Même pas peur Par Martine Vandemeulebroucke

Cela se passe près de chez vous. Tous les jours, des gens, vos voisins, vous peut-être accueillez des migrants ou aidez régulièrement, ponctuellement les autres bénévoles de la plate-forme citoyenne de soutien aux réfugiés. C’est un mouvement de solidarité hors du commun et un formidable pied de nez aux élus qui disent nous représenter en menant une politique basée sur la peur des étrangers.

C’est sans doute le meilleur souvenir que l’on gardera de l’année 2017 qui, sur le plan du respect des droits des réfugiés, aura été particulièrement catastrophique. Non, je n’ai pas envie de faire le bilan des agissements de Theo Francken, de son hyperactivité législative, de ses provocations verbales. Le coup d’œil dans le rétroviseur ne doit servir finalement qu’à rappeler ce qui nous attend en 2018. Comme la création d’un centre pour demandeurs d’asile qui enfermera à nouveau les enfants, la mise en application d’une loi autorisant les visites domiciliaires en vue d’arrêter une personne en séjour illégal.

Cette nouvelle étape dans la criminalisation des migrants n’arrêtera pas le mouvement citoyen qui s’est mis en place ces derniers mois. La plate-forme de soutien aux réfugiés, c’est sur Facebook, un groupe fermé de plus de 26.000 membres ! C’est un réseau qui a débordé la région bruxelloise pour s’étendre à toute la Wallonie et qui fait penser, dans sa philosophie et son fonctionnement, au mouvement « colibris » lancé par le penseur-agriculteur Pierre Rabhi. Vous connaissez l’histoire du colibri qui tente d’éteindre un incendie de forêt avec les quelques gouttes d’eau portées par son bec et qui face à ceux qui se moquent de l’inutilité de ses interventions rétorque qu’il fait « juste sa part » pour combattre l’incendie. C’est un peu ce qui se passe aujourd’hui dans notre pays et dans d’autres états européens, où trop de politiques attisent l’incendie du rejet de l’autre. Trop aussi se détournent du brasier. Trop peu le combattent.

Une politique qui crée la crise et le désordre

Les colibris citoyens ne baissent pas les bras. « Faire sa part, c’est « seulement » 300 à 400 personnes à accueillir chaque soir pour leur éviter de passer la nuit dans le parc Maximilien. C’est beaucoup à l’échelle d’un mouvement bénévole, ce n’est pas grand-chose pour les pouvoirs publics qui pourraient sans problèmes héberger toutes ces personnes dans le réseau d’accueil des demandeurs d’asile ou dans d’autres bâtiments publics. Si ça ne se fait pas, c’est parce que le gouvernement fédéral ne le veut pas. La Région et les communes non plus, quoi qu’elles disent. C’est une politique, assumée, qui a pour conséquence de créer la crise, le désordre dans les rues de Bruxelles et finalement la peur. On peut élargir le propos à l’Europe, incapable de s’entendre sur la relocalisation des réfugiés et qui préfère reléguer les réfugiés dans les camps de détention libyens voire les abandonner aux trafiquants d’esclaves. La crise migratoire, c’est aussi l’Europe qui la crée ou en tout cas souffle sur le brasier.

Ne pas prendre sa (petite) part. Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, dit avec raison qu’accueillir 35.000 réfugiés, n’a rien d’ « insurmontable » pour l’Europe. Et si des pays comme la Pologne, la Hongrie ou la Slovaquie, le groupe dit de Visegrad, refusent d’ouvrir leurs frontières aux demandeurs d’asile venus par la Méditerranée, les autres pourraient, eux, faire preuve de solidarité sans mettre en péril leurs systèmes sociaux. On ne peut qu’être ébahi quand on entend le premier ministre Charles Michel déplorer le manque de solidarité des gouvernements des pays du groupe de Visegrad. Ah bon ? Parce que la Belgique en ferait preuve ? Elle qui n’a relocalisé que quelques milliers de personnes, à peine un quart du quota que la Commission lui avait fixé. Où est la solidarité du gouvernement avec les 300 migrants de la place Maximilien ? Jean-Claude Juncker déplore l’ « excitation » des chefs d’Etat européens sur la question migratoire. Le mot est assez juste. Il traduit bien cette fuite en avant, dictée par la peur des réactions de l’opinion publique, de cet électorat supposé uniformément hostile aux étrangers et effrayé par leur présence.

Ne plus souffler sur les braises, s’affranchir de la peur

L’électorat, c’est aussi vous, moi, les bénévoles de la plate-forme citoyenne, des gens ordinaires qui ont des convictions mais aussi des doutes voire des préjugés. Ce qui frappe dans les témoignages des « hébergeurs », c’est que beaucoup d’entre eux reconnaissent avoir eu peur. Peur d’accueillir un étranger dans sa maison, dans son intimité, et c’est bien compréhensible. Mais chaque fois, la peur a fait place à une émotion positive suscitée par la rencontre, le contact, le partage des expériences. Il y a, sur la page Facebook de la plate-forme, des photos qui mettent à mal tous les clichés, des instantanés de la vie quotidienne, où des Soudanais posent avec les enfants, le chat, près du sapin de Noël, images d’un engagement provisoire ou à long terme mais qui reflètent le bannissement de la peur.
Bien sûr, il ne faudrait pas pour autant conclure que l’engagement citoyen est l’ « happy end » de la crise migratoire et dispenser ainsi les pouvoirs publics de toute responsabilité dans ce domaine. Les Régions, la Belgique, l’Europe doivent « prendre leur part », qui en termes de moyens n’est pas celle du colibri. Comme le soulignait le directeur de Médecins du monde Belgique, Pierre Verbeeren dans « Le Soir, est-il vraiment inimaginable de prévoir, un peu partout en Europe, des centres d’accueil où les migrants pourraient reprendre des forces, s’informer, réfléchir à leur parcours migratoire sans fantasmer aussitôt sur l’ « appel d’air » que ces centres susciteraient ? Et si les gouvernements misaient plutôt sur un appel à balayer les peurs ? C’est tout ce qu’on peut souhaiter pour 2018.

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