Les semeurs de haine… PAR MARTINE VANDEMEULEBROUCKE

…n’ont pas leur place chez nous. C’est le titre de l’éditorial de Sudpresse à propos de ce jeune de Verviers psalmodiant une prière contre les chrétiens. Un article remarquable par son hypocrisie car les semeurs de haine sont déjà chez nous. Ils remplissent de leurs délires les forums des médias en ligne et les réseaux sociaux. De la haine des étrangers, on est passé aux appels au meurtre. Et cela fait aussi peur que la menace terroriste.

Les barrières ont lâché. Le racisme s’exprime désormais sans retenue et avec une violence inédite dans la société belge et française. Il suffit de lire les réactions des lecteurs aux articles publiés dans les journaux de Sudpresse pour s’en convaincre. Theo Francken dit qu’il voudrait bien expulser encore davantage de sans-papiers comme l’Algérien qui a agressé les deux policières de Charleroi ? Les lecteurs lui donnent des idées : les entasser dans un canot de sauvetage à quelques kilomètres des côtés, les larguer depuis un avion (sans parachute, croit utile de préciser un internaute), les précipiter dans un puit : « sans papiers, ils ne sont rien. Ils peuvent donc disparaître. Dans quelques années nous nous chaufferons au gaz produit par la décomposition de leurs corps ». Cela donne envie de vomir. On arrête là.

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Ce genre de propos, cela s’appelle des appels au meurtre et c’est puni par la loi. Le média qui les diffuse peut aussi être condamné. Sudpresse l’a déjà été par le Conseil de déontologie journalistique pour ne pas avoir procédé à la modération de ses forums. Mais rien n’y fait. Idem sur Facebook plus soucieux de traquer les dessins ou les photos érotiques que le racisme. La Justice n’est guère proactive dans ce domaine, ce qui augmente le sentiment d’impunité de ceux qui se défoulent derrière leur ordi. On aimerait pourtant entendre un signal audible de la part des autorités qui sont censées veiller à assurer la cohésion sociale et à combattre la violence sous toutes ses formes. Mais on l’entend pas ou si peu. Quand le Secrétaire d’Etat chargé de l’Asile Théo Francken se vante d’avoir « battu tous les records » dans l’expulsion des étrangers en séjour illégal, comme s’il s’agissait d’une discipline olympique, on se dit que ça n’aide pas vraiment. Pas plus quand il affirme à l’occasion de la déferlante de commentaires racistes déclenchés en Flandre après la mort accidentelle d’un jeune Marocain en vacances, que le racisme, c’est la faute des partis qui ont régularisé des milliers de sans-papiers en 99, 2000. Et quand le président de la Région wallonne, Paul Magnette, affirme à propos de l’attentat de Charleroi, que le problème, c’est les ordres de quitter le territoire qui ne sont pas exécutés, il fait le même genre d’amalgame entre terrorisme et immigration clandestine.

Désinformation

Se focaliser aujourd’hui sur la question de l’expulsion des sans-papiers parce qu’un homme, sans passé judiciaire et sans ralliement connu à l’Islam radical, a crié « Allah Akbar » avant d’agresser sauvagement les policières, c’est essayer vainement de trouver une explication à l’irrationnel. Ceux qui commettent des attentats terroristes ou qualifiés de terroristes ont les profils les plus diversifiés tant sur le plan administratif que personnel et culturel. Le radicalisme touche des gens bien intégrés et des délinquants, des fous furieux, des dépressifs, des étrangers nés ou pas en Belgique, des Belges et des Français « de souche », convertis. Affirmer qu’on va combattre le terrorisme par la lutte contre la clandestinité, c’est tromper les gens. Faire croire aussi que les ordres de quitter le territoire ne sont jamais exécutés, c’est mentir aussi même s’il est exact que certains pays, dont l’Algérie, renâclent à réadmettre leurs ressortissants. Et c’est encore manipuler l’opinion publique que de « confondre » les étrangers en séjour illégal emprisonnés pour avoir commis un délit (et qui, eux, seront expulsés) et les femmes, les hommes, les vieillards, les enfants qui vivent sans papiers mais voudraient tant en avoir pour vivre enfin normalement. Affirmer enfin que la question de l’immigration clandestine n’est pas un problème en soi et qu’il suffit de régulariser tout le monde, c’est tout aussi ridicule.
Depuis une quinzaine d’années, tous les ministres ou secrétaires d’Etat chargés de l’asile ont beaucoup communiqué sur le nombre d’expulsions qu’ils ont pu mettre en œuvre. Mais ils parlent moins de l’effet de nos politiques migratoires sur la fabrique de sans-papiers. En n’accordant pas l’asile mais en ne renvoyant pas les gens chez eux parce qu’ils sont objectivement en danger (les Afghans par exemple). En fermant toutes les portes légales d’immigration et en fermant aussi les yeux sur les entreprises qui utilisent sans états d’âme cette main d’œuvre corvéable à merci.
Au fait, combien de ces bonnes âmes qui éructent dans Sudpresse contre les migrants, n’ont-elles pas eu recours à un ouvrier, une femme de ménage qu’ils auront payés au noir ?

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