Maggie De Block contre les Afghans : la testostérone plutôt que les neurones

Les derniers militants Afghans vont quitter aujourd’hui l’église qui les accueillait. Une défaite pour le collectif ? Pas sûr. Une victoire pour Maggie De Block ? Pas sûr non plus.

Au départ, ils étaient 400 à occuper l’église du Béguinage à Bruxelles. Ils ont installé leurs tentes en septembre, soutenus par un grand nombre de personnes et d’associations, convaincus que leur mobilisation allait contraindre les politiques à répondre à leurs revendications : la fin des expulsions et un statut de protection pour tous les Afghans. Au début de ce mois d’avril, ils n’étaient plus que vingt. Les responsables du collectif des Afghans sont amers, désabusés. Le départ a l’allure d’une défaite.
Vraiment ? Si plusieurs Afghans et surtout les familles ont progressivement quitté les lieux, ce n’est pas seulement parce qu’ils ne supportaient plus l’inconfort de cette occupation. C’est aussi parce que la majorité d’entre eux ont obtenu ce pour quoi ils se battaient : un statut de protection. Le plus souvent un statut de protection temporaire mais qui leur ouvre tout de même un droit au séjour en Belgique. Certains ont même obtenu l’asile. Alors oui, c’est sans doute difficile pour le collectif d’admettre qu’il s’agit là de succès individuels et non de la victoire collective qu’il espérait mais le véritable but n’était-il pas d’aider les Afghans à obtenir un droit au séjour en Belgique ?

La mobilisation a gagné

Le CGRA examine autrement les demandes d’asile des Afghans. Pas officiellement bien sûr mais depuis le début de 2014, le taux de reconnaissance des Afghans est passé à 80% or ceux-ci restent le plus grand groupe de demandeurs d’asile en Belgique. Les nouvelles demandes d’asile introduites notamment par ceux qui occupaient l’église, ont reçu davantage de réponses positives qu’espéré. Et si le CGRA a assoupli son attitude, c’est en raison de la mobilisation du monde associatif, du combat des Afghans, des pressions exercées sur le monde politique (y compris au niveau communal) pour que l’on tienne davantage compte de la réelle situation sécuritaire en Afghanistan. Bien sûr, tout n’est pas gagné. On continue à refuser l’asile à des Afghans en utilisant encore le principe de « fuite interne », autrement dit la possibilité d’aller s’installer dans une autre région (Kaboul le plus souvent) pour éviter la zone de conflit dont ils sont originaires. Bien sûr, cela reste du cas par cas et une vraie loterie parfois. Des Afghans vont continuer à recevoir des ordres de quitter le territoire. Parce qu’au fond, la politique n’a pas changé. On reste dans du bricolage et surtout dans le non-dit. On n’a pas modifié la situation juridique des familles afghanes qui ne sont pas expulsées mais qui n’ont pas de véritable droit au séjour non plus. On bricole, comme toujours en laissant les problèmes irrésolus. Et on fait preuve de la plus parfaite hypocrisie.
Voyez la manière dont on présente le départ des Afghans dans la presse. Un « nouveau succès », une « victoire » pour Maggie De Block, peut-on lire. Elle « n’a pas cédé au chantage ». La dame de fer n’a pas faibli. Dans les faits oui, son cabinet a dû céder plus qu’il ne l’aurait voulu, mais dans ce qu’on communique à l’opinion publique, non. On reste – si on peut utiliser cette image- dans un mâle combat où l’essentiel est d’apparaître le plus fort, le plus déterminé, le plus insensible à l’égard des étrangers. Si l’on veut survivre en politique, surtout en Flandre, c’est indispensable. Il ne faut JAMAIS avouer que l’on a fait un geste positif en matière d’asile. Il faut TOUJOURS se montrer impitoyable. Maggie De Block n’est pas une exception dans ce domaine. Ses prédécesseurs aussi agissaient dans le plus grand secret quand ils prenaient des mesures favorables aux sans-papiers ou aux demandeurs d’asile. Curieux pays, curieuse politique où se montrer méchant, c’est bien. Se montrer compréhensif, c’est une faute.

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