de Chastrès qui, face à l’arrivée d’une centaine de demandeurs d’asile, objectent que, eux, n’ont pas de clôtures pour protéger leurs maisons. Si des gouvernements européens érigent ces murs, cela ne doit pas être sans raisons non ?

A côté d’une vague de mobilisation citoyenne elle aussi sans précédent, la peur et le rejet s’expriment avec une violence effarante. Une violence verbale jusqu’ici mais les mots blessent. Les mots sont des armes que certains utilisent avec brio. Pas besoin ici de rappeler toutes les petites phrases de Bart De Wever qui pallie la dégringolade de son parti dans les sondages au profit du Vlaams Belang par une « comm » adaptée aux électeurs d’extrême-droite.

Le problème vient plutôt de ce que le gouvernement dit et surtout laisse sous-entendre. C’est ce non-dit, explicite, qui alimente les peurs et mine la cohésion sociale.

Rappel : la lettre aux demandeurs d’asile irakiens pour leur expliquer que la situation à Bagdad n’est pas si inquiétante et que d’ailleurs le Commissariat général aux réfugiés va geler le traitement des dossiers irakiens. Moins d’une semaine après, le CGRA dément. Mais le message est passé : les réfugiés ne sont pas tous des vrais réfugiés. Et quand on précarise le statut de réfugié pour en faire une protection à durée limitée, on est dans la même logique.
Le badge ? Le contrôle des visiteurs dans les centres ouverts ? Les perquisitions dans le centre de Coxyde ? Des mesures plus explicites encore pour induire l’idée que non seulement le réfugié est un délinquant ou un terroriste en puissance mais qu’il convient aussi de se méfier de ceux qui leur rendent visite pour les aider.

La déclaration à signer par les demandeurs d’asile, dans laquelle ils s’engagent à respecter les « valeurs occidentales » ? C’est supposer implicitement qu’ils n’ont pas « notre » culture, « nos » valeurs alors que les réfugiés syriens et irakiens ont traversé la Méditerranée et franchi la route des Balkans pour fuir la guerre et des régimes qui ne s’embarrassent guère du respect des droits humains et nos fameuses « valeurs occidentales ». Valeurs qui ne doivent pas apparaître de manière évidente pour ceux qui traversent certains états européens ces jours-ci.

Toutes ces mesures stigmatisantes mises bout à bout produisent une politique hostile à l’égard des réfugiés et des étrangers. Le gouvernement donne à la population un message que l’on pourrait résumer ainsi : « les réfugiés sont potentiellement dangereux et fraudeurs mais ne vous inquiétez pas, nous prenons des dispositions pour vous protéger, vous et notre système social ».

Et on voudrait que les gens n’aient pas peur ?

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