Mariages blancs, mariages gris...Quand on passe les sentiments à la machine

Blanc, gris, noir...On risque d’en voir de toutes les couleurs en se mariant ou en cohabitant légalement avec un étranger, si l’on en croit la campagne menée actuellement contre les relations de complaisance. Le gouvernement serre la vis pour endiguer un phénomène dont personne ne connaît l’ampleur réelle ou fantasmée.

Shopping. C’est le mot incontournable pour évoquer désormais les relations de complaisance. Il y aurait en effet des escrocs spécialisés dans le mariage blanc ou gris qui vont de communes en communes, de femme en femme jusqu’au moment où un Officier d’Etat civil les autorise à passer la bague au doigt. Un nouvel arrêté royal permet désormais à un échevin ou un bourgmestre qui a des soupçons de mariage de complaisance d’avertir, via le registre national, toutes les communes de Belgique de la décision qu’il aura prise.
Ce changement législatif s’accompagne d’une vaste campagne d’information qui sera visible notamment dans les médias et les écoles. Cette campagne cible en fait des réalités très différentes. Comme le mariage forcé. Là, on est dans la noirceur totale, celle que vivent encore trop de jeunes filles issues de l’immigration (les garçons aussi mais plus rarement) et qui sont contraintes par leurs parents d’épouser un cousin, un ami de la famille resté « au pays ». La police a détecté 12 relations forcées en 2011 et 14 en 2012 mais on croit sans peine la ministre de l’Intérieur Joëlle Milquet quand elle affirme qu’il ne s’agit que de la pointe de l’iceberg. Le mariage forcé, c’est une atteinte au droit au mariage voire à l’intégrité de la personne et cela mérite que l’on mène une campagne énergique de prévention et d’aide aux vicitmes.
Les films, les spots, les brochures, le site internet (http://www.relationsdecomplaisance.be ) s’attaquent aussi aux mariage blancs et gris. Le blanc, c’est quand chacun fait semblant. Le gris, c’est quand un des deux ne le fait pas et est donc trompé. Les personnes visées par la campagne sont les jeunes filles de 16 à 25 ans, les hommes de toutes catégories d’âge et les femmes d’âge mûr qui tombent sous le charme d’un bel étranger pendant leurs vacances et « pensent avoir rencontre l’amour de leur vie. »
La campagne est pleine de bons sentiments mais le problème, c’est qu’on est justement dans le domaine du sentiment. Comment fait-on pour prévenir le sentiment amoureux ? La brochure conseille à ceux et celles qui rencontrent leur amour de vacances de se demander si leur futur partenaire partage bien les projets d’avenir que l’on peut avoir. Est-ce vraiment une question que chacun se pose au début d’une relation ? Et si le mariage ou la cohabitation prend l’eau après quelques mois comment peut-on être certain qu’il s’agissait de la part de l’autre d’une escroquerie aux sentiments préméditée ?

Sursis de cinq ans

Se rendre compte que l’on a été trompé pour une carte de séjour est indiscutablement une blessure cruëlle. La lutte contre les mariages blancs n’est pourtant pas nouvelle. Se marier avec un étranger sans titre de séjour n’a rien d’une sinécure. Dans certaines communes bruxelloises et anversoises, le soupçon est la règle plutôt que l’exception. C’est compréhensible quand on sait que le mariage et la cohabitation légale sont le sésame pour obtenir des « papiers. » Mais c’est un droit au séjour en sursis. Il faut que le mariage tienne pendant cinq ans au moins. Si un divorce, si une plainte pour mariage de complaisance survient entretemps, le Parquet peut prononcer l’annulation du mariage et le partenaire étranger se voit retirer sa nationalité belge. Quand on connaît le nombre très élevé de divorces qui surviennent dans les cinq années qui suivent un mariage, quand on sait à quel point certaines séparations peuvent être conflictuelles, on ne peut s’empêcher de penser que le partenaire belge dispose d’une fameuse arme de rétorsion face à celui ou celle qui l’a déçu(e). Et selon certains avocats, certains ne se privent pas de l’utiliser.
En 2012, l’Office des Etrangers a mené une enquête sur 9064 mariages soupçonnés être de complaisance et 4902, selon l’Office, « n’étaient pas encore consommés » (comment savent-ils ?). Joëlle Milquet et Maggie De Block l’ont reconnu à l’occasion du lancement de cette campagne : le nombre de victimes des relations de complaisance n’est pas connu. Mais il serait suffisamment important pour justifier les changements législatifs et la campagne d’information. On salue donc l’effort des pouvoirs publics pour aider les victimes tout en ne perdant pas de vue qu’il s’agit aussi de faire savoir qu’on lutte activement contre une filière d’immigration.

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